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PolitiqueMadagascar

Madagascar : "Ce n'est pas un chèque en blanc pour la junte"

17 octobre 2025

Pour l'activiste Ketakandriana Rafitoson, membre de Transparency International, la génération Z reste attachée à la démocratie.

Un soldat posté devant la palais présidentiel malgache
Pour la spécialiste des questions de gouvernance sur l'île, les jeunes ne sont pas forcément ravis de ce coup d'étatImage : Luis Tato/AFP/Getty Images

La situation reste vague à Madagascar après le coup d'Etat militaire et pour analyser la situation, nous avons contacté l'activiste Ketakandriana Rafitoson, membre de Transparency International et du réseau Young African Activist Network. 

DW : Nous avons vu la jeunesse malgache être soulagée lorsque les militaires se sont joints à elle. Mais peut-on interpréter cela comme un réel soutien ? 

Ketakandriana Rafitoson : "Lorsque les soldats sont intervenus, ce n'était pas pour prendre le pouvoir dans un premier temps, mais pour mettre fin à l'effusion de sang causée par des semaines de répression. C'est pourquoi de nombreuses personnes ont applaudi, non pas pour soutenir un coup d'État, mais parce qu'elles étaient soulagées que la violence ait cessé. Les gens avaient besoin de quelqu'un pour arrêter le bain de sang. Lorsque le colonel Ranjani a demandé à la foule si elle souhaitait un changement, il s'agissait, je pense, d'une libération et non d'un chèque en blanc pour la junte."

 

DW : Cette arrivée au pouvoir des militaires, est-ce un signe que le système démocratique malgache actuel est à bout de souffle ? Est-ce que la jeunesse s'est sentie trahie ? 

Ketakandriana Rafitoson : "Je dirais qu'ici ce n'est pas la démocratie qui a échoué, mais ceux qui l'ont vidée de son sens. Lorsque les trois-quarts de la population vivent dans la pauvreté, tandis qu'une petite élite prospère grâce à sa mainmise sur l'État, les gens perdent naturellement espoir.  À Madagascar, les élections sont devenues une sorte de rituel sans aucune obligation de rendre des comptes. Les institutions sont faibles, la justice est politisée et la corruption est systémique. Mais la jeune génération a montré que les citoyens croient encore en la démocratie lorsqu'elle est juste."

 

DW : Ce qui se passe à Madagascar, mais aussi au Maroc, est-ce un avertissement pour de nombreux dirigeants africains ? 

Ketakandriana Rafitoson : "Pour qu'ils fonctionnent, les gouvernements doivent lutter contre la corruption, investir dans les services de base et protéger les libertés. Sinon, les gens continueront à demander justice dans la rue. Le défi consiste maintenant à canaliser cette énergie pour reconstruire des institutions qui appartiennent enfin au peuple. Ce qui se passe à Madagascar est donc un avertissement et une promesse à la fois, et il en va de même dans d'autres pays."