La population en Iran craint une spirale de pauvreté
23 avril 2026
Les États-Unis imposent, depuis le 13 avril un blocus maritime aux ports iraniens. Cette mesure vise notamment à empêcher les exportations iraniennes – surtout de pétrole – et à faire pression sur le régime de Téhéran en le privant de financements.
"Les États-Unis pourraient maintenir un tel blocus militairement pendant des mois, voire plus d'un an dans certains scénarios”, explique Shahin Modarres, expert en question de sécurité internationale à l'université Tor Vergata de Rome, dans un entretien avec la Deutsche Welle.
Après six semaines de guerre, un cessez-le-feu précaire est en cours entre les Etats-Unis et l'Iran. Cette trêve vient d'être prolongée unilatéralement par le président américain, Donald Trump.
Le blocus maritime constitue toutefois une violation flagrante de cet accord, estime le négociateur iranien et président du Parlement, Mohammed Ghalibaf, qui exclut ainsi la réouverture du détroit d'Ormuz, passage maritime stratégique au large de l'Iran et par lequel passe en temps de paix un cinquième du pétrole mondial.
Shahin Modarres voit dans ce blocus américain un parallèle avec les dernières années de la guerre entre l'Iran et l'Irak (1980-1988), lorsque Téhéran était soumis à une pression militaire et économique constante et a finalement accepté un cessez-le-feu.
Cette démarche ne met toutefois pas seulement le régime iranien sous pression, souligne l'expert. "Cet instrument n'est donc efficace qu'à court ou moyen terme et ne constitue pas une solution durable. Les seuls perdants dans un tel scénario sont la population, peu importe que la guerre se poursuive sans évoluer ou qu'elle prenne fin”.
Hausse des prix
Le blocus maritime vise avant tout à empêcher les exportations de pétrole iraniennes. Selon le site spécialisé Lloyd's List, certains navires iraniens auraient toutefois réussi à contourner le blocus. Un rapport publié 20 avril indique que 26 navires – dont au moins onze transportant du pétrole et du gaz iraniens – ont pu se déplacer depuis le 13 avril. Le Pentagone a démenti ces informations.
Les conséquences économiques du blocus ne touchent toutefois pas seulement les exportations, mais aussi les importations de biens de première nécessité. "Outre les exportations, les importations de denrées alimentaires de base et de moyens de production seront elles aussi davantage touchées”, explique le journaliste économique Ashkan Nizamabadi, qui vit actuellement à Berlin, dans un entretien avec la DW.
Selon M. Nizamabadi, l'Iran importe chaque année environ un million de tonnes de riz, principalement en provenance d'Inde et du Pakistan. Si le blocus des ports devait se prolonger, Téhéran devra probablement opter pour des approvisionnements par voie terrestre ou renforcer sa coopération avec la Turquie.
"Ce changement logistique est nettement plus coûteux que la voie maritime. Cela va faire grimper les prix – et ce sont finalement les consommateurs qui en supporteront les coûts”, explique M. Nizamabadi. Pour certaines marchandises importées, l'offre sur le marché est déjà limitée, car les commerçants craignaient des pénuries.
"À présent, tout le monde vit au jour le jour”, explique un journaliste de Téhéran qui souhaite rester anonyme et qui constate un épuisement collectif. "Au supermarché ou à la boulangerie, les gens n'achètent plus que ce dont ils ont besoin pour un repas – comme s'ils ne savaient pas ce que leur réserve le lendemain.”
La crainte du chômage et de la pauvreté
Dans le même temps, la peur de perdre son emploi grandit. À la suite de la destruction d'installations pétrolières et industrielles, des dizaines de milliers de personnes ont été licenciées. L'arrêt de la production dans les secteurs sidérurgique et pétrochimique menace en outre de déclencher une réaction en chaîne et de contraindre de nombreuses entreprises sous-traitantes à cesser leurs activités.
Dans le secteur des services, de nombreuses entreprises ont interrompu leurs activités pendant la guerre et n'ont pas repris le travail, malgré le cessez-le-feu.
Samaneh, qui travaillait comme vendeuse dans un salon de beauté à Téhéran, décrit la situation ainsi : "Depuis les grèves de l'hiver dernier, tout est à l'arrêt. Puis sont venues les manifestations, puis la guerre. Maintenant, nous avons certes un cessez-le-feu, mais rien ne s'est amélioré.”
Inflation, récession et pauvreté
De nombreuses familles vivent désormais de leurs économies. De nombreux jeunes seraient retournés vivre chez leurs parents. D'autres quittent les grandes villes comme Téhéran, où le coût de la vie est plus élevé que dans les zones rurales.
L'économie de l'Iran souffre déjà depuis des années de la mauvaise gestion, de la corruption et subit des sanctions internationales. En 2025, le taux d'inflation moyen en Iran a été de plus de 50 %. Pour cette année, la hausse des prix pourrait atteindre près de 70 %.
L'économie iranienne est en récession, avec une inflation qui continue de grimper, confirme l'économiste Amir Alizadeh dans un entretien avec la DW. "Le Fonds monétaire international prévoit pour l'Iran une récession économique d'environ 6 % cette année”, indique M. Alizadeh.
Le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) table même sur un recul de 8 à 10 % du PIB. Comme le Pnud prend également en compte des indicateurs de développement humain, le taux de pauvreté devrait augmenter pour atteindre environ 36 %, voire 41 % de la population à long terme.