Le Togo affine sa stratégie au Sahel
20 avril 2026
Le Togo a déclaré samedi (18.04) vouloir "servir de pont" entre le Mali, le Niger, le Burkina Faso, dirigés par des militaires et confrontés à des violences jihadistes, et la communauté internationale, lors du lancement de sa nouvelle stratégie pour le Sahel.
D'après Robert Dussey, le ministre togolais des Affaires étrangères, la conception de cette seconde phase de la stratégie du Togo pour le Sahel est une nécessité : cette zone s'est transformée en un bastion de violences terroristes, mettant directement en péril la stabilité de l'ensemble de la région.
Trois piliers pour contenir l’insécurité régionale
Cette politique est déclinée en trois piliers par le responsable de la diplomatie togolaise. Premièrement : maintenir la collaboration régionale pour assurer la paix et la stabilité. Deuxièmement, le Togo souhaite jouer un rôle central dans la mise en place des conditions favorables à la paix.
Enfin, Lomé prévoit de soutenir les processus de normalisation politique dans les pays dirigés par des militaires après le renversement des autorités civiles élues.
Pour Jean Emmanuel Gnagnon est enseignant-chercheur à l'Université de Lomé et expert en gouvernance de l'État et management des crises : "Le Togo a quand même réussi à contenir la progression des groupes armés vers le Sud, et aussi à éviter une certaine implantation durable des cellules terroristes sur son territoire. Il a également contribué à renforcer sa présence sécuritaire dans la sous-région. Alors, donc, comparé à d'autres pays voisins, j'estime que l'indicateur de l'effet de contagion n'est pas inefficace au niveau du Togo. "
Mais l'enseignant-chercheur reconnait "que les phases précédentes n'ont pas résolu la crise, ça c'est clair, mais elles ont quand même permis au Togo de gagner du temps et de renforcer également ses capacités pour éviter le pire ".
Des résultats sécuritaires jugés mitigés par les experts
Madji Diabakaté est politologue et il affiche un scepticisme plus prononcé sur le rôle que pourrait jouer le Togo dans la réconciliation régionale.
"L'intérêt et le zèle de la diplomatie togolaise, quand il s'agit de la question du Sahel, est un peu à l'image de ce conte où la grenouille voulait défier le bœuf, en disant qu'elle pouvait grossir et prendre la même forme que le bœuf. Quand ces coups d'État ont eu lieu, il y avait deux problèmes sur la table. Le premier, c'était l'insécurité et le second, c'était le retour à un État démocratique. Et sur les deux aspects, rien n'a évolué essentiellement. Donc, la contribution du Togo a plutôt été celle de fragiliser la Cédéao, en servant de soutien et d'appui aux États qui ont créé la crise."
À l'instar du politologue Madji Diabakaté, un grand nombre de Togolais désapprouvent cet engagement diplomatique de leur gouvernement. Ils estiment qu'il faut d'abord apaiser le contexte politique national avant de proposer ses services aux pays de la région.
D'après le ministre Robert Dussey, le Togo entretient "des relations constructives avec (ses) partenaires régionaux et internationaux, en privilégiant (ses) intérêts communs".