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Ce qu'on peut faire contre la radicalisation de jeunes gens

Sandrine Blanchard | Marcel Fürstenau
1 décembre 2025

De plus en plus d'enfants et d'ados sont fascinés par l'extrême-droite et les courants religieux radicaux. Il existe des moyens de contrer cette tendance.

Affiche montrant la photo d'un responsable de l'AfD affublé d'une petite moustache à la Hitler et surmontée du slogan "Plus jamais ça, c'est maintenant"
L'extrême-droite séduit de plus en plus de jeunes en AllemagneImage : HR

L'islamisme et l'extrémisme de droitefascinent de plus en plus de jeunes mineurs en Allemagne. Que peut-on faire contre la radicalisation croissante des enfants et des adolescents ?

Pour commettre leur attentat, ils avaient choisi un marché de Noël de Leverkusen (dans le Land de Rhénanie du Nord-Westphalie, dans l'ouest de l'Allemagne). Avec leur camion, ces deux adolescents voulaient tuer le plus de personnes possible, au nom du groupe terroriste "État islamique" auquel ils s'identifiaient. 

Deux jours avant la date prévue pour leur attaque, les deux jeunes gens ont été arrêtés : la police avait repéré leurs publications sur internet.

Ces deux jeunes hommes mineurs, originaires d'Afghanistan et de la république autonome russe de Tchétchénie, ont été condamnés en 2024 à quatre ans de prison. 

Ce genre de cas donne de plus en plus de fil à retordre aux services de sécurité allemands. L'Office fédéral de la police criminelle (BKA) note une forte hausse de la criminalité violente ces dernières années. Chez les adolescents (jusqu'à 17 ans), le nombre des actes violents enregistrés a progressé de presque un tiers depuis 2019, et même de deux tiers chez les enfants (jusqu'à 13 ans). 

Engager le dialogue contre la violenceImage : Wavebreak Media LTD/picture alliance

Parmi les explications possibles avancées par le BKA : "Certains éléments indiquent que les troubles psychiques chez les enfants et les adolescents sont en augmentation depuis quelques années. Si les troubles psychiques ne sont pas une cause directe de comportement criminel, ils peuvent toutefois, combinés à d'autres facteurs défavorables, augmenter la probabilité de commettre des infractions (violentes)."

Climat et Corona comme facteurs aggravants

Certains facteurs augmentent aussi les risques de passage à l'acte : la violence intrafamiliale, le manque d'affection de la part des parents, la pauvreté, l'inquiétude vis-à-vis de l'avenir, en raison des multiples crises dans la société comme la pauvreté, la guerre, le changement climatique ou la pandémie de Covid-19. 

Le BKA estime que les plus vulnérables sont les mineurs qui ont dû fuir leur pays. Seuls et sans perspectives, ils cherchent des réponses à leurs questions sur le sens de la vie…  sur internet.

C'est ainsi que, bien souvent, ils finissent sur les pages d'extrémistes politiques ou religieux. Et là, le danger de devenir extrémiste soi-même est grand. 

Le réseau "Violence Prevention Network" (VPN) s'occupe de ces personnes depuis une vingtaine d'années à Berlin – des enfants, des adolescents, des jeunes adultes. Cette ONG permet aussi de faire le lien avec les services sociaux et de sécurité pour ce qui est de la déradicalisation.

Samedi dernier, à Gießen, le dparti d'extrême-droite allemand AfD a présenté son nouveau mouvement pour les jeunesImage : vr.presse.foto/5VISION.NEWS/IMAGO

La guerre au Proche-Orient : de l'huile sur le feu

Le directeur général de VPN, Thomas Mücke, met en garde contre une incapacité croissante à communiquer avec les enfants et les adolescents. Il sait, grâce à des ateliers sur le Proche-Orient organisés dans des écoles, à quelle vitesse des situations chargées d'émotion peuvent surgir. 

C'est pourquoi il estime indispensable de mener des discussions avec et entre les jeunes, dans un cadre protégé, afin qu'ils ne tombent pas dans la délinquance.

"Ils peuvent ainsi se dire des choses que les adultes ont du mal à exprimer", souligne M. Mücke. Cela permet de discuter avec eux et de les ouvrir à d'autres points de vue. "Si nous perdons cette capacité à communiquer, les extrémistes auront gagné."

