L'Allemagne rate son siège au Conseil de sécurité de l'Onu
3 juin 2026
Le vote à l'Assemblée générale de l'Onu a eu lieu ce mercredi 3 juin 2026. L'Assemblée arenouvelé une partie des membres non-permanents au Conseil de sécurité, la plus haute instance des Nations unies. L'Allemagne espèrait y obtenir un siège pour deux ans. Mais Annalena Baerbock, la présidente de l'Assemblée générale, a fait savoir que l'Allemagne avait échoué dès le premier tour.
A quoi ça sert, le Conseil de sécurité ?
L'article 24 de la Charte de l'Onu prévoit que le Conseil porte « la principale responsabilité du maintien de la paix et la sécurité internationales ». Les décisions du Conseil revêtent un caractère obligatoire pour les Etats membres de l'Onu. Il peut prendre des sanctions, envoyer des missions de paix et autoriser l'usage de la force armée.
Le Conseil de sécurité est constitué de cinq membres permanents dotés d'un droit de véto : les Etats-Unis, la Russie, la Chine, le Royaume-Uni et la France. Dix membres non-permanents y siègent aussi pour deux ans. Ils sont renouvelés pour moitié tous les ans. C'est donc pour être élue à l'un de ces sièges que l'Allemagne a posé sa candidature face à l'Autriche et au Portugal.
L'Allemagne, deuxième contributeur au système onusien
Le ministère des Affaires étrangères justifiait sur son site internet le souhait de l'Allemagne par sa contribution financière : « En tant que deuxième pays contributeur du système de l'Onu (après les Etats-Unis, l'Allemagne est un partenaire fiable des Nations unies depuis plus de cinquante ans. »
Pourtant, Johannes Varwick, professeur en relations internationales de l'Université de Halle, estime que le choix de l'Allemagne n'était pas garanti : « Pendant des décennies, l'Allemagne a été saluée dans de nombreuses régions du monde comme un moteur des solutions politiques multilatérales. Aujourd'hui, les sujets de discorde sont nombreux », relève-t-il avant de donner la guerre Israël-Hamas, la guerre d'Iran et la guerre Russie-Ukraine en exemples.
Le reproche d'une morale double
Mais que comptait faire l'Allemagne si elle obtenait ce siège ? Dans un court-métrage intitulé « More than a Seat » (« Plus qu'un siège »), réalisé spécialement pour la candidature, on peut lire : « Nous sommes prêts à prendre place – pour nous lever. Pour le respect, la justice et la paix. » Le ministère fédéral des Affaires étrangères écrit : « Au Conseil de sécurité, l'Allemagne entend mettre l'accent sur les thèmes de la prévention des conflits, de la résolution des crises, du climat et de la sécurité. »
Ce sont là des objectifs que pratiquement tout le monde pourrait défendre et qui n'ont donc sans doute pas constitué d'argument de vente unique qui distingue l'Allemagne des autres candidats.
Certains aspects de la candidature allemande pouvaient paraître être en opposition frontale à la politique du plus fort prônée par Donald Trump. Par exemple quand le ministère allemand des Affaires étrangères en appelait à un « ordre mondial régi par des règles » ou qu'il rappelait l'importance du droit international.
« Le système Onu est sous pression », a déclaré le chef de la diplomatie allemande, Johann Wadephul, lors d'une interview à la DW depuis New York. Mais il ajoute : « Je crois en l'importance de la diplomatie pour que le [droit du plus fort] ne s'impose pas. » Sans nommer toutefois directement le président américain.
Même l'insistance de l'Allemagne sur le droit international n'est pas sans poser un problème dans le contexte des Nations unies, estime le professeur Johannes Varwick. Certains reprochent à l'Allemagne de faire deux poids deux mesures : « Par exemple, lorsqu'elle se range si clairement du côté d'Israël dans la question de Gaza. Je pense que presque tout le monde aux Nations unies peut comprendre que l'Allemagne entretient d'autres liens historiques avec Israël, cela ne fait aucun doute. »
Et là, Johannes Varwick fait référence à l'Holocauste, le génocide qui a tué environ six millions de Juifs pendant la période du nazisme en Allemagne. Il explique toutefois que « le fait de se ranger si clairement du côté de l'agresseur – c'est ainsi que beaucoup le perçoivent – tout en brandissant de manière quasi dogmatique le drapeau du droit international en Ukraine, cela ne colle pas vraiment. »
Une réforme du Conseil de sécurité sans avenir
Le ministre allemand des Affaires étrangères souhaiterait que les Nations unies redeviennent un acteur de premier plan dans le règlement des conflits internationaux. Au regard des conflits en Ukraine et en Iran, il a demandé que l'Onu « devienne le pivot de la diplomatie de crise actuelle ».
