1. Aller au contenu
  2. Aller au menu principal
  3. Voir les autres sites DW

L'excision, un sujet tabou qui refait surface au Mali

21 août 2026

Dans une société malienne conservatrice, le débat sur l’interdiction de l’excision reste vif. Les défenseures des droits des femmes appellent à un rassemblement ce samedi à Bamako.

Une image symbolique pour illustrer les mutilations génitales féminines (MGF) avec des mains.
Selon Oumie Jagne, coordinatrice de programme à l'ONG gambienne "Think Young Women", l'une des raisons de la persistance de cette pratique douloureuse est qu'elle est vue comme un rite de passage pour être acceptée dans la communauté.Image : Tiago Lopes Fernandez/R&D Factor/Peek Creative Collective

Depuis plusieurs jours, des militantes des droits des femmes s'opposent ouvertement, notamment sur les réseaux sociaux, aux mutilations génitales féminines, dénonçant leurs conséquences sur la santé des jeunes filles.

Dans les faits, la pratique de l'excision n'est pas interdite au Mali. Le législateur n'a, en effet, adopté aucune loi spécifique allant dans ce sens, alors même que le pays a ratifié plusieurs traités internationaux et régionaux relatifs aux droits humains, qui appellent à l'éradication des mutilations génitales féminines.

Des complications pour la santé

"J'ai été excisée lorsque j'étais une jeune fille. Cela a provoqué des complications au niveau de mon cycle menstruel. Les médecins nous ont indiqué que ces complications sont essentiellement dues à l'excision", a témoigné une victime de l'excision, que nous appellons Korotoumou.

Ce témoignage fait dire à Fatouma Harber, blogueuse et militante des droits des femmes, que la fin de la pratique de l'excision n'est plus une option, mais un devoir pour les autorités maliennes.

"Il s'agit de préserver le droit des petites filles maliennes à grandir, à être protégées par l'État, par leur famille, leur entourage et à disposer de leur corps, sans pour autant subir une pratique qui peut avoir des conséquences désastreuses sur le plan psychologique et sur le plan physique. Je crois que la fin de la pratique de l'excision au Mali est une question de santé publique, car ce sont des femmes qui meurent tous les jours, ce sont des destins de femmes qui sont brisés par cette pratique",  a-t-elle expliqué.

Refuser de se soumettre à cette pratique peut entraîner des difficultés d'intégration, un isolement social, des pressions.Image : Yasuyoshi Chiba/AFP/Getty Images

Un débat difficile entre tradition et religion

Le débat reste difficile au Mali entre les jeunes femmes qui souhaitent défendre l'intégrité de leur corps et certains religieux traditionalistes qui invoquent des hadiths, les paroles attribuées au prophète Mahomet, interprétés comme favorables à l'excision. Une lecture toutefois contestée par de nombreux théologiens musulmans.

"Les arguments qui défendent l'excision ne tiennent pas. Les religions monothéistes n'ont pas parlé de l'excision, mais plutôt de la circoncision. On retrouve cette référence dans la Genèse 17, dans l'Ancien Testament. Le Coran nous demande de suivre ce qui a été prescrit à Abraham. C'est la seule référence religieuse qui concerne la circoncision. Lorsqu'une pratique porte atteinte à l'intégrité physique d'une personne, nous ne pouvons pas demander aux gens de la perpétuer. Nous devons abandonner les pratiques culturelles qui ont des effets négatifs", a estimé Aboubacar Sow, prêcheur opposé à l'excision.

Une pétition et une marche annoncéees

Une pétition en ligne a également été lancée à l'initiative de professionnels de santé, qui alertent sur les conséquences de cette pratique, notamment lors des accouchements. Elle a recueilli, pour l'instant, plus de 6 000 signatures.

Ce samedi 22 août, à l'occasion de la Journée nationale de lutte contre l'excision au Mali, les défenseurs de la protection des femmes comptent mener plusieurs actions, dont une marche dans les rues de Bamako. Leur objectif : faire pression sur les autorités afin d'obtenir l'adoption d'une loi interdisant les mutilations génitales féminines au Mali.

Passer la section A la une

A la une

Passer la section Plus d'article de DW