La guerre en Iran vue depuis l'Afrique
2 mars 2026
Au Moyen-Orient, l'armée israélienne a annoncé ce lundi avoir lancé "une nouvelle frappe d'envergure" au "coeur" de Téhéran. Au troisième jour de la guerre israélo-américaine lancée contre l'Iran, les échanges de tirs continuent donc. L'Iran mène aussi de son côté des frappes contre des pays de la région qui abritent des bases américaines. Quel regard porte-t-on en Afrique sur cet embrasement au Moyen-Orient ?
Des craintes au sujet des répercussions
Au Nigeria, les autorités semblent vouloir jouer la carte de l'apaisement en appelant à la désescalade. Mais l'annonce de la disparition de plusieurs hauts responsables iraniens, dont le guide suprême Ali Khamenei, a donné lieu à des protestations, notamment du mouvement islamique du pays.
"Nous sommes dans la rue pour présenter nos condoléances et témoigner de notre profonde tristesse et de notre douleur face à l'assassinat de Khamenei" assure Safiyya membre du mouvement islamique du Nigeria.
Le décès d'Ali Khamenei a également fait réagir le président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno qui, tout en présentant ses condoléances, a tout de même condamné les frappes de missiles iraniennes contre les pays du Golfe.
Dès les premières heures du conflit, l'Union africaine avait pour sa part exprimé sa profonde préoccupation. Le président de la Commission de l'UA, Mahmoud Ali Youssouf, a ainsi prévenu "que la nouvelle escalade menace d'aggraver l'instabilité mondiale, avec de graves conséquences pour les marchés de l'énergie, la sécurité alimentaire et la résilience économique".
L'analyste politique sénégalais Pathe Mbodj rappelle qu'en juin 2025, Israël et l'Iran s'étaient livré une guerre de 12 jours déclenchée par une attaque sans précédent d'Israël ayant visé en premier lieu le commandement militaire iranien ainsi que les lanceurs de missiles et les installations du programme nucléaire. Il dit porter un regard de désolation sur le conflit actuel, comme c'était le cas déjà en juin.
Selon lui "la réaction d'ampleur qui avait suivi en juin est encore plus grande aujourd'hui parce qu'on a étendu la zone de conflit en impliquant les territoires immédiats où il y a des intérêts américains". Pathe Mbodj pense que "c'est peut-être cela qui va déterminer le sort de la guerre."
La question du droit international
Au Sénégal, le premier ministre Ousmane Sonko a appelé à mesurer "toutes les conséquences et toutes les implications" du conflit. Il dénonce ce qu'il considère comme une remise en cause du droit international.
Le juriste et expert en gouvernance Paul Amegakpo rappelle que le droit international repose sur la souveraineté et la capacité des États de disposer de la force pour la protection et la défense de leur territoire.
Il explique que : "Lorsque des États disposent des armes nucléaires, ils disposent par ricochet de la puissance dissuasive qui empêche d'autres nations de pouvoir les attaquer et donc cet équilibre des forces ne pourrait pas être neutralisé par une guerre préventive telle que la guerre israélo-américaine prétend la faire."
L'Afrique du Sud, partenaire de Téhéran au sein des Brics, s'est montrée plutôt mesurée dans sa réaction concernant le conflit actuel mais a tout de même rappelé que la légitime défense ne peut s'exercer de façon anticipée, selon le droit international.Pretoria s'inscrit ainsi dans une posture critique vis-à-vis de l'argument israélien de la "frappe préventive".
Les Combattants pour la liberté économique (EFF) de Julius Malema, plus critiques, dénoncent eux une alliance Washington-Tel-Aviv "résolument déterminée à défendre les intérêts israéliens dans toute la région, quel qu'en soit le coût humain".
Pour l'heure, le Croissant-Rouge iranien fait état de plus de 500 personnes tuées en Iran.