Iran : qui sont les Gardiens de la révolution ?
30 janvier 2026
En Iran, le chef du pouvoir judiciaire prévient les Européens : ils "subiront les conséquences", menace-t-il, de leur décision "insensée" de considérer les Gardiens de la révolution comme "organisation terroriste". Cette décision, annoncée hier [29.01.26], est qualifiée d'"action hostile" de la part de l'Union européenne et "ne restera pas sans réponse". Les Gardiens de la révolution sont accusés d'avoir organisé la terrible répression du mouvement de contestation populaire. Mais qui sont-ils vraiment ?
Le bras armé de la révolution islamique
Les " Pasdarans " – ou Gardiens de la révolution - sont le bras armé de la révolution islamique de 1979. Leur effectif est estimé entre 150.000 et 200.000 membres, selon les Occidentaux. Ils sont une armée d'élite qui dispose de moyens terrestres, de leur propre marine, de leur propre aviation.
Mieux payés et mieux entraînés que l'armée régulière, ils constituent une sorte de force parallèle dont la mission principale est de protéger l'héritage de la révolution.
Une organisation richissime
A leur tête : Mohammad Pakpour. Ce vétéran de la guerre Iran-Irak est placé directement sous les ordres de l'Ayatollah Khamenei, le Guide suprême iranien, sans passer ni par le gouvernement ni par le président.
Véritable État dans l'État, les Gardiens de la révolution détiennent des intérêts dans tous les secteurs stratégiques : la défense, le pétrole, le gaz, le secteur du bâtiment, les infrastructures, les transports, les télécommunications… Ces mannes leur rapportent entre six et neuf milliards de dollars, soit l'équivalent d'environ 40 % du budget militaire officiel iranien, d'après le chercheur David Khalfa, de la fondation Jean-Jaurès, cité par l'agence AFP.
La population iranienne, elle, souffre au quotidien, ce qui alimente le ressentiment contre les Gardiens et les autres représentants du régime théocratique en place.
Le réseau de renseignement intérieur
En Iran, ils sont insérés dans toutes les strates de la population, ce qui leur permet de disposer d'un vaste réseau de renseignement, afin de démanteler rapidement les bastions de contestation.
Ils s'appuient sur une milice paramilitaire, les Bassidj, dont les membres sont essentiellement recrutés parmi les jeunes.
Rôle des Gardiens dans la répression
L'Union européenne accuse les Gardiens de la révolution d'avoir orchestré la répression de la contestation, qui a fait des milliers de morts.
L'ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA), basée aux Etats-Unis, a décompté 6.373 personnes tuées dans cette répression, dont 5.993 manifestants. L'ONG affirme enquêter sur 17.000 possibles décès supplémentaires. Elle recense au moins 42.486 personnes arrêtées – et la répression se poursuit.
Des alliés au Moyen-Orient
A l'étranger, les Gardiens de la révolution ont passé des accords avec des groupes armés actifs au Moyen-Orient. Ils ont ainsi constitué l'"Axe de Résistance", dont font partie des mouvements comme le Hezbollah au Liban, le Hamas à Gaza, les groupes armés du Hachd al-Chaabi en Irak ou les Houthis du Yémen.
Organisation terroriste
Plusieurs États ont déjà placé les Gardiens de la révolution sur la liste des organisations terroristes. Leur unité d'élite qui agit à l'étranger, la force Al-Qods, a ainsi été la cible, en 2020, de bombardements américains, destinés à éliminer ses dirigeants.
Cette branche est notamment soupçonnée d'être derrière une attaque contre une synagogue de Bochum, dans l'ouest de l'Allemagne, en 2021. À l'été 2025, l'armée israélienne a aussi opéré des raids qui ont tué de nombreux responsables de la Garde.
Malgré cela, et en dépit des pertes importantes enregistrées par leurs alliés du Hamas et du Hezbollah, les Gardiens de la révolution ont réussi jusqu'à présent à se maintenir au pouvoir. Leur proximité avec le Guide suprême qui les nomme les a rendus indispensables à la survie du régime iranien, de plus en plus impopulaire.