Friedrich Merz face au "dilemme" iranien
2 mars 2026
Le chancelier Friedrich Merz a confirmé sa visite ce mardi (03.03) à Washington pour rencontrer Donald Trump. Les discussions devaient porter sur les droits de douane, mais aussi la guerre en Ukraine et les relations avec la Chine, où le chancelier s'est rendu récemment.
Mais la guerre en Iran a sans doute changé ce programme et devrait être au cœur de la rencontre entre les deux dirigeants.
"Le régime des mollahs est un régime terroriste responsable de l'oppression du peuple iranien qui dure depuis des décennies", a déclaré Friedrich Merz dimanche (01.03). Le chancelier allemand a rappelé que "le régime menace l'existence de l'État d'Israël et il est responsable de la terreur du Hamas et du Hezbollah. Enfin, les programmes nucléaires et de missiles iraniens menacent la paix et la sécurité."
Concernant le respect du droit international par les Etats-Unis et Israël, le chancelier a certes expliqué que "les règles existantes, y compris celles du droit international, sont de moins en moins respectées", mais qu'il y voyait aussi un "dilemme" et que ce n'était "pas le moment de donner des leçons à nos partenaires et alliés".
Une guerre risquée
Friedrich Merz a aussi parlé du "risque" que représente cette guerre pour la région. De plus, il s'est montré prudent sur la possibilité d'un changement de régime par des frappes militaires de l'extérieur, poursuivi par Washington. "Après tout, nous ne savons pas si le plan visant à permettre un changement politique de l'intérieur par des frappes militaires extérieures fonctionnera", a-t-il dit.
Son ministre des Affaires étrangères a tenu la même position ambivalente lors d'une interview à la radio publique Deutschlandfunk. Johann Wadephul a concédé qu'il existait "d'importantes question"” et des "doutes" sur la légalité des attaques contre l'Iran, mais a lui aussi rappelé la menace que représenterait l'Iran, ainsi que le soutien de l'Iran à des groupes terroristes et à la Russie dans la guerre en Ukraine. Selon le ministre, l'Iran disposerait de "missiles ayant une portée qui menace aussi l'Europe".
Une guerre sans mandat international
Le parti social-démocrate SPD, qui forme avec l'union conservatrice CDU/CSU la coalition au pouvoir en Allemagne, a critiqué l'absence de position ferme du chancelier sur le respect du droit international.
Pour Adis Ahmetovic, le porte-parole du parti pour les questions internationales au Parlement fédéral, il s'agit d'une question de crédibilité, car il a été clairement établi ailleurs "que la Russie envahit l'Ukraine en violation du droit international".
Interrogé par la chaîne de radio publique BR, le responsable politique a ajouté que "tous les experts de l'espace germanophone" ont clairement affirmé que les attaques contre l'Iran constituent une violation du droit international et que les Etats-Unis ou Israël ne disposent d'”aucun mandat du Conseil de sécurité de l'Onu.
Vigilance contre les actes antisémites
Les autorités craignent une hausse des actes antisémites en Allemagne, qui avaient déjà connu une forte progression lors de la guerre à Gaza.
L'Office fédéral allemand pour la protection de la Constitution s'attend à "un niveau élevé de menace abstraite pour les institutions en Allemagne qui sont proches d'Israël et des États-Unis".
Friedrich Merz a affirmé que sur le sol allemand, aucune "attaque antisémite ou antiaméricaine" ne sera tolérée et les autorités "font preuve d'une grande vigilance".
La diaspora iranienne en Allemagne
Selon le site d'information sur la migration Mediendiest Integration, "compte tenu de la situation actuelle, plusieurs Länder (l'Allemagne fédérale est composée de 16 Etats fédérés appelés Länder, ndlr) ont imposé un moratoire sur les expulsions vers l'Iran (Brandebourg, Rhénanie-Palatinat, Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Schleswig-Holstein et Sarre)."
Le portail précise que "la communauté iranienne en Allemagne est l'une des plus importantes au monde et la plus importante en Europe", avec près de 320.000 personnes ayant des origines iraniennes. Parmi ce groupe, quelque 250 000 sont de la première génération: elles ont elles-mêmes immigré vers l'Allemagne. Ces mouvements migratoires ont notamment eu lui après le coup d'Etat en Iran de 1953 ainsi que lors de la révolution islamique de 1979, qui a porté les mollahs au pouvoir et la première guerre du Golfe entre l'Irak et l'Iran dans les années 1980.
A la suite des premières attaques israélo-américaines, on a vu des manifestations opposées au régime de Téhéran à travers l'Allemagne. Aucune manifestation pour dénoncer la mort samedi (28.02) du guide suprême Ali Khamenei n'a été constatée.