1. Aller au contenu
  2. Aller au menu principal
  3. Voir les autres sites DW

Iran : des Iraniens en exil entre désespoir et impuissance

Oliver Pieper | Carole Assignon
16 janvier 2026

Les Iraniens en exil suivent avec inquiétude la situation en Iran où la répression a fait de nombreuses victimes.

Bonn 2026 | des manifestants iraniens à Bonn en Allemagne
Les Iraniens exilés en Allemagne manifestent contre la répression en Iran.Image : Thomas Gennoy/DW

 Ati (le nom a été modifié), spécialiste en médecine moléculaire, qui a fui l'Iran il y a dix ans avec pour seuls bagages une valise et un ordinateur portable, ne peut pas rester passive face à la situation en Iran. Cela signifie organiser des manifestations contre le régime dans sa nouvelle ville de Bonn en Allemagne et faire entendre sa voix.

"Ce régime des mollahs n'est pas légitime, il ne l'a jamais été, puisqu'il fait la guerre à son propre peuple !", lance Ati lors d'un rassemblement au centre-ville, sous un tonnerre d'applaudissements.Le lendemain, elle se réveille en sursaut après une nuit blanche. Beaucoup d'Iraniens exilés, face à la répression des manifestations, atteignent leurs limites, tant émotionnelles que physiques.

Désespérée, Ati tente de contacter ses proches par téléphone portable ou fixe et les réseaux sociaux – une tâche quasi impossible compte tenu du black-out des communications imposé par le gouvernement. Cela a également eu des conséquences dramatiques sur le système de santé iranien, selon Ati qui explique que " la communication entre les hôpitaux en Iran est perturbée. De ce fait, des gens meurent faute de soins à temps".

Des Iraniennes en exil n'hésitent pas à mener des actions pour attirer l'attention sur la situation en Iran.Image : Thomas Gennoy/DW

Le régime des mollahs réprimerait aussi brutalement les travailleurs humanitaires bénévoles. "On entend dire que des médecins sont arrêtés, voire tués, lorsqu’ils se rendent au domicile des blessés".Le gouvernement iranien utilise même des ambulances comme couverture pour arrêter des manifestants, rapporte Ati. Elle aimerait en parler à son père et à son frère, mais ils soutiennent le régime et elle n’a plus aucun contact avec eux depuis des années.

Cette situation n’est pas un cas isolé ; pour beaucoup d’Iraniens, la division se propage jusque dans leurs propres familles. Pour Ati, cependant, ce n’est pas une raison pour cesser de protester ; au contraire, elle continuera de descendre dans la rue en Allemagne dans les semaines à venir. "Une partie de moi est encore en Iran", dit-elle en larmes. "Une partie de moi est restée là-bas, et cette partie brûle et se consume. Mais je veux continuer à me battre ici, en Allemagne, pour un monde libre et pacifique et contre les islamistes violents" assure-t-elle.

Un sentiment de désespoir et d'impuissance en exil

À 30 kilomètres de la ville de Bonn où réside Ati, Mojdeh Noorzad prend le temps d'échanger quelques mots pendant sa pause déjeuner dans une pharmacie de Cologne – ou plutôt, dans sa pharmacie. Il y a sept ans, elle a été persécutée en Iran en raison de son statut de militante politique. Mojdeh Noorzad a fui en Allemagne. Aujourd'hui, il s'agit simplement de survivre tant bien que mal, car ses pensées vont avant tout aux courageux manifestants et à ses trois sœurs qui vivent encore en Iran. 

La pharmacienne Mojdeh Noorzad est en exil en Allemagne depuis des années.Image : Oliver Pieper/DW

"Je n'ai eu aucun contact avec elles depuis une semaine. Aucun contact. Pas même avec la famille de mon mari. J'ai encore beaucoup d'amis et de connaissances en Iran. Mais je ne sais pas ce qu'ils deviennent". Noorzad décrit le sentiment d'impuissance de nombreux Iraniens exilés en Allemagne, à 5 000 kilomètres de leur patrie. "Nous nous sentons désespérés et impuissants. Il est difficile d'assister à tout cela d'ici" assure-t-elle.

La pauvreté, le manque de perspectives et l'oppression poussent les gens dans la rue ; les Iraniens n'en peuvent plus – c'est ce qui distingue la protestation actuelle des nombreuses manifestations du passé. La pharmacienne raconte l'histoire d'une Iranienne dont l'appel à l'aide fait actuellement le tour du monde : "elle dit : Je n'ai pas vécu 47 ans, je suis déjà morte. S'ils me tirent dessus, qu'ils le fassent, cela ne change rien. Ce n'était pas vivre.”  Mojdeh Noorzad doute que le régime des mollahs s'effondre véritablement maintenant, car la population doit se battre à mains nues contre un régime surarmé. Cependant, elle n'a pas renoncé à son rêve d'un Iran libre, égalitaire et démocratique – sans gouvernement islamique. Quand on lui demande ce qu'elle ferait en premier, elle qui n'est pas retournée dans son pays natal depuis 42 ans ? Sa réponse : "me recueillir sur les tombes de mes parents et de mes nombreux amis assassinés". 

Colère contre le régime et appel à Friedrich Merz

Hellen Nosrat, Rosa Franke et Mina Ahadi, elles, n'ont pas pu se rendre en Iran depuis des décennies. Critiques du régime, elles ont aussi été contraintes de quitter le pays. Leurs histoires sont poignantes et illustrent l'importance de ne jamais relâcher la lutte contre la dictature religieuse, même à distance.

Nosrat a survécu à une fuite périlleuse avec son fils de cinq ans et sa nièce de trois ans. Franke a passé trois ans dans la tristement célèbre prison d'Evin à Téhéran, et Ahadi a été condamnée à mort par contumace en Iran après l'exécution de son mari.

Hellen Nosrat, Mina Ahadi et Rosa Franke se retrouvent régulièrement pour organiser des actions de protestation contre la répression en Iran.Image : Oliver Pieper/DW

Le lieu de rencontre, un café de Cologne, donne le ton : c'est là qu'elles planifient et organisent des manifestations et des rassemblements depuis une éternité, chaque fois que cela s'avère nécessaire pour dénoncer les violations des droits humains en Iran. "Je me dis que nous fréquentons ce café depuis plus de 20 ans et que nous avons initié tant de choses, par exemple sur les questions de la lapidation et de la peine de mort. Mais nous avons toujours eu une attitude positive. Maintenant, face à ce régime meurtrier, il n'y a plus que de la colère ; il faut que ça cesse ", a déclaré Ahadi à la DW.

Rosa Franke raconte sa récente conversation avec sa nièce, qui vit à Téhéran."C'est pire que la guerre", lui a-t-elle dit, bouleversée. Les milices arrêtaient des personnes de tous âges qui manifestaient contre le gouvernement, même des enfants et des octogénaires. Puis sa nièce s'est mise à pleurer et a dit : "Tante, nous avons besoin d'aide de l'étranger. Ici, tout le monde a peur".

 Abandonner n'est pas une option pour ces trois femmes, ça ne l'a jamais été.Elles entendent continuer à faire entendre leur voix contre le régime des mollahs. Elles exhortent le gouvernement allemand du chancelier Friedrich Merz à agir davantage qu'auparavant. Selon Hellen Nosrat : "l'Allemagne a besoin d'une politique iranienne propre, indépendante des États-Unis, et doit défendre la démocratie en Iran".

Passer la section A la une

A la une

Passer la section Plus d'article de DW