Ituri : le CICR alerte sur une crise humanitaire persistante
7 novembre 2025
L’Ituri s’enfonce depuis plusieurs années dans une spirale de violences, rappelle le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), dans un communiqué. Entre opérations militaires, affrontements des groupes armés et attaques ciblées, les civils sont de plus en plus exposés à une insécurité croissante.
L’ONG internationale s’inquiète également de la dégradation de l’accès aux soins et de la hausse du nombre de blessés par armes, conséquence directe des violences qui ravagent la région.
Alfred Wadie travaille pour le CICR en Ituri et il rappelle que c’est la population qui est la première victime de ces conflits.
"Ce cycle a gravement affecté la capacité des populations à assurer leurs moyens de subsistance. Cela a affaibli le secteur agricole qui, ensuite, aggrave l’insécurité alimentaire. Cela impacte aussi les structures de santé qui manquent de moyens en ressources humaines parce que les personnes qualifiées ont fui, mais il y a aussi un manque en équipements et en médicaments."
Engrenage de violences
En Ituri, plusieurs groupes armés continuent de semer la terreur. Parmi eux, la Codéco, le Zaïre, la CRP et les ADF figurent parmi les plus actifs, contribuant à un climat d’insécurité généralisée.
Les conséquences pour les civils sont dramatiques : villages incendiés, déplacements massifs, attaques ciblées et accès de plus en plus limité aux soins.
Face à cette situation, la société civile dénonce l’indifférence entourant la crise dans la région. Dieudonné Lossadhekana est le président de la société civile forces vives de l’Ituri.
"Par rapport aux dégâts, aux massacres et aux crimes graves qui se déroulent en Ituri, on n’en parle pas assez. Notre inquiétude, c’est que même la communauté internationale, qui est bien représentée en Ituri par la Monusco, n’en fait pas écho. Nous voulons au moins que le monde sache que les vies humaines sont décimées en Ituri, sans autre forme de procès. "
Consequences pschologiques des conflits armés
Les conflits armés en Ituri laissent aussi des séquelles psychologiques profondes. Les violences répétées, les séparations familiales et l’insécurité chronique affectent durablement la santé mentale des populations.
Achille Bapolisi est psychiatre et professeur à l’Université catholique de Bukavu. Il analyse ces conséquences sur trois niveaux distincts.
"Le stress post-traumatique individuel, deuxièmement, on peut observer ce qu’on appelle le stress post-traumatique collectif qui consiste en toutes ces perturbations au niveau des liens, au niveau des identités, au niveau du discours, au niveau des émotions collectives, et puis, nous avons le traumatisme transgénérationnel, transmis de génération en génération, " soutient le psychiatre.
En mai 2021, l’état de siège a été décrété par le président Félix Tshisekedi pour endiguer l’insécurité chronique causée par les groupes armés dans l’est de la RDC. Quatre ans plus tard, les violences armées persistent, notamment dans le territoire deDjugu, où plus d’une centaine d’attaques ont été recensées en 2024.