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Les secrets de la longévité de Paul Biya au Cameroun

23 septembre 2020

Paul Biya a réussi à établir le RDPC sur tout le territoire, à s'assurer la loyauté de l'armée et face à lui, l'opposition est divisée.

Paul Biya, président presque incontesté du Cameroun depuis 1982
Paul Biya, président presque incontesté du Cameroun depuis 1982Image : picture-alliance/AP Photo/S. Alamba

Les appels à la mobilisation lancés hier par l'opposition au Cameroun n'ont pas trouvé de large écho.

A Yaoundé, les forces de l'ordre déployées en masse ont étouffé la marche avant même qu'elle ne prenne véritablement corps. Des dizaines de personnes ont été interpellées, la résidence de l'opposant Maurice Kamto (MDC) a été encerclée, l'empêchant sortir de chez lui.

A Douala, l'opération s'est commuée en journée ville morte de fait. Mais comment se fait-il que l'opposition camerounaise ne parvienne pas à mobiliser les foules contre le président Paul Biya, au pouvoir depuis novembre 1982 ?

Un président silencieux

La pauvreté est toujours importante, au CamerounImage : DW/F. Muvunyi

Bien que souvent absent du Cameroun, et globalement très silencieux dans les médias, le président Biya a réussi à se maintenir au pouvoir sans que l'opposition ne parvienne à s'allier face à lui, sans essuyer de véritable soulèvement populaire pour réclamer l'alternance – hormis la contestation des mouvements séparatistes des régions anglophones.

Son parti, le RDPC, a réussi à mailler étroitement la quasi-totalité du territoire, à s'implanter là où les gens – et donc les électeurs – vivent.

Pour Delmas Tsafack, chercheur et ancien analyste politique de l'ambassade de Belgique au Cameroun, il y a trois grandes raisons à cela : tout d'abord le "système électoral verrouillé": "Ce système électoral ne permet pas d'assurer la transparence au moment des élections, malgré la mise sur pied d'un organe indépendant qui n'en est pas un. Les élections sont entachées de fraudes difficiles à démontrer juridiquement lors des procès électoraux. Les voix des électeurs sont régulièrement achetées ou remplacées par des voix pour le parti au pouvoir."

Pour écouter l'intégralité de l'analyse de Delmas Tsafack, cliquez sur l'image ci-dessous:

'Les Camerounais ne veulent plus mourir pour rien' (Delmas Tsafack)

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L'Etat et le parti ne font qu'un, une entité basée sur une mécanique d'interdépendance qui ne se lézarde pas.

La légitimité du RDPC n'est pas remise en question à la base.

Une opposition divisée

Plus fragmentée, l'opposition n'est pas parvenue à créer de réseau comparable. Par ailleurs, les partis d'opposition sont souvent animés par des figures dissidentes du système (comme Maurice Kamto) ou issus de familles riches et influentes, et ils peinent donc à susciter une adhésion massive sur un programme de renouveau.

>>> Réécoutez ici notre interview exclusive avec Maurice Kamto:

Maurice Kamto demande au régime de Yaoundé de donner une chance aux négociations de paix

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Pourtant, de temps à autres, comme en août 2020 encore, une partie de la population (à Kribi, à Bertoua notamment) proteste contre la cherté de la vie.

Des progrès tout relatifs

Les progrès sociaux et économiques du Cameroun de l'ère Biya sont tout relatifs.

Dans le rapport 2019 sur le développement humain du PNUD, le pays est classé 150è sur 189 pays. Et en dépit d'améliorations en termes d'espérance de vie, de scolarisation ou de revenu moyen par habitant depuis 1990, le Cameroun stagne au niveau du Zimbabwe et n'atteint pas l'Indice de Développement Humain de pays comparables comme Madagascar ou le Ghana. Son IDH est d'ailleurs un peu inférieur à l'IDH moyen de l'Afrique subsaharienne.

Une armée au garde-à-vous

Mais l'un des piliers du régime Biya, c'est aussi la loyauté de l'armée, selon Michel Luntumbue, chercheur au GRIP, à Bruxelles. Hormis une tentative de coup d'Etat en avril 1984, Paul Biya a réussi à s'attacher les soldats de l'armée nationale, jusqu'aux officiers, souligne le chercheur, "en leur proposant un plan de carrière" hors pairs dans la sous-région et en garantissant dans leurs rangs le renouvellement des générations.

Ces éléments expliquent la stabilité du régime camerounais, qui n'a plus sur le continent, selon Michel Luntumbue, d'équivalent qu'au Congo Brazzaville, en Guinée équatoriale et au Gabon.

 

 

 

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