La propagande distillée sur TikTok et les autres plateformes

Les conséquences que peuvent avoir de telles négligences sont également décrites dans le rapport sur la protection de la Constitution pour l'année 2024 : "Au cours des dernières années, on a pu observer que les actes de violence d'extrême droite sont souvent précédés d'une radicalisation sur internet." 

Ce n'est pas seulement la consommation de propagande sur des plateformes telles qu'Instagram et TikTok qui joue un rôle, mais surtout un réseau très ramifié, souvent international, avec des personnes partageant les mêmes idées sur des canaux en ligne tels que Telegram ou Discord.

"Avec ses possibilités d'accès faciles et sa disponibilité permanente, internet représente pour les jeunes acteurs un espace virtuel facilement accessible pour se mettre en réseau et exprimer des opinions misanthropes et violentes", résume l'Office fédéral pour la protection de la Constitution.

La tentation de l'extrême-droite peut être une réponse à un sentiment d'isolementImage : Bernd von Jutrczenka/dpa/picture alliance

Les repoussoirs de l'extrême droite : les "Antifa" et les personnes queer

En 2024, un groupe s'est fait par exemple connaître sur Instagram : "Jung & Stark" (également appelé JS, ces termes signifient Jeunes & Forts). "Ce regroupement d'extrême droite, indépendant des milieux d'extrême droite régionaux et suprarégionaux existants, et qui a émergé en peu de temps, marque, pour de nombreux jeunes, dont certains sont mineurs, l'entrée dans l'extrémisme de droite", indique le rapport.

A des fins d'agitation politique, les membres de JS utilisent des fragments idéologiques qui se traduisaient par une sélection ciblée d'images ennemies. Parmi celles-ci figuraient notamment l'"Antifa" de gauche et le mouvement LGBTQI. (Cette abréviation désigne les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres, queer et intersexuées.)

Comment sortir les enfants et les ados de ces bulles ?

Selon les observations du "Violence Prevention Network", il devient de plus en plus difficile de sortir les enfants et les adolescents radicalisés de l'espace confiné de leurs chambres d'écho virtuelles. 

Feride Aktas, du département "Extrémisme religieux", s'inquiète plus que jamais du discours politique et social : "Nous en sommes arrivés à un point où nous sommes tellement éloignés les uns des autres que nous devons d'abord retrouver notre capacité à dialoguer."

Pour cela, il est nécessaire de ne pas cataloguer immédiatement les jeunes en raison de propos discutables, mais plutôt de prendre en compte leurs émotions, souligne Mme Aktas.

Des écoles et des familles qui ont du mal

Dans ses discussions avec des mineurs radicalisés, Feride Aktas constate qu'en 2025, les conséquences de la pandémie de coronavirus jouent toujours un rôle. Elle entend souvent dire que personne n'était là pour eux, ni dans leur famille ni à l'école, durant cette période d'isolement. 

Ces filles et ces garçons se sentent seuls, même au sein d'un groupe. "Alors, ils trouvent des groupes qui peuvent les accueillir de différentes manières, dans l'extrémisme de droite ou l'islamisme", explique Mme Aktas.

Son collègue, Thomas Mücke, souligne le problème fondamental de nombreux parents qui ne reconnaissent pas le danger d'une radicalisation naissante chez leurs enfants. Il est donc d'autant plus important de s'adresser à des centres de conseil en cas de doute. 

"Nous examinons la situation de très près et engageons immédiatement le dialogue avec les parents", précise-t-il. 

"Personnes à haut risque"et combattants de l'EI revenus de Syrie

Au cours des dix dernières années, le "Violence Prevention Network" a traité 431 cas  "présentant un danger". Selon M. Mücke, ces personnes représentent un danger pour elles-mêmes et pour autrui. 

Parmi elles, 75 figuraient ou se trouvent encore dans la catégorie "personnes à haut risque", qui représentent un danger particulièrement élevé pour la sécurité publique. Il en va de même pour 65 jeunes radicalisés qui avaient rejoint le groupe terroriste "État islamique" (EI) et sont revenus de Syrie.

Thomas Mücke mesure toutefois le succès de son travail au taux de récidive parmi les jeunes qu'il tente d'aider à sortir des milieux extrémistes. Le résultat est très encourageant : sur les 431 garçons et filles qu'il a aidés, deux seulement ont récidivé.

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