Iran : le besoin de "mettre fin au massacre"
15 janvier 2026
Alors que la situation reste toujours tendue sur place en Iran, le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi à assuré ce jeudi à son homologue saoudien que Téhéran se défendra "contre toute menace étrangère". Ceci alors que Washington n'écarte pas l'option militaire en réponse à la répression des manifestations.Le gouvernement américain a annoncé ce jeudi des sanctions économiques à l'encontre de plusieurs responsables sécuritaires iraniens accusés de coordonner la répression.
De multiples réactions
Selon l'Agence France presse qui cite un haut responsable saoudien sous couvert d'anonymat, l'Arabie saoudite, le Qatar et Oman ont oeuvré pour dissuader le président américain Donald Trump d'attaquer l'Iran et mis en garde contre "de graves répercussions pour la région".
Les trois pays du Golfe auraient mené "des efforts diplomatiques intenses de dernière minute pour convaincre le président Trump de donner à l'Iran une chance de montrer ses bonnes intentions".
Certains pays ont ouvertement fait part de leur opposition à une éventuelle intervention militaire.La Turquie s'est dit ainsi "opposée à toute opération militaire en Iran", selon son ministre des Affaires étrangères Hakan Fidan.
Même son de cloche du côté de la Chine.Lors d'un entretien téléphonique, le ministre chinois des Affaires étrangères a déclaré jeudi à son homologue iranien que Pékin s'opposait à "l'usage ou à la menace du recours à la force dans les relations internationales".
L'appel entre Wang Yi et le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, est intervenu après les propos du président américain, Donald Trump, qui a déclaré que les Etats-Unis envisageaient une intervention militaire contre l'Iran qui est secoué depuis plusieurs semaines par des manifestations visant ouvertement le pouvoir.
Mercredi, le président américain Donald Trump a affirmé que "les tueries" en Iran avaient "pris fin" après la répression de manifestations par les autorités. Mais, il a finalement entretenu le flou sur une éventuelle intervention militaire américaine, indiquant que Washington suivrait de près la situation.
"Une guerre disproportionnée"
Dans une interview accordée à la DW,Shirin Ebadi, militante iranienne des droits humains et lauréate du prix Nobel de la paix en 2003, a appelé à prendre des mesures urgentes pour empêcher le massacre de civils en Iran.
Selon elle, les États-Unis pourraient utiliser une "technologie de brouillage" pour perturber les communications du régime avec ses forces de sécurité et la diffusion de sa propagande.
Shirin Ebadi a également suggéré "des actions très ciblées contre le guide suprême iranien et les hauts commandants des Gardiens de la révolution", soulignant que des opérations similaires avaient déjà eu lieu en Iran sans causer de dommages aux civils.
Les propos de la militante font suite à un récent message publié en ligne par le président américain Donald Trump, dans lequel il appelait les Iraniens à "continuer de manifester" et promettait que "l'aide était en route".
Shirin Ebadi a qualifié la situation en Iran de "guerre disproportionnée".
"Quand au moins 12 000 personnes sont tuées en moins de deux jours, comment peut-on appeler cela, la paix et le calme ?", a-t-elle demandé, citant des chiffres de victimes qui n'ont pas encore été vérifiés de manière indépendante.
Comparant le soulèvement actuel au mouvement "Femme, vie, liberté" de 2022 en Iran, Shirin Ebadi a déclaré que " le régime n'avait pas intensifié la violence à ce point, ni poursuivi la répression à ce niveau" lors de la précédente vague de protestations, déclenchée par la mort en 2022 de la Kurde Jina Mahsa Amini lors de sa garde à vue.
"Aujourd'hui, les forces de sécurité sont présentes parmi la population et utilisent des armes de guerre", a déclaré Shirin Ebadi à la DW.
Lisez l'interview de la DW avec Shirin Ebadi, lauréate du prix Nobel de la paix.
DW : Le prince Reza Pahlavi s'est adressé au peuple iranien et a déclaré que l'aide était en route.Il a également appelé le président Trump à soutenir le peuple iranien, comme il l'avait promis.
