Les raisons de la dissolution du gouvernement malgache
11 mars 2026
A Madagascar, l'annonce de la dissolution continue de faire réagir. La présidence de la transition a mis fin aux fonctions du Premier ministre Herintsalama Rajaonarivelo et de l'ensemble du gouvernement. Une dissolution qui intervient dix jours seulement après que le colonel Michaël Randrianirina a transmis le calendrier de la transition à la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC). La présidence n'a fourni aucune explication au limogeage du Premier ministre nommé il y a moins de cinq mois.
Un gouvernement qui ne rassurait pas
L’annonce a fait l’effet d’une bombe et est intervenue alors que certains ministres participaient encore à des cérémonies officielles. La nomination de cette équipe fin octobre par le chef de la transition malgache avait déjà suscité des interrogations : de nombreuses figures connues du paysage politique malgache y figuraient, loin des aspirations à un changement radical de politique portées par la jeunesse lors des manifestations.
Lova Rabary, analyste politique, explique sur la DW que "lors de la nomination des ministres, le Colonel Randrianiriana a donné deux mois pour que ceux-ci puissent faire leur preuve. Quand ce délai a écoulé, il avait dit qu’il devait encore procéder à l’évaluation de chaque ministre. Donc on attendait la fin de cette évaluation".
"C’est pour cela que je dis qu’on s’attendait à cette dissolution. Maintenant, est ce que cette dissolution veut dire que l’évaluation n’était pas concluante. On le saura."
Cette dissolution soulève toutefois de nombreuses questions. En fin de semaine dernière, lors d’une conférence de presse, les initiateurs du mouvement de la Gen Z – réunis aujourd’hui au sein de l’alliance VATO – avaient réclamé la dissolution de la Haute Cour constitutionnelle, de la Commission électorale nationale indépendante et de l’Assemblée nationale. Ils avaient donné un ultimatum de 72 heures. Un délai qui n’était même pas encore écoulé lorsque la dissolution du gouvernement a été annoncée lundi (09.03.26).
Interrogations au sujet du timing de la dissolution
Pour le chroniqueur politique Raoto Andriamanambe, la prudence reste de mise.
"Le timing interroge parce que cet événement intervient au lendemain de la déclaration de la Gen Z et Gen Y qui ont réclamé la démission du Premier ministre. Ce timing aussi interroge par rapport à la situation économique de Madagascar. Il faut rappeler que le pays, notamment la deuxième ville Tamatave, a été affecté de plein fouet par le cyclone dévastateur Gezani qui a détruit à 80% cette ville, ce poumon économique de Madagascar. Et l’exécutif était vraiment en première ligne."
Lors d’une rencontre avec les médias, les membres de l’alliance VATO ont salué mardi (10.03.26) la dissolution du gouvernement et appelé le président de la Refondation à impliquer davantage la jeunesse dans la suite du processus politique.
Le Premier ministre limogé a dit mardi avoir pris acte de son limogeage. Herintsalama Rajaonarivelo dit avoir fait de son mieux pour “rétablir la confiance des partenaires, répondre aux chocs, améliorer la transparence et la prévisibilité du cadre macro-économique avec des résultats palpables”.