La décentralisation en panne en Centrafrique
28 août 2026
La République Centrafricaine a bouclé, avec l'aide de la communauté internationale, son cycle électoral. Les maires et les conseillers régionaux ont donc été élus. Ce qui devrait ouvrir la voie à une politique de décentralisation. Mais après l'investiture des maires, le pouvoir central continue de puiser dans les caisses des communes, fragilisant ainsi la dynamique de la décentralisation. C'est le cas à Sibut, au centre du pays, où s'est rendu notre correspondant.
Rivalités entre différents niveaux de décision
Nous sommes dans la commune de Sibut. Cette collectivité est dirigée par Serge Pépin Gouakaï. Il a été élu sur un programme ambitieux de développement de la ville par la construction d'infrastructures et un investissement dans les secteurs sociaux.
Mais très vite, il a compris qu'il ne pourrait pas développer sa commune en se basant sur les recettes contrôlées par le pouvoir central. Il mise donc sur le jumelage. Serge Pépin Gouakaï explique avoir "cette obligation de chercher les partenaires pour jumeler la commune à d'autres, qui sont sur la voie de développement, pour nous permettre d'évoluer, et ça, c'est notre priorité, de chercher des contacts ".
Les communes ne disposent pas toutes des mêmes potentialités économiques. A cela, s'ajoute le manque de volonté politique pour développer la décentralisation. Le pouvoir central rechigne en effet à renoncer à certaines ressources financières.
Evariste Ngamana, le porte-parole du gouvernement, met en avant la tension de la trésorerie nationale et appelle à l'aide des partenaires. Il reconnaît que "la décentralisation requiert plusieurs défis et entre autres défis, c'est la question des ressources financières. Vous savez que notre pays a des difficultés à mobiliser des ressources pour le fonctionnement de nos administrations, etc. C'est pour cela que nous avons besoin de l'appui de nos partenaires, notamment les partenaires techniques et financiers".
Les prérequis d'une décentralisation réussie
Face aux manquements constatés dans la gestion de plusieurs élus locaux, le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) offre son expertise pour aider les parties prenantes. Mactar Fall est le représentant résident adjoint du Pnud.
"Il y a des préalables pour qu'une décentralisation marche bien, détaille-t-il. Il faut que les institutions et les régions puissent être fortes, à travers des textes qui soient bien clairs, pour déterminer leur champ d'action et surtout, faire la différence entre décentralisation et déconcentration, pour le rôle des parties prenantes. Il faut aussi qu'ils aient les ressources pour mener cette décentralisation correctement. C'est la raison pour laquelle le Pnud propose la mise en place d'un basket found, à l'instar de ce que nous avons fait pour les élections, pour permettre aux partenaires financiers et au gouvernement de mobiliser les ressources et avoir les clés de répartition, afin de permettre aux collectivités de pouvoir exécuter leur programme".
Au total, 177 communes et sept régions ont élu leurs dirigeants. Mais les électeurs doivent user de patience pour voir des avancées concrètes en matière de transfert de compétences et de budgets, notamment du fait des contraintes politiques auxquelles font face les élus.