Vous, ainsi que six autres personnes, avez formulé la même demande dans une lettre adressée au président Trump.Nous savons que le président souhaite en discuter avec ses conseillers.Qu'attendez-vous précisément du président américain ?
Selon le dernier tweet du président Trump, il a déclaré au peuple iranien : "Continuez à vous battre, l'aide arrive."
J'ignore à quel type d'aide il fait référence.Ce que nous demandons, ce que nous voulons, ce sont des mesures qui empêchent le massacre du peuple iranien.Je citerai deux exemples concrets de ce que les États-Unis peuvent faire.
Premièrement, ils peuvent perturber les communications de l'État.En utilisant des techniques de brouillage, ils peuvent interférer avec les antennes de télévision et de radio du régime.De même que le régime a coupé les communications entre les citoyens, les canaux de communication entre le régime, ses forces de sécurité et le public devraient également être coupés.Cela contribuerait à stopper la diffusion de la propagande.
Une autre option serait de mener des actions ciblées contre le guide suprême iranien et les hauts commandants des Gardiens de la révolution.Nous avons déjà vu des opérations similaires en Iran.Par exemple, lorsque le chef du Hamas, Ismaïl Haniyeh, était en Iran, il a été tué. Aucun civil n'a été blessé ; seule une pièce a été visée, et personne d'autre n'a été tué.
Le même type d'action ciblée pourrait être mené contre le guide suprême et les hauts responsables.Empêcher le massacre du peuple iranien n'exige pas une guerre à grande échelle, ni de tuer davantage de personnes. Ce que nous demandons, ce n'est pas la guerre mais des mesures pour mettre fin au massacre.
DW : N'êtes-vous pas inquiète qu'une frappe ciblée puisse aggraver la situation, provoquer des représailles de l'Iran et entraîner toute la région dans un conflit plus vaste ?
Ce qui se passe actuellement en Iran est déjà une guerre disproportionnée.Quand au moins 12 000 personnes sont tuées en moins de deux jours,comment appeler cela, la paix et le calme ?
Il ne s'agit ni plus ni moins que d'une guerre.En réalité, si des missiles avaient été tirés, le nombre de victimes aurait peut-être été moins élevé dans le même laps de temps.
DW : Il convient de noter que ce chiffre n'a pas encore été confirmé par des sources indépendantes, mais il ne fait aucun doute que le nombre de victimes est très élevé.Une autre question souvent soulevée par le public non iranien et certains médias internationaux est la suivante : dans les vidéos des manifestations, on constate une présence féminine moins importante qu'au sein du mouvement "Femme, Vie, Liberté", et les slogans semblent moins axés sur les droits civiques et les droits des femmes.
Partagez-vous ce constat ? Selon vous, quelle est la différence entre ce soulèvement et le mouvement Mahsa (Amini) ?
On peut voir des femmes sur les images des manifestations.Si l'on compare les deux mouvements, on constate que le mouvement Mahsa a débuté avec des femmes, mais la participation des hommes a également été très significative.
De fait, le nombre d'arrestations a été plus élevé chez les hommes, et la plupart des personnes exécutées étaient des hommes.De ce point de vue, je ne vois pas de différence fondamentale.En revanche, la différence est flagrante en ce qui concerne le niveau de brutalité et de violence employé par le gouvernement.
Durant le mouvement "Femme, Vie, Liberté", le régime n'a pas intensifié la violence à ce point, ni mené une répression d'une telle ampleur.Aujourd'hui, les forces de sécurité sont déployées parmi la population, utilisant des armes de calibre militaire.Elles tuent des civils.Ce qui se passe en Iran, c'est véritablement une guerre à grande échelle.
La population est totalement sans défense.Tout au plus peut-être se munir de bâtons ou allumer des feux pour atténuer les effets des gaz lacrymogènes.De l'autre côté, des forces équipées d'armes automatiques, tuent la population à la mitrailleuse.