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La détresse des camionneurs au Mali

Mahamadou Kane
15 décembre 2025

Plusieurs stations-service restent fermées en raison des attaques du JNIM. Escortés par l'armée, les camionneurs risquent leur vie pour approvisionner le pays en carburant.

Des clients attendent devant une station service à Bamako
C'est une scène devenue commune à Bamako : des usagers de véhicule attendent la livraison de carburant Image : AP Photo/picture alliance

Ce sont des dizaines de chauffeurs et apprentis de camions-citernes qui ont été tués ou blessés depuis le début de la crise en septembre dernier.

Nous avons l’un des camionneurs, qui a préféré garder l’anonymat. Il parcourt le trajet Bamako–Abidjan–Yamoussoukro depuis plusieurs années. Pour lui, aujourd’hui, tout a changé :

"Avant, on faisait l’aller-retourBamako–Abidjan–Yamoussoukro en trois jours et on partait là où on voulait. Autrement dit, lorsqu’on quittait Bamako, on arrivait à Kadiana, à la frontière ivoirienne, le troisième jour. Que ce soit à Abidjan ou à Yamoussoukro, le chargement était bouclé en 72 heures", raconte ce camionneur. 

"Aujourd’hui, nous ne contrôlons plus rien. Nous faisons escale à Bougouni puis à Kolondieba, avant de rejoindre notre destination finale. Le trajet prend plus de temps car le convoi est escorté par l’armée."

Même s'il y a de nouveau du carburant, ce ne sont que de très faibles quantités. Résultat : il y a la queue à la moindre station-service de la capitale malienneImage : Imirana Kilou Maiga/Anadolu/picture alliance

Un sacrifice "pour la patrie"

Début décembre, cinquante-huit d’entre eux ont été décorés, dont vingt-sept à titre posthume de la médaille de l’étoile d’argent du mérite national par les autorités de la transition malienne. Nombreux sont les Maliens qui saluent leur courage. 

"Nous faisons preuve de courage et de sacrifice en ces moments difficiles. Nous le faisons pour la patrie. C’est notre devoir d’approvisionner le pays en carburant. Les autorités font beaucoup pour nous sécuriser, mais elles doivent redoubler d’efforts. Le trajet Bamako–Bougouni est devenu un véritable enfer : on ne peut plus circuler sans escorte à cause des attaques qui se multiplient dans la zone", assure-t-il.

Pour l’enseignant-chercheur Djibril Diallo, une patrouille permanente des FAMa, les forces armées maliennes, à la frontière serait nécessaire pour sécuriser les convois de camions-citernes et mettre fin au blocage.

"À mon avis, il faudrait que les statistiques nous donnent des chiffres fiables afin que l’État puisse revoir sa politique et organiser l’acheminement de carburant capable de couvrir les besoins de Bamako pendant une semaine, voire un mois, en un ou deux convois, en collaboration avec les opérateurs pétroliers", estime Djibril Diallo.

Depuis septembre, les djihadistes du JNIM s’attaquent aux camions-citernes transportant du carburant pour tenter d’étouffer l’économie malienne et fragiliser le pouvoir en place.

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