Etre filmé sans le savoir, le risque des lunettes connectées
17 février 2026
Selon des médias ghanéens et kényans, le suspect, un homme d'une trentaine d'années, aurait filmé à l'aide de lunettes connectées ses interactions et ses relations intimes avec des femmes sans leur consentement, avant partager ces vidéos sur internet, que ce soit surTikTok, Youtube ou une chaîne Telegram.
Selon le Kenya Times, "des vidéos montraient le ressortissant russe abordant des femmes dans des lieux publics, notamment des centres commerciaux, des marchés et dans la rue, en engageant la conversation par des compliments ou des banalités avant de leur demander leurs coordonnées".
Puis, "il invitait certaines de ces femmes dans son appartement loué, où il continuait à enregistrer leurs rencontres à l'aide de lunettes intelligentes".
Au Ghana, le gouvernement a ouvert une enquête et a appelé la Russie à coopérer, souhaitant une extradition pour pouvoir juger le suspect, lequel aurait déjà quitté le pays.
La loi ghanéenne sur la cybersécurité prévoit une peine pouvant aller jusqu'à 25 ans de prison pour la diffusion sans consentement d'images à caractère sexuel.
L'ambassade russe à Accra a réagi ce lundi (16.02), affirmant avoir "pris note des informations relayées par les médias ghanéens sur l'implication présumée d'un citoyen russe dans des activités sexuelles avec certaines femmes ghanéennes et l'enregistrement de ces actes sans leur consentement".
Hausse du harcèlement sur internet au Kenya
Au Kenya aussi, on prend également l'affaire très au sérieux. La secrétaire d'Etat pour le Genre, Hannah Cheptumo, a dénoncé des actes "perturbants" et explique que "en tant que gouvernement, nous voyons ce genre de violations pas uniquement comme des actes criminels mais comme des menaces pour le tissu social de notre société qui est basé sur le respect, la dignité humaine et la protection des personnes vulnérables."
Le gouvernement kényan promet d'intensifier le travail avec les acteurs culturels, du tourisme et de l'hôtellerie pour mieux prévenir ce genre d'incidents.
Comme le rapporte le journal kenyan The Standard, "ces dernières années, le Kenya a vu une hausse du harcèlement sur internet, du partage d'images intimes sans consentement, du stalking (harcèlement obsessionnel et intrusif, ndlr) en ligne".
Au Kenya, publier des images intimes d'une autre personne, avec ou sans son consentement, est passible d'une peine pouvant aller jusqu'à deux ans de prison.
Toujours plus intrusif : les lunettes connectées
Les lunettes connectées, ou "intelligentes" disposent de caméras et d'un microphone dans la monture.
Elles permettent d'enregistrer des vidéos et même de diffuser des images en direct, sans que les personnes filmées s'en rendent forcément compte, comme l'illustrent les affaires ci-dessus.
D'autres cas, qui pourraient paraître plus anecdotiques, posent également la question du respect de la vie privée et du consentement. Le New York Times raconte ainsi, dans cet article , comment nombre de restaurateurs ont été surpris par des influenceurs filmant leur repas ou leur interaction avec le personnel, sans que personne n'en soit informé. Or, une simple conversation peut devenir virale et porter préjudice à la personne filmée sans son consentement.
D'après Tom's Guide, un site qui s'adresse aux consommateurs de nouvelles technologies, "le moyen le plus fiable de savoir si les lunettes Meta enregistrent est de rechercher une petite lumière blanche sur la branche droite des lunettes. Ce voyant LED s'allume lorsque la caméra enregistre activement une vidéo ou prend des photos".
Il semble toutefois que cette fonction d'alerte puisse être contournée en dissimulant le voyant.
Boom des objets connectés
Si l'entreprise Google avait essuyé un échec en lançant les premières lunettes connectées il y a plus d'une décennie, le marché semble désormais prêt à adopter ce type de gadgets, dopés à l'intelligence artificielle.
Aux Etats-Unis, selon des chiffres du cabinet d'études Cricana, le nombre de lunettes connectées vendues l'an dernier a triplé par rapport à 2024.
Toujours en 2025, le fabricant des lunettes Ray-Ban et Oakley, associé à Meta, la maison mère de Facebook, Instagram ou encore WhatsApp, affirme avoir écoulé sept millions de lunettes intelligentes. Et l'entreprise prévoit d'augmenter ses volumes de production.
Plus largement, l'intelligence artificielle embarquée se développe au-delà des lunettes.
Le CES, premier salon mondial de la tech à Las Vegas, a confirmé, en janvier dernier, le retour en grâce de ces objets connectés, qui vont de pendentifs, aux bagues, en passant par des bracelets et des broches dont les micros et les caméras sont ouverts en permanence, afin d'interagir notamment avec des applications utilisant l'intelligence artificielle.