1. Aller au contenu
  2. Aller au menu principal
  3. Voir les autres sites DW

Comment l'Erythrée profite de sa situation stratégique

Sandrine Blanchard | Martina Schwikowski
29 septembre 2026

La guerre qui a repris dans le nord de l'Ethiopie met de nouveau en lumière la place stratégique qu'occupe l'Erythrée dans la sous-région.

Carte montrant l'Ethiopie et l'Erythrée ainsi que les visages des deux dirigeants de ces pays : le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed à gauche et le président érythréen Afeworki à droite
Les tensions sont fortes entre le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed et le président érythréen AfeworkiImage : DW

Le chef d'état-major éthiopien accuse l'Erythrée de soutenir militairement le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) et ses alliés qui s'opposent au gouvernement fédéral éthiopien. Pour l'instant, les autorités érythréennes n'ont pas réagi publiquement, mais les relations entre l'Ethiopie et l'Erythrée se détériorent. 

Un cinquième de la population a fui

Depuis son indépendance en 1993, l'Érythrée n'a jamais organisé d'élections. Le pays est dirigé par un parti unique et par le président Isaias Afeworki. Environ 700 000 personnes, soit près d'un cinquième de la population, ont fui la répression ou la pauvreté.

Malgré les interdictions imposées par plusieurs pays occidentaux, l'Érythrée continue de prélever sa controversée taxe de 2 % sur sa diaspora. Selon plusieurs témoignages, le paiement de cet impôt reste souvent indispensable pour obtenir des services consulaires. L'Onu et l'Union européenne dénoncent depuis des années ces méthodes de recouvrement.

Des défenseurs des droits humains et des membres de la diaspora dénoncent régulièrement la violence du régime en place depuis 1993 en ErythréeImage : privat

Cette stabilité attire cependant les investisseurs. Début septembre, les États-Unis ont levé les sanctions visant les forces de défense et plusieurs entités érythréennes. 

Abdurahman Sayed, directeur du Centre pour l'intégration régionale de la Corne de l'Afrique à Londres, souligne l'importance stratégique du pays : "Tous les pays - y compris les puissances régionales telles que l'Arabie saoudite ou l'Égypte, qui contrôle le canal de Suez - souhaitent entretenir des relations stables avec l'Érythrée."

Rapprochement puis recrispation avec l'Ethiopie

Les relations entre Addis-Abeba et Asmara restent tendues malgré le rapprochement qui avait valu à Abiy Ahmed le prix Nobel de la paix en 2019. Alliée de l'armée fédérale pendant la guerre du Tigré, l'Érythrée s'est ensuite sentie écartée des accords de Pretoria de 2022.

Aujourd'hui, l'Éthiopie accuse Asmara de soutenir le TPLF. L'Erythrée n'a pas encore répondu à ces accusations. Mais pour Magnus Taylor, de l'International Crisis Group, le risque est celui d'un élargissement du conflit. "Ce qui doit véritablement nous inquiéter, explique-t-il, c'est la perspective d'une régionalisation de cette guerre, avec l'implication de l'Érythrée, principal rival régional de l'Éthiopie, et un chevauchement avec le conflit dévastateur qui fait déjà rage au Soudan voisin."

L'accès à la mer demeure l'un des principaux contentieux entre les deux voisines. Depuis 1993, l'Éthiopie considère le port érythréen d'Assab comme essentiel à son désenclavement.

Passer la section A la une

A la une

Passer la section Plus d'article de DW