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Les mines navales : une arme discrète et redoutable

Carla Bleiker | Konstanze Fischer
20 avril 2026

Les mines navales constituent un danger majeur pour les navires dans le golfe persique. Leur désamorçage est risqué. Mais des drones sous-marins pourraient bientôt offrir des perspectives intéressantes.

Drone sous-marin Greyshark de la société Euroatlas
Les drones sous-marins comme ce modèle sont déjà utilisés pour détecter les mines marines, ce qui permet de réduire le nombre de personnes exposées au dangerImage : Euroatlas

Alors que la guerre avec l'Iran se poursuit, plus d'une douzaine de pays se sont mis d'accord, vendredi (17.04), à Paris, sur le déploiement d'une mission internationale destinée à sécuriser le détroit d'Ormuz après la fin des combats. Lors de cette conférence convoquée par la France et le Royaume-Uni, le chancelier allemand Friedrich Merz a évoqué une possible participation de la Bundeswehr - l'armée allemande - notamment dans les opérations de déminage maritime et de surveillance.

Au même moment, l'Iran annonçait que le détroit - passage maritime crucial pour le commerce mondial - resterait ouvert pendant la trêve en cours. Friedrich Merz a salué cette déclaration, tout en insistant sur la nécessité d'une ouverture "fiable" et "durable".

Une menace persistante pour les navires commerciaux

Pour l'heure et même si Téhéran autorise le transit pendant le cessez-le-feu, le golfe persique et les régions environnantes demeurent une zone à haut risque pour la navigation commerciale. Les dangers ne se limitent pas à d'éventuels tirs des parties en conflit : des menaces invisibles peuvent également se cacher sous la surface. Début avril, les Gardiens de la révolution iraniens ont affirmé que les autorités de Téhéran avaient miné le détroit.

"Nous ne savons pas avec certitude s'il y a réellement des mines, mais le simple risque latent suffit", explique Johannes Peters, directeur du département stratégie et sécurité maritime à l'Université Christian-Albrechts de Kiel. "Dans une zone de guerre, personne ne peut le vérifier à l'heure actuelle".

Un navire de fret dans le détroit d'Ormuz (photo d'archive)Image : Giuseppe Cacace/AFP

Comment fonctionnent les mines navales ?

L'utilisation des premières mines marines remontent à la Première et à la Seconde Guerre mondiale. À l'époque, il s'agissait de mines à orin : une corde était fixée au fond de la mer à l'aide d'un poids et à son extrémité supérieure flottait une boule munie de ce qu'on appelait des "cornes d'allumage". Lorsqu'un navire ou un sous-marin heurtait ces dispositifs, la mine explosait. Le déclenchement reposait alors sur un contact direct. Aujourd'hui, "les mines modernes n'ont plus grand-chose à voir avec ce système", souligne Johannes Peters au micro de la DW. Si elles sont toujours ancrées au fond de la mer pour permettre à une partie belligérante de contrôler une zone donnée, leur déclenchement ne dépend plus d'un contact physique.

En effet, les mines marines plus récentes sont déclenchés par des ondes de choc, des signaux électromagnétiques ou des signaux acoustiques. Chaque type de navire possède une signature spécifique - choc, champ magnétique ou bruit - et émet donc des signaux différents. Les mines peuvent être ainsi programmées pour ne réagir qu'aux ondes sonores d'un type de navire bien précis.

"À l'aide de sous-marins, il est possible d'analyser la signature acoustique des navires ennemis", explique Johannes Peters. Les mines sont ensuite programmées en conséquence : les bâtiments adverses déclenchent l'explosion, tandis que les navires amis peuvent traverser la zone minée sans encombre.

Le déminage, une opération longue et délicate

Faire la "chasse au mines" est une tâche chronophage et potentiellement délicate. Une fois un objet suspect localisé, il faut d'abord déterminer s'il représente un danger. Si c'est le cas, une décision spécifique est prise : faut-il le remonter ? Neutraliser la mine sous l'eau ? Ou provoquer une explosion contrôlée ? Ces opérations à haut risque sont confiées à du personnel militaire spécialement formé, une sorte de "service de déminage sous-marin", selon les termes de Johannes Peters.

