Flottille pour Gaza : la vidéo de Ben‑Gvir suscite un tollé
21 mai 2026
La vidéo publiée par Itamar Ben-Gvir, le ministre israélien de la Sécurité nationale issu de l'extrême-droite, montre plusieurs dizaines de membres de la flottille Sumud pour Gaza agenouillés tête au sol, les mains entravées. La vidéo est accompagnée d'une mention : « Bienvenue en Israël. Ici, c'est nous les maîtres des lieux. »
Ces militants pro-Palestiniens sont détenus dans le port d'Ashrod, en Israël, par les forces israéliennes. La flottille de 51 navires a été interceptée en Méditerranée alors qu'elle essayait d'acheminer de l'aide aux Gazaouis, avec environ 430 activistes à leur bord.
Divisions au sein du gouvernement israélien
Le chef de la diplomatie israélienne, Gideon Saar, dénonce un « spectacle honteux » et il accuse son collègue d'avoir « sciemment nui » à l'image d'Israël. Le choc est tel que même le Premier ministre a condamné au moins la forme de la vidéo.
Benjamin Netanyahu a fait savoir que ces images n'étaient « pas conformes aux valeurs d'Israël ». Il campe toutefois sur sa ligne politique : les autorités israéliennes veulent empêcher cette flottille d'arriver à Gaza.
Les autorités israéliennes ont annoncé dans la journée de jeudi l'expulsion des militants de la flottille. La Turquie a fait savoir qu'elle rapatrierait ses ressortissants.
Réactions en Europe
Dans l'Union européenne, l‘indignation est officielle. L'UE qualifie la vidéo de « complètement inacceptable » et la Commissaire à l'aide humanitaire a même pris la défense des militants pro-Palestiniens de la flottille, en déclarant que « personne ne devrait être sanctionné pour défendre l'humanité ».
Plusieurs Etats européens ont réagi individuellement : la France, l'Italie, la Pologne, l'Espagne, la Grèce, la Belgique, les Pays-Bas. Certains ont même convoqué l'ambassadeur d'Israël.
Le chef de la diplomatie espagnole réclame la libération immédiate des militants de la flottille détenus. La Pologne envisage de déclarer le ministre Ben-Gvir persona non grata et l'Italie réclame des sanctions européennes contre lui.
Tweet de Jean-Noël Barrot, ministre français des Affaires étrangères :
En Allemagne aussi, où les autorités sont souvent plus réservées quand il s'agit d'émettre des critiques envers le gouvernement israélien, le ton est à la condamnation. Le ministre des Affaires étrangères, Johann Wadephul, a déclaré à l'agence de presse allemande dpa que le comportement du ministre Ben-Gvir était « tout-à-fait inacceptable ».
« Cela va fondamentalement à l'encontre des valeurs que l'Allemagne souhaite défendre aux côtés d'Israël », a ajouté le ministre allemand (CDU). Johann Wadephul a par ailleurs exprimé sa gratitude envers son homologue israélien Gideon Saar « pour les mots clairs qu'il a trouvés pour qualifier ce comportement indescriptible ».
L'ambassadeur allemand en Israël, Steffen Seibert, qui est l'ancien porte-parole de la chancelière Angela Merkel, avait formulé des critiques similaires.
Les ONG de défense des droits humains s'indignent aussi sur les réseaux sociaux. Elles accusent l'Etat israélien d'atteintes à la dignité humaine et d'humiliations de civils.
En Afrique et dans le reste du monde
En Afrique, en revanche, aucune réaction officielle n'était documentée ce matin. Sur les réseaux sociaux, la mobilisation se traduit par certains hashtags particulièrement relayés pour dénoncer des « atteintes à la dignité » et appeler à des sanctions contre Israël. La société civile et des ONG se mobilisent aussi en faveur de la flottille, notamment en Afrique du Sud.
Sur le continent américain enfin, au Canada, le Premier ministre qualifie l'attitude de Ben Gvir d'« abominable ». Il a également fait convoquer l'ambassadeur israélien à Ottawa.
Au Mexique, des manifestations ont eu lieu devant l'ambassade d'Israël en signe de protestation.
Aux Etats-Unis, les critiques sont surtout médiatiques étant donné la proximité de l'administration Trump avec le gouvernement Netanyahu. Mais l'ambassadeur américain en Israël a critiqué les « actes méprisables » du ministre Ben-Gvir.