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Sécurité alimentaireMali

Au Mali, la population guette la baisse des prix

Mahamadou Kane
30 janvier 2023

Les autorités ont beau prendre des mesures, dans leur vie quotidienne, les Maliens ne voient pas la différence et demandent des comptes.

Vue générale du grand marché de Bamako
De l'essence, aux aliments en passant par l'électricité, tout est cher. Image : Getty Images/AFP/A. Risemberg

A Bamako, c'est l'incompréhension qui prédomine chez les citoyens, lorsqu'on leur évoque la question relative à la cherté de la vie. "Depuis que les choses sont devenues difficiles, mes dépenses n'ont pas évolué," témoigne Zana, au micro de la DW. "Ça ne fait qu'augmenter en fait. Donc, si le gouvernement peut prendre des mesures pour réduire les dépenses, moi quand même, je n'ai pas remarqué quelque chose d'abord. Les mêmes dépenses que je fais, c'est les mêmes que je fais pour le carburant, les enfants, à la maison, l'eau ou encore l'électricité.''  

Priorité sécurité 

"Bon à la télé, les autorités sont entrain d'arrêter les commerçants qui ne respectent pas les prix," explique de son côté Daouda. "Mais en réalité, on ne voit pas l'impact de ces efforts consentis par le gouvernement. Le prix du sucre reste inchangé, le prix du sac de riz n'a pas non plus baissé. On a appris que le prix de l'essence a baissé de 15 Francs CFA. Personnellement, je n'ai pas senti cette réduction à la pompe." 

"Ils font des efforts surtout côté sécuritaire, mais moi je préfère plutôt mettre l'accent sur l'autosuffisance alimentaire qui est à la base de l'humanité," dit encore Sidibé. "Quand on va à la guerre, on a le ventre plein. Quand on va à l'école, on a le ventre plein et quand on va au champ, on a le ventre plein. S'il manque quelque chose dans le ventre, rien ne se réalise. C'est ce côté que je reproche aux autorités de la transition." 

Des subventions inefficaces

Des autorités de la transition qui ont subventionné certains produits de base comme le sucre, le lait, l'huile ou encore les produits pétroliers pour alléger la souffrance des ménages maliens face à la flambée des prix. 

"On ne voit pas l'impact des efforts consentis par le gouvernement" (Daouda)

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Des mesures qui s'avèrent inefficaces, selon Mariam Koné, présidente du front populaire contre la vie chère : 

"L'État est en train d'acheter des équipements militaires qui coûtent au budget national des milliers voire des centaines de milliards de Francs CFA. Il n'a pour autant pas minimisé la vie chère. Mais malheureusement, les fonds ont été destinés à d'autres fins comme l'a dit le président de la transition lors de son adresse à la nation à l'occasion du nouvel an. Il faut que justice soit faite et que les fonds alloués soient récupérés pour soulager les Maliens lambda. Parce que ces centaines de milliards qui ont été donnés à qui de droit n'ont pas d'impact dans l'assiette du Malien quotidiennement."

En effet, d'après la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO), le gouvernement de transition a fait des efforts à hauteur de plus de 200 milliards de Francs CFA pour atténuer l'impact de la crise économique mondiale sur les consommateurs maliens. Mais rien n'y fait pour l'instant.

Revoir le système

Selon l'économiste Modibo Mao Macalou, cette situation pourrait s'expliquer :  "La raison pour laquelle cela n'a pas eu beaucoup d'impact chez les consommateurs," explique l'économiste Modibo Mao Macalou "c'est que ces subventions ont été faites à travers des structures ou inadaptées et aussi des entreprises ou des hommes d'affaires qui règnent sur ce secteur, des importateurs, des grossistes essentiellement. Mais cela n'a pas été très bien répercuté, il va donc falloir auditer d'abord ce mécanisme de subvention pour savoir pourquoi les subventions accordées par l'Etat n'ont pas atteint les objectifs escomptés, notamment l'amélioration du pouvoir d'achat du citoyen."  

Le Mali et les 7 autres pays de l'UEMOA, (Union économique et monétaire Ouest Africaine), c'est-à-dire ceux qui ont en partage le Franc CFA, subissent en ce moment la plus haute inflation jamais enregistrée depuis