Dans ces deux guerres, comme dans de nombreux autres conflits, les Nations unies sont restées plutôt passives, principalement parce qu'une ou plusieurs des puissances disposant d'un droit de veto au Conseil de sécurité sont impliquées dans ces conflits – la Russie dans la guerre en Ukraine, les États-Unis dans la guerre en Iran. Elles ont empêché l'adoption de résolutions. Le Conseil s'est ainsi lui-même bloqué.
Johann Wadephul y voit une confirmation de la nécessité de réformer le Conseil de sécurité, une réforme que le secrétaire général de l'Onu, António Guterres, soutient également en principe.
Son argument : la composition du Conseil, en particulier celle des puissances disposant d'un droit de veto, reflète la situation politique mondiale qui prévalait peu après la Seconde Guerre mondiale et non le monde d'aujourd'hui.
Faute de siège permanent...
L'Allemagne, le Japon, le Brésil et l'Inde réclament depuis des années un siège permanent chacun. Quant à l'Union africaine, elle réclame deux sièges permanents pour des États du continent.
En mai 2026, la Commission de l'Union africaine a aussi demandé deux autres sièges permanents pour des États du continent. Mahamoud Ali Youssouf, le président de la Commission de l'UA a ainsi déclaré, lors du sommet Afrique-France de Nairobi : « L'Afrique ne demande pas une faveur, l'Afrique exige la réparation d'une injustice historique ».
Le secrétaire général soutient également le principe d'une réforme de l'Onu. António Guterres qualifie l'absence de l'Afrique parmi les membres permanents disposant d'un droit de veto d' « injustifiable » au XXIe siècle.
Mais cette refondation ne s'est jamais concrétisée. Et elle ne semble pas près de se produire à l'avenir, car les cinq puissances disposant actuellement du droit de veto devraient accepter de perdre leurs privilèges exclusifs. Johannes Varwick qualifie lui aussi ces tentatives de réforme, aussi légitimes soient-elles, de « vouées à l'échec ».
En outre, il devrait y avoir des sièges supplémentaires pour quatre ou cinq membres non-permanents, afin de donner plus de poids aux régions sous-représentées telles que l'Afrique, l'Asie et l'Amérique latine.
Le poids de l‘Onu en baisse
La question est toutefois de savoir dans quelle mesure le Conseil de sécurité et les Nations unies, dans leur ensemble, ont encore une quelconque pertinence.
Dans un rapport publié fin août 2025, l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri) évoque une « marginalisation presque totale d'institutions telles que les Nations unies », compte tenu du recul marqué des missions de maintien de la paix de l'Onu et de leur financement.
Depuis longtemps, de nouveaux groupes et blocs de pouvoir alternatifs se sont formés, comme le G20, le groupe des vingt principaux pays industrialisés et émergents, ou les Brics plus, où se sont regroupés d'importants États non-occidentaux, dont la Chine, la Russie, l'Afrique du Sud et l'Inde. Ces entités contournent ainsi les Nations unies.
Cela n'est pas dans l'intérêt de l'Allemagne, selon Johannes Varwick, qui évalue ainsi l'importance des Nations unies : « Le renforcement du multilatéralisme classique de l'Onu doit rester l'objectif stratégique de la politique étrangère allemande. C'est très difficile et laborieux, mais le monde ne serait pas meilleur si des formats tels que le G20 ou les Brics s'imposaient comme les successeurs de ce multilatéralisme onusien. »
La présidente de l'Assemblée générale, l'Allemande Annalena Baerbock a aussi déclaré, dans une interview au magazine « Politico », que « le monde ne serait pas meilleur sans les Nations unies ».
L'Autriche et le Portugal, des adversaires de taille
L'Allemagne a déjà siégé six fois au Conseil de sécurité, la dernière fois en 2019-2020. Dans le cadre de sa candidature actuelle pour 2027-2028, l'Allemagne affrontait deux autres pays de l'Union européenne, l'Autriche et le Portugal.
Lors du vote à bulletins secrets de l'Assemblée générale, le Portugal et l'Autriche ont été élus en obtenant dès le premier tour les deux-tiers des voix nécessaires (respectivement 134 et 131 voix). L'Allemagne, qui n'avait jamais échoué à entrer au Conseil de sécurité, n'a recueilli que 104 voix.
Le Zimbabwe, seul candidat pour un siège africain à pourvoir, a également été élu avec 182 voix. Tout comme Trinité-et-Tobago, avec 181 voix, pour le groupe Amérique latine et Caraïbes.
Les Philippines et le Kirghizstan seront départagés dans un second tour pour le siège dévolu à l'Asie.
Les cinq pays élus remplaceront à partir du 1er janvier 2027 le Pakistan, la Somalie, la Grèce, le Danemark et Panama.
Ils rejoindront les 5 autres membres élus pour la période 2026-2027 : la République démocratique du Congo, le Liberia, la Lettonie, la olombie et Bahreïn.