Le Bénin, toujours modèle démocratique en Afrique ?
23 février 2026
Anticiper plutôt que de constater les dégâts. C'est la méthode choisie par le cercle de réflexion, proche du parti démocrate américain, le National Democratic Institute (NDI). Alors que la fièvre électorale monte à Cotonou, la mission internationale menée par Christopher Fomunyoh a choisi de "prendre le pouls" du pays dès maintenant.
Pour l'expert camerounais et conseiller spécial de la présidente du NDI, l'intérêt pour un scrutin ne peut se limiter au seul jour du vote.
"Des organisations comme la nôtre ne devraient pas attendre uniquement le jour du scrutin pour porter cet intérêt. Alors nous sommes en période préélectorale à deux mois du scrutin et il était tout à fait normal qu'on puisse venir à l'avance pour prendre un peu le pouls. Cela nous a également permis de formuler quelques recommandations pour consolider davantage la démocratie au Bénin à moyen et à long terme", a déclaré Fomunyhoh.
"Mais il faut qu'il y ait également le développement de l'humain"
Mais ce pouls semble révéler une tension sourde, à moins de deux mois de l'élection présidentielle du 12 avril. Durant leurs échanges avec les autorités béninoises, les membres de la mission, dont l'ancienne présidente de la transition centrafricaine Catherine Samba-Panza, ont décelé une vision du pouvoir où l'efficacité économique semble parfois l'emporter sur les principes démocratiques.
Une rupture avec le passé qui interroge sur la place de l'humain dans le projet de société actuel.
"J'ai senti que les autorités voulaient rompre avec les pratiques du passé qui ont apporté beaucoup de dérives au progrès du Bénin et qu'ils veulent se tourner maintenant vers le développement et vers le progrès et que la démocratie était un élément qui retarderait, selon eux ce processus-là. C'est pour ça que je dis que le développement économique... mais il faut qu'il y ait également le développement de l'humain, et cela est très important", a insisté Samba-Panza.
Un diagnostic sans complaisance sur le cadre électoral
La mission s'inquiète par ailleurs du cadre légal. Si le Bénin a multiplié les réformes politiques et institutionnelles, ces nombreux textes sont aujourd'hui perçus comme un carcan qui entrave l'espace civique.
"Nous avons senti une peur sur la ville. Nous avons senti une société civile qui n'ose plus entreprendre des actions civiques. Nous avons senti des partis politiques plus ou moins muselés. Nous avons relevé un certain nombre de dérives à la limite dictatoriales. Nous avons également entendu beaucoup de complaintes de la part des Béninois, et nous ne pouvons pas les taire", regrette l'ancienne présidente centrafricaine.
Le message du NDI est clair : aucune croissance économique ne peut durablement se substituer au besoin fondamental d'écoute et d'implication des citoyens dans les décisions qui les concernent.
Le diagnostic est posé. Reste à savoir si les recommandations du NDI seront suivies par les institutions, avant le grand saut d'avril. Deux duos sont en lice pour le scrutin présidentiel : celui du pouvoir et celui de l'opposition modérée. Le parti Les Démocrates de l'ex-président Boni Yayi n'a pas réuni les parrainages suffisants pour être dans la course.