Niamey proteste après la résolution de l’UE sur Bazoum
13 mars 2026
Le vote du Parlement européen a été quasi-unanime. 524 députés ont voté pour la résolution, deux ont voté contre et 29 se sont abstenus. Le texte était porté par la droite (groupe PPE) et d'autres eurodéputés pour condamner "fermement" la "détention arbitraire" de Mohamed Bazoum et réclamer sa libération.
Le 2 avril est une date symbolique, car elle marque la fin officielle du mandat présidentiel de Mohamed Bazoum. Elu en 2021, celui-ci a toujours refusé de démissionner.
Une urgence politique
"Ne pas obtenir sa libération avant cette date constituerait un échec grave", de l'avis de l'eurodéputé français Christophe Gomart (PPE), à l'initiative du texte.
"Il convient de rappeler que le président Bazoum, démocratiquement élu, a été le principal partenaire des forces européennes au Sahel, contribuant à la lutte contre le terrorisme islamiste, contre le trafic d'armes, contre le trafic d'êtres humains, et à la stabilité régionale", a aussi souligné Christophe Gomart.
C'est d'ailleurs cette coopération étroite avec les Occidentaux que les putschistes reprochent aujourd'hui à Mohamed Bazoum, qui pourrait être poursuivi pour " haute trahison, passible de la peine de mort ", comme le rappelle encore le texte du Parlement européen.
Lors de son intervention en plénière, mercredi (11.03), Christophe Gomart l'a qualifié de résolution "d'urgence".
Alerte sur la dégradation de la situation au Niger
Les eurodéputés y font aussi part de leur inquiétude quant à la " dégradation de la situation au Niger " en matière de droits humains, de libertés et de démocratie. Lors des interventions dans l'hémicycle, ils ont dénoncé la dérive autoritaire de la junte et souligné la nécessité de rétablir l'ordre constitutionnel. Selon eux, la situation actuelle présente aussi des risques sécuritaires pour le reste du Sahel et l'Europe. Cette résolution est toutefois non-contraignante juridiquement. Sa portée est avant tout politique. Elle représente la position officielle du Parlement européen, celle des trois grandes institutions de l'UE qui est élue par les citoyens européens.
Un texte non contraignant mais politiquement fort
Le texte peut orienter la diplomatie européenne et inciter les États membres à accroître pressions et sanctions sur le régime militaire en place. Et bien sûr, la résolution confère une visibilité internationale au cas Bazoum et à la situation au Niger.
Ce texte s'inscrit dans une série de résolutions sur les droits humains, ce qui lui donne un poids supplémentaire. Le Parlement appelle ainsi l'Union africaine, l'UE et la communauté internationale à intensifier les efforts diplomatiques pour obtenir la libération de Mohamed Bazoum et pour soutenir un retour à l'ordre démocratique. Mais il n'appelle pas à l'adoption de nouvelles sanctions.
La réaction des militaires est celle qui était attendue : convocation de l'ambassadrice de l'UE à Niamey et dénonciation de "l'ingérence” et du "paternalisme” européens. Le régime du général Tiani dit refuser toute directive, "d'où qu'elle vienne”.