Dans certains cas, il est possible d'éviter de mettre des vies humaines en danger. "Lorsque c'est possible, nous utilisons des drones pour identifier et détruire les objets découverts", expliquait début 2026 Mykola, un membre d'une unité ukrainienne de déminage en mer Noire. Une zone que la marine russe a piégé dans le cadre de la guerre menée par Vladimir Poutine contre l'Ukraine.

La marine mise sur les drones

La marine allemande recourt elle aussi déjà à des drones pour la chasse aux mines. "Nous utilisons principalement des systèmes autonomes pour inspecter le fond marin", indique Andreas, un capitaine de frégate du 3ᵉ escadron de chasse aux mines de la Bundeswehr qui ne souhaite pas donner son nom de famille pour des raisons de sécurité. "Autrefois, des navires équipés de sonars devaient naviguer directement dans les zones à risque. Grâce aux systèmes sans pilote, quarante personnes ne sont plus exposées au danger immédiat."

Cela ne signifie pas que l'intervention humaine est devenue superflue. Les drones transmettent des images du fond marin qui doivent ensuite être analysées : s'agit-il de simples débris ou d'une véritable mine ? La décision finale et le mode de neutralisation restent du ressort des opérateurs humains.

Selon le capitaine de frégate, l'utilisation de drones améliore nettement l'efficacité des opérations. Mais le nettoyage complet d'une zone maritime après un conflit peut prendre des décennies, voire davantage. Artjom, membre d'une équipe ukrainienne de déminage en mer Noire, le confirme : "Nous découvrons encore des mines datant de la Seconde Guerre mondiale, parfois même de la Première. C'est dire l'ampleur du travail qui nous attend."

Le drone "Greyshark" est équipé de 16 sonars optiques et acoustiques.Image : Euroatlas

Déploiment de drones à Ormuz ?

Actuellement, les drones utilisés disposent d'une autonomie limitée, en raison de la capacité de leurs batteries. Ils doivent donc être déployés relativement près des zones à inspecter. "Il faut rester à proximité", explique Andreas, le capitaine de frégate. "Dans un environnement sensible comme le détroit d'Ormuz, cela poserait problème. L'Iran dispose de capacités de frappe à longue portée et nous devons protéger notre personnel."

Plusieurs entreprises travaillent déjà sur des drones capables de rester plus longtemps en mer. Parmi elles figure Euroatlas, basée à Brême, dans le nord de l'Allemagne. Son drone sous-marin « Greyshark » peut actuellement naviguer environ six heures à une vitesse de dix nœuds et jusqu’à trois fois plus longtemps à quatre nœuds. Euroatlas souhaite lancer la production en série de la version à batteries en septembre 2026. Une version équipée de piles à combustible, capable d'opérer de manière autonome pendant plusieurs semaines, est prévue pour la fin de l'année.

Le "Greyshark" bientôt opérationnel ?

"Dans le détroit d'Ormuz, les navires en surface sont exposés aux tirs depuis la côte. Et cela concerne aussi les chasseurs de mines", explique Markus Beer, spécialiste des systèmes autonomes chez Euroatlas. "Sous l'eau, les drones pourraient mener des missions de reconnaissance sans danger et sans risque d'escalade."

Autre avantage : le Greyshark pourrait être mis à l'eau à bonne distance de la zone à surveiller. "Les petits drones utilisés aujourd'hui n'ont que quelques heures d'autonomie. Le Greyshark peut lui parcourir des distances bien plus importantes", précise Markus Beer à la DW. L'appareil est également capable de produire des images haute résolution et d'identifier de manière autonome les objets repérés sur le fond marin.

En septembre dernier, au large des côtes portugaises, la marine allemande, ainsi que d'autres forces navales, a déjà pu évaluer les capacités du Greyshark lors d'un exercice organisé par l'Otan.

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