Comment l'Erythrée profite de sa situation stratégique
29 septembre 2026
Le chef d'état-major éthiopien accuse l'Erythrée de soutenir militairement le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) et ses alliés qui s'opposent au gouvernement fédéral éthiopien. Pour l'instant, les autorités érythréennes n'ont pas réagi publiquement, mais les relations entre l'Ethiopie et l'Erythrée se détériorent.
Un cinquième de la population a fui
Depuis son indépendance en 1993, l'Érythrée n'a jamais organisé d'élections. Le pays est dirigé par un parti unique et par le président Isaias Afeworki. Environ 700 000 personnes, soit près d'un cinquième de la population, ont fui la répression ou la pauvreté.
Malgré les interdictions imposées par plusieurs pays occidentaux, l'Érythrée continue de prélever sa controversée taxe de 2 % sur sa diaspora. Selon plusieurs témoignages, le paiement de cet impôt reste souvent indispensable pour obtenir des services consulaires. L'Onu et l'Union européenne dénoncent depuis des années ces méthodes de recouvrement.
Cette stabilité attire cependant les investisseurs. Début septembre, les États-Unis ont levé les sanctions visant les forces de défense et plusieurs entités érythréennes.
Abdurahman Sayed, directeur du Centre pour l'intégration régionale de la Corne de l'Afrique à Londres, souligne l'importance stratégique du pays : "Tous les pays - y compris les puissances régionales telles que l'Arabie saoudite ou l'Égypte, qui contrôle le canal de Suez - souhaitent entretenir des relations stables avec l'Érythrée."
Rapprochement puis recrispation avec l'Ethiopie
Les relations entre Addis-Abeba et Asmara restent tendues malgré le rapprochement qui avait valu à Abiy Ahmed le prix Nobel de la paix en 2019. Alliée de l'armée fédérale pendant la guerre du Tigré, l'Érythrée s'est ensuite sentie écartée des accords de Pretoria de 2022.
Aujourd'hui, l'Éthiopie accuse Asmara de soutenir le TPLF. L'Erythrée n'a pas encore répondu à ces accusations. Mais pour Magnus Taylor, de l'International Crisis Group, le risque est celui d'un élargissement du conflit. "Ce qui doit véritablement nous inquiéter, explique-t-il, c'est la perspective d'une régionalisation de cette guerre, avec l'implication de l'Érythrée, principal rival régional de l'Éthiopie, et un chevauchement avec le conflit dévastateur qui fait déjà rage au Soudan voisin."
L'accès à la mer demeure l'un des principaux contentieux entre les deux voisines. Depuis 1993, l'Éthiopie considère le port érythréen d'Assab comme essentiel à son désenclavement.