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L'Iran dépendant des exportations vers la Chine

Astrid Prange de Oliveira | Carole Assignon
6 mars 2026

La pression économique s'accentue à mesure que l'Iran bloque le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz. Mais, ce blocage nuit également à sa propre économie.

Shanghai, Chine | Rencontre entre le président iranien Peseschkian et le président chinois Xi Jinping
Un long blocus du détroit d'Ormuz interromprait non seulement les expéditions de pétrole et de gaz des pays du Golfe vers l'Occident, mais aussi les exportations iraniennes à destination de la Chine Image : mehrnews

Bien que les menaces iraniennes aient quasiment paralysé le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz, les experts doutent que l'Iran prenne le risque d'un blocus prolongé de cette voie de navigation en représailles aux attaques américano-israéliennes.

"Environ 70 % du commerce iranien hors pétrole transite par des ports qui dépendent du détroit d'Ormuz", explique Dalga Khatinoglu, analyste dans le secteur gazier et économique chez Iran International, un média basé à Londres.

"Il semble illogique pour l'Iran de fermer le détroit d'Ormuz, car le pays importe des biens essentiels comme les produits alimentaires de base, mais la majorité de ses exportations sont destinées à la Chine et à l'Inde ; un tel blocus se retournerait donc contre lui ", estime pour sa part Sara Vakhshouri, experte en énergie chez SVB Energy International, à Bloomberg TV.

Les prix du pétrole et du gaz ont flambé depuis le début des attaques américaines et israéliennes contre l'Iran samedi. On estime que le prix du baril de pétrole pourrait atteindre 100 dollars, voire plus, si le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz devenait trop dangereux.

L'Iran a décidé de bloquer le détroit d'OrmuzImage : Iranian Army Office/ZUMA/IMAGO

Voie maritime majeure pour le commerce du pétrole

Selon l'Agence américaine d'information sur l'énergie (EIA), environ 20 % du pétrole brut consommé dans le monde transite par ce passage maritime. Plus de 80 % de ces livraisons sont destinées à l'Asie, principalement à la Chine, à l'Inde et au Japon.

D'après Iran International, la fermeture du détroit d'Ormuz bloquerait non seulement les expéditions de pétrole, mais aussi celles de kérosène et de gaz naturel liquéfié (GNL). Environ 30 % du kérosène européen et 20 % du GNL mondial transitent par ce passage.

De nombreux pays, dont les États-Unis, les États membres de l'Union européenne, le Royaume-Uni, le Japon et le Canada, disposent de réserves stratégiques leur permettant de faire face à des interruptions temporaires de plusieurs semaines.

L'Iran partenaire économique de la Chine

Un blocus interromprait non seulement les expéditions de pétrole et de gaz des pays du Golfe vers l'Occident, mais aussi les exportations iraniennes à destination de la Chine et de l'Inde, ce qui aggraverait la crise économique iranienne. L'Iran est soumis à des sanctions occidentales, notamment sur ses exportations, depuis la révolution islamique de 1979. De nouvelles sanctions de l'ONU ont été imposées entre 2006 et 2015 en raison du programme nucléaire iranien.

Ces sanctions ont été allégées entre 2016 et 2018 suite à la participation de l'Iran à l'accord de Vienne sur le nucléaire iranien (JCPOA). Cependant, le président américain Donald Trump a rétabli des sanctions strictes après le retrait des États-Unis de cet accord.

L'Iran parvient toutefois à exporter plus de 80 % de sa production vers la Chine, selon la plateforme d'analyse de données Kpler. Aujourd'hui, la Chine est le principal acheteur de pétrole iranien, vénézuélien et russe.

L'Iran parvient à exporter plus de 80 % de sa production vers la ChineImage : Tian Weiwei/Xinhua/picture alliance

Les sanctions occidentales imposées à ces trois pays les ont contraints à vendre leur pétrole à prix réduit. Si la Chine bénéficie de ces économies, l'Iran doit faire face à une baisse de ses recettes d'exportation. Les sanctions, qui nécessitent le recours à des flottes parallèles, à des intermédiaires et à des détours, font grimper les coûts de transport.

"Actuellement, la Chine est un maillon essentiel de la chaîne des exportations de pétrole iranien, car elle achète la majeure partie du pétrole brut soumis aux sanctions", affirme Nikolay Kozhanov, de l'Université du Qatar.

La Chine diversifie ses importations de pétrole

Les sanctions imposées à l'Iran, à la Russie et au Venezuela ont également permis à la Chine de diversifier ses importations de pétrole.

La Chine a pris ses distances avec les fournisseurs étroitement liés aux États-Unis, tels que les États membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG), dont beaucoup sont intégrés au système de sécurité et financier dirigé par les États-Unis.

Les sanctions ont affaibli l'Iran, malgré sa résilience économique, explique Kozhanov. En effet, elles restreignent fortement l'accès aux nouvelles technologies, aux financements internationaux et aux investissements, précise l'analyste. Cela réduit sa production pétrolière à long terme.

"L'Iran restera probablement présent sur les marchés pétroliers mondiaux, mais en tant que fournisseur structurellement affaibli et pratiquant des remises importantes, échangeant progressivement des volumes stables contre des revenus unitaires en baisse", explique Nikolay Kozhanov. Il ajoute que "la lente spirale négative du secteur pétrolier iranien reflète le déclin général et progressif des performances et de la stabilité du régime."

Cet article a été traduit de l'allemand.

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