Liban : la guerre continue et la crise humanitaire s’aggrave
10 avril 2026
La journée nationale de deuil observée jeudi (09.04.2026) au Liban n’a pas interrompu les efforts des équipes de secours locales et internationales à la recherche de survivants à Beyrouth. Le bruit des engins déblayant les gravats rompait le lourd silence des rues désertes, tandis qu’un fin voile de fumée persistait encore au‑dessus des quartiers les plus touchés de la ville.
"Qu’allons‑nous faire de nos vies ? Où allons‑nous loger et où allons‑nous aller ?", a déclaré un habitant de Beyrouth à l’agence de presse Reuters.
Des frappes meurtrières et un conflit qui s’étend
Selon les autorités sanitaires libanaises, des frappes israéliennes simultanées ont fait au moins 303 morts et 1 150 blessés mercredi. L’ONG médicale Médecins sans frontières a confirmé un afflux massif de blessés, dont des enfants, à l’hôpital public Rafik Hariri de Beyrouth.
Les dernières frappes entre Israël et le Hezbollah mettent en lumière les divergences sur la question de savoir si le Hezbollah libanais devait être inclus dans le cessez‑le‑feu conclu, mardi, entre l’Iran et les États‑Unis.
Ces frappes marquent également une nouvelle escalade du conflit au Liban qui s’est intensifié, début mars, lorsque le pays a été entraîné dans la guerre au Moyen‑Orient, après que le Hezbollah a attaqué Israël à la suite de l’assassinat du guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei.
Depuis lors, des frappes aériennes israéliennes et une invasion terrestre limitée ont fait 1 888 morts, selon les autorités libanaises qui ne font pas de distinction entre civils et membres du Hezbollah. Environ 1,2 million de Libanais ont été déplacés.
Par ailleurs, la milice Hezbollah, soutenue par l’Iran — dont la branche armée est classée organisation terroriste par les États‑Unis, l’Allemagne et de nombreux autres pays — a tiré des roquettes sur le nord d’Israël et attaqué des troupes israéliennes, en réponse à ce qu’elle a qualifié de "violation du cessez‑le‑feu par l’ennemi".
Urgence humanitaire
La crise actuelle au Liban aggrave encore une situation humanitaire déjà extrêmement fragile. Le pays est frappé depuis 2019 par une succession de crises politiques et économiques, avec notamment l’explosion accidentelle du port, en août 2020, puis la guerre entre le Hezbollah et Israël, depuis 2024.
" Jeudi soir, de nouveaux ordres d’évacuation ont déclenché une nouvelle vague de panique et de déplacements ", a déclaré à la DW Rabih Torbay, le directeur général de l’organisation humanitaire Project Hope. Il était arrivé à Beyrouth une heure avant le début des attaques mercredi.
"Dans toute la ville et le pays, les gens vivent dans la crainte de nouvelles frappes similaires, réfléchissant soigneusement à chacun de leurs déplacements", a‑t‑il ajouté.
De plus en plus de familles dorment dans leurs voitures, dans les rues, dans des parkings et dans des espaces publics à travers Beyrouth, a observé Rabih Torbay.
"La situation s’est transformée en ce que nous appelons une “tempête parfaite” ", a averti Blerta Aliko, représentante du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) au Liban, dans un entretien avec UN News jeudi.
Pour les civils libanais, qui subissent de plein fouet le conflit entre Israël et le Hezbollah, la vie est devenue incroyablement difficile. "J’ai perdu ma maison, pourquoi ? Pour l’Iran ? Hezbollah, réveille‑toi, c’est ton pays, pas l’Iran", a déclaré une femme, entendue jeudi par l’agence de presse dpa.
" Mes parents sont à Beyrouth", a confié à la DW Lynn Zoviaghian, entrepreneuse basée à Beyrouth. Un voyage d’affaires l’a conduite à Riyad, la capitale de l’Arabie saoudite, juste avant la dernière escalade.
Une semaine de réserves alimentaires
Ceux qui ont décidé de rester dans le sud du Liban, malgré les ordres israéliens de déplacement, risquent de plus en plus d’être coupés de l’aide humanitaire, de la nourriture et des soins de santé. L’armée israélienne a endommagé des infrastructures clés, notamment tous les principaux ponts reliant les rives nord et sud du fleuve Litani, dans la région de Tyr.
"Des dizaines de milliers de personnes continuent d’y vivre", a déclaré à la DW Ramzi Kaiss, chercheur sur le Liban à Human Rights Watch. "Les habitants de la ville méridionale de Tyr, avec lesquels nous avons parlé, nous ont dit que les réserves alimentaires ne dureraient qu’une semaine si le dernier pont principal encore debout, le pont de Qasmieh, venait à être détruit ", a‑t‑il expliqué, précisant qu’il s’agit de la seule ligne de ravitaillement restante.
Selon Israël, une zone tampon dans le sud du Liban, un bastion traditionnel du Hezbollah, doit servir de zone de sécurité. Le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a déclaré en mars que des centaines de milliers de déplacés du sud du Liban " ne retourneront pas au sud du fleuve Litani tant que la sécurité des habitants du nord " d’Israël ne sera pas garantie.
Pour Israël, il est essentiel que le Hezbollah soit désarmé, comme le prévoyait le cessez‑le‑feu de novembre 2024. Israël affirme que tant que le Hezbollah conserve ses armes, il représente une menace.
De son côté, le Hezbollah refuse catégoriquement de se désarmer, invoquant la nécessité de défendre le pays contre les attaques israéliennes en cours et contre l’occupation par Israël de cinq positions militaires le long de la frontière commune.
Entre diplomatie fragile et avenir incertain
Les gouvernements libanais et israélien ont toutefois confirmé la tenue de discussions directes à Washington, la semaine prochaine. De telles négociations marqueraient une avancée majeure, les deux pays n’entretenant pas de relations diplomatiques et étant officiellement en état de guerre depuis 1948.
"La seule solution à la situation actuelle du Liban est l’instauration d’un cessez‑le‑feu avec Israël", a déclaré le président libanais Joseph Aoun.
Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, a indiqué que les négociations directes avec le Liban porteraient sur le désarmement du Hezbollah et sur l’obtention d’un accord de paix historique et durable entre Israël et le Liban .
Toutefois, le Hezbollah a déjà clairement fait savoir qu’il s’oppose à des négociations directes.
"En réalité, le différend fondamental au Liban reste entier : Israël a juré de ne pas tolérer un Hezbollah armé à sa frontière nord, tandis que le Hezbollah rejette l’extension de l’occupation israélienne du territoire libanais ", a déclaré David Wood, analyste principal sur le Liban à l’International Crisis Group, dans un communiqué.