Ituri : au camp de Kigonze, la peur d’Ebola s’ajoute à une précarité extrême

Au camp de Kigonze, à Bunia, la situation humanitaire atteint un niveau critique. Plus de 20 000 déplacés internes y sont entassés sous des bâches de fortune, dans un environnement où l’accès à l’eau potable et aux infrastructures sanitaires est quasi inexistant. Dans ce contexte, la menace d’une épidémie d’Ebola accentue les inquiétudes et révèle l’ampleur de la crise.
Une hygiène impossible dans un camp surpeuplé
Les conditions de vie sur le site rendent les gestes d’hygiène de base difficiles, voire impossibles. Une seule source d’eau est disponible pour l’ensemble de la population, contraignant les habitants à de longues attentes et limitant fortement leur consommation.
"Il n’y a pas d’eau. Dans tout le site, il n’y a qu’un seul robinet", témoigne D’zirava Lety, déplacée. Elle évoque également l’absence de toilettes adaptées : "Les enfants font leurs besoins n’importe où. On nous demande de nous laver les mains, mais il n’y a pas de kits."
Le camp compte environ 300 toilettes pour plus de 5 000 ménages, dont la majorité sont aujourd’hui inutilisables. La pollution de l’environnement s’aggrave, augmentant les risques sanitaires pour l’ensemble des résidents.
Maladies et décès en hausse, la peur d’Ebola grandit
Dans ce contexte insalubre, les maladies se multiplient. Paludisme, typhoïde et autres infections liées au manque d’eau potable font des ravages. "Rien n’est propre ici. Nous souffrons chaque jour", déplore Dhekana Tsedha Aimé, lui aussi déplacé.
Depuis le mois de mai, au moins 50 personnes sont décédées dans le camp. Des tests réalisés en juin ont confirmé que certaines de ces morts étaient liées à Ebola. Une situation qui suscite une profonde inquiétude parmi les habitants.
Le président du site, Étienne Ndrutsi, alerte sur l’insuffisance des mesures de prévention : "Avant, il n’y avait pas autant de décès. Avec Ebola, on enregistre jusqu’à six morts par jour." Face à cette situation, il réclame des kits de protection et des moyens supplémentaires pour limiter la propagation du virus. "La peur règne dans le camp", insiste-t-il.
Des réponses encore insuffisantes
Bien que les autorités sanitaires tendent à minimiser le risque de contamination, les habitants dénoncent un manque d’action concrète. Une clinique et un centre de traitement sont actuellement en construction dans le camp, une initiative qui apporte un début de soulagement.
Mais pour les déplacés de Kigonze, ces mesures restent largement insuffisantes face à l’urgence. Sans accès rapide à l’eau potable, à des infrastructures sanitaires fonctionnelles et à des équipements de protection, la situation risque de continuer à se détériorer.