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PolitiqueMoyen-Orient

Israël s'empare du château de Beaufort

Kersten Knipp | Eric Topona
2 juin 2026

Depuis le week-end dernier, le drapeau israélien flotte sur le ​château de Beaufort, dans le sud du Liban. Des combats opposent, dans le sud du Liban, l'armée israélienne à la milice chiite du Hezbollah.

Libanon Arnoun 2026 | Israelische Flagge über der Kreuzritterfestung Beaufort
Image : Marwan Naamani/ZUMA/dpa/picture alliance

Le Hezbollah est classé comme organisation terroriste par les États-Unis, l'Allemagne et plusieurs États arabes sunnites.

La ministre allemande du Développement, Reem Alabali-RadovanImage : Ronka Oberhammer/DW Images

Un déplacement au Liban de la ministre allemande du Développement, (SPD), Reem Alabali-Radovan a été brusquement annulé à la dernière minute pour des raisons de sécurité. Un porte-parole a indiqué que cette décision avait été prise alors même que l'avion de la ministre était en route vers Beyrouth, en raison de la détérioration de la situation sécuritaire.

Plus tôt dans la journée, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense Israël Katz avaient ordonné des frappes contre des ​ "cibles terroristes du Hezbollah​" dans la banlieue sud de Beyrouth. Le gouvernement israélien a expliqué que ces frappes constituaient une riposte à des violations répétées du cessez-le-feu.

Échec des négociations

Parallèlement, l'Iran a imputé aux agissements d'Israël l'échec des négociations visant à conclure un accord de cessez-le-feu avec les États-Unis. Les médias libanais ont fait état d'un exode de la population de la banlieue sud de Beyrouth ; le président libanais Joseph Aoun a qualifié ces événements d'​"agression israélienne brutale​".

"On peut sentir la tension​"

Merin Abbass, directeur du bureau de la Fondation Friedrich Ebert à Beyrouth, décrit à quel point la situation est devenue tendue. Bien qu'un cessez-le-feu soit officiellement toujours en vigueur, le conflit se poursuit en réalité. ​"À ce jour, il existe également des menaces concrètes de bombardement des banlieues sud de Beyrouth. Les premières évacuations ont déjà eu lieu. On peut sentir la tension​", déclare ​​Merin Abbass, qui se trouve sur le terrain à Beyrouth, dans un entretien accordé à la DW.

Frappe aérienne israélienne contre des infrastructures du HezbollahImage : Kawant Haju/AFP

Cette escalade soulève une question centrale : quel est l'objectif d'Israël avec cette opération militaire ? Officiellement, l'objectif est d'affaiblir — et, à terme, de désarmer — le Hezbollah. Selon le discours israélien, les attaques du groupe, menées à l'aide de roquettes et de drones contre le nord d'Israël, continuent de constituer une menace immédiate.

​Merin Abbass souligne la pression politique intérieure à laquelle le gouvernement israélien est actuellement confronté. ​"En Israël, des critiques importantes s'élèvent, reprochant au gouvernement de ne pas mener la lutte contre le Hezbollah avec une détermination suffisante."  L'avancée au nord du fleuve Litani, note-t-il, indique que — du point de vue israélien — la stratégie précédente était inadéquate.

Affaiblir militairement le Hezbollah

Jan Wilkens, spécialiste du Moyen-Orient à l'Institut allemand d'études mondiales et régionales (GIGA) à Hambourg, considère lui aussi que cette opération militaire est motivée par la volonté d'affaiblir militairement le Hezbollah.

Parallèlement, il met en lumière le coût politique de cette offensive. ​"Du point de vue du droit international, nous continuons d'observer une violation fondamentale de la souveraineté étatique​", confie ​l​e chercheur à la DW.

Inquiétudes concernant les solutions politiques


De fait, l’inquiétude grandit parmi les observateurs quant à l’affaiblissement, par les actions d’Israël, des forces libanaises attachées à une solution politique. Le Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS) avertit que ces attaques pourraient saper les institutions de l’État, renforçant ainsi indirectement l’argument du Hezbollah selon lequel seule la résistance armée peut garantir la sécurité.

Un homme inspecte les dégâts après une frappe aérienne israélienne.Image : Kawnat Haju/AFP

​Jan Wilkens avance un argument similaire. Il soutient que l’offensive réduit considérablement la marge de manœuvre du gouvernement libanais. "Plus Israël tente d’imposer unilatéralement une solution au Liban, plus les chances de parvenir à un accord acceptable pour toutes les parties à long terme s’amenuisent."

Selon ​​Merin Abbass, de la Fondation Friedrich Ebert, le cœur du problème réside dans une asymétrie fondamentale. ​"D’un côté, Israël, militairement très puissant ; de l’autre, un État libanais relativement faible​" Tandis qu’Israël persiste dans sa campagne contre le Hezbollah, le gouvernement de Beyrouth – qui n’exerce que peu d’influence sur ce dernier – exige, avant tout, le respect du cessez-le-feu et le retour des personnes déplacées. Depuis le début des pourparlers, ces positions sont restées pratiquement inchangées.

De plus, le Hezbo lui-même semble peu intéressé par les négociations. Les attaques continues de roquettes et de drones sur le nord d'Israël pourraient également être interprétées comme une tentative de sabotage du processus diplomatique.

Parallèlement, ​Jan Wilkens  a averti que les négociations servent de plus en plus à ancrer politiquement les réalités militaires. ​"L'avancée militaire réduit les possibilités de négocier une solution globale et consensuelle.​"

Quel rôle jouent les États-Unis ?

Les États-Unis jouent un rôle clé. Ils sont non seulement l’allié le plus important d’Israël, mais aussi la seule puissance extérieure exerçant une influence significative sur les deux parties.

Le président américain Donald TrumpImage : Samuel Corum/CNP/ZUMA/IMAGO

Le Washington Institute préconise de poursuivre le désarmement de la milice du Hezbollah de manière progressive, ainsi que d’apporter un soutien renforcé aux Forces armées libanaises.

Par ailleurs, il suggère que des fonctions de médiation et de coordination entre Beyrouth et Jérusalem pourraient s’avérer réalisables.

Pour ​Merin Abbass, toutefois, il demeure crucial de comprendre que la seule pression militaire ne permettra pas d’aboutir à une solution. ​"Il faut certes reconnaître qu’Israël souhaite protéger sa population et assurer sa défense. Dans le même temps, à mon sens, la destruction massive de quartiers de la capitale libanaise serait disproportionnée.​"

Désescalade : uniquement sous conditions claires

Une désescalade du conflit demeure possible, affirme Wilkens. Toutefois, un préalable s'impose : la fin des violences. ​"Le Hezbollah doit cesser ses opérations de combat ; simultanément, Israël doit se retirer du territoire libanais.​" Ce n'est qu'alors qu'il sera possible d'établir les bases de négociations viables.

Parallèlement, ​Merin Abbas appelle à une intensification de la pression internationale. ​"Lorsque des villes et des villages entiers sont détruits, la simple expression d'une préoccupation ne suffit pas. Dans de telles circonstances, des réponses politiques bien plus fermes sont requises​."

Reste à savoir si cela se concrétisera. Une chose est toutefois certaine : plus l'escalade militaire se poursuit, plus il devient difficile de trouver une issue politique. C'est précisément là que réside actuellement le plus grand danger — pour Israël, pour le Liban et pour l'ensemble de la région.

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