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PolitiqueBelgique

La justice belge statuera le 17 mars sur un procès Lumumba

20 janvier 2026

Patrice Lumumba a été assassiné en 1961. L'ex-diplomate belge Etienne Davignon est le seul suspect encore en vie.

Des membres de la famille de Patrice Lumumba lors de la cérémonie de la restitution d'une dent de Patrice Lumumba.
Les avocats de la famille Lumumba soupçonnent Etienne Davignon d'avoir été aux premières loges quand a été évoqué par diverses autorités belges le projet d'arrestation du héros de l'indépendance.Image : Nicolas Maeterlinck/Belga/AFP

Y aura-t-il un procès Patrice Lumumba en Belgique ? La famille de l'ancien Premier ministre congolais assassiné a dit ce mardi (20 janvier) son espoir d'obtenir enfin "justice et vérité", lors d'une audience judiciaire cruciale à Bruxelles, soixante-cinq ans après les faits. 

Aujourd'hui, un seul homme en Belgique peut encore répondre d'une éventuelle responsabilité pénale, c'est l'homme d'affaires et ancien diplomate Etienne Davignon, 93 ans.

Ce mardi [20.01], lors d'une audience à huis clos à la chambre du Conseil du tribunal de Bruxelles, les juges ont entendu sa défense en vue de décider si, oui ou non, il y aura un procès contre lui pour son rôle présumé dans l'assassinat de Patrice Lumumba, en 1961.

La décision, que les juges comptent rendre le 17 mars prochain, peut faire l'objet d'un appel.

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Premier chef du gouvernement de l'ancien Congo belge devenu indépendant le 30 juin 1960, Patrice Lumumba a été renversé dès la mi-septembre 1960 par un coup d'Etat.  

Le leader indépendantiste s'est battu pour la libération du Congo de la domination coloniale belge. Ses convictions lui ont valu d'être torturé, abattu et mutilé, son corps étant dissous dans un bain d'acide.   

Etienne Davignon est le seul suspect encore en vie. Il fait partie des dix responsables belges dont les noms figurent dans une plainte déposée en 2011 par les fils François et Roland Lumumba, accusant diverses administrations belges d'avoir pris part à "un vaste complot en vue de l'élimination politique et physique" du dirigeant congolais. 

Après plus d'une décennie d'enquête, les procureurs belges ont demandé, en juin 2025, que l'affaire soit renvoyée au tribunal de Bruxelles, invoquant le rôle présumé d'Etienne Davignon dans des crimes de guerre commis au Congo en 1961, alors qu'il était stagiaire diplomate pour la Belgique, au moment de l'assassinat de Patrice Lumumba.  

Etienne Davignon a 93 ans.Image : Benoit Doppagne/BELGA/dpa/picture alliance

Pourquoi l'assassinat de Patrice Lumumba peut encore être jugé 65 ans après

Depuis le procès de Nuremberg contre des responsables nazi, les crimes internationaux comme le génocide, les crimes contre l'humanité et les crimes de guerre sont imprescriptibles, c'est-à-dire qu'ils peuvent être jugés sans limite dans le temps, dans le but d'éviter que les crimes les plus graves ou les plus difficiles à juger restent impunis.

C'est pourquoi des cas comme l'assassinat de Patrice Lumumba peuvent encore faire l'objet de poursuites des décennies plus tard. 

Wolfgang Kaleck, secrétaire général du Centre européen pour les droits constitutionnels et de l'Homme, estime que l'assassinat de Patrice Lumumba "est l'un des meurtres politiques les plus dommageables du siècle dernier".

"Ce type de violence est commis non seulement par des individus, mais aussi par un appareil. C'est une division du travail, donc chacun a joué son rôle", explique-t-il dans une interview accordée à DW. "Je comprends parfaitement tous ceux qui soutiennent qu'Étienne Davignon était jeune à l'époque. Mais malgré tout, c'était un diplomate d'élite, il faisait partie de l'élite belge".

L'assassinat de Patrice Lumumba a plongé le Congo dans des décennies de dictature sous Joseph-Désiré Mobutu, qui a pris le pouvoir par un coup d'État et l'a conservé jusqu'en 1997.

L'héritage de Lumumba honoré à Bruxelles 

Les membres de la diaspora congolaise en Belgique suivent attentivement l'affaire et demandent que justice soit faite. Les membres du Collectif pour la mémoire coloniale et la lutte contre la discrimination se sont réunis à Bruxelles, le 17 janvier 2026, pour leur événement annuel marquant les 65 ans de l'assassinat de Patrice Lumumba.

"Patrice Lumumba est un modèle politique de victoire par la résistance contre l'impérialisme et la puissance coloniale", a déclaré Stéphanie Ngalula, l'organisatrice de l'événement.

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Même si l'État belge a reconnu sa responsabilité morale dans l'assassinat, en 2001, et s'est excusé auprès de sa famille, en 2022, Stéphanie Ngalula estime que la Belgique n'a pas fait assez pour réparer les dégâts causés par son passé colonial.

"A chaque fois que la Belgique a eu l'occasion de s'exprimer contre le colonialisme et les abus, elle a manqué cette occasion et a même contribué à maintenir le statu quo", ajoute l'activiste.

"Eclairer l'histoire"

Étienne Davignon travaillait comme stagiaire au ministère belge des Affaires étrangères au moment de l'assassinat. Les chefs d'accusation portés contre lui incluent la "détention et le transfert illicite" de Patrice Lumumba, le refus de son droit à un procès juste et impartial, ainsi que des traitements humiliants et dégradants. 

Avant la plainte pénale déposée en 2011 par la famille Lumumba, la Chambre des représentants belge avait ouvert une enquête parlementaire, en 2001. Leur comité a mentionné qu'Étienne Davignon avait pour mission de convaincre alors le président congolais, Joseph Kasa Vubu, de destituer Lumumba (en tant que Premier ministre) et de lui fournir les arguments juridiques nécessaires, sur instructions du ministre Pierre Wigny (à l'époque ministre belge des Affaires étrangères.

Stéphanie Ngalula insiste sur le fait qu'un procès d'Étienne Davignon enverrait un message clair au peuple congolais : "On ne peut pas, sans conséquence, assassiner le Premier ministre d'un État souverain dans son propre pays".  

"Nous ne pouvons pas remonter le temps (...), mais nous comptons sur la justice belge pour faire son travail et éclairer l'histoire", a déclaré Yema Lumumba, 33 ans, une petite-fille de Patrice Lumumba, qui s'est exprimée ce mardi lors de l'audience. 

Selon Wolfgang Kaleck, la famille Lumumba envisage de déposer une plainte au civil contre le gouvernement belge si Etienne Davignon décède ou n'est pas jugé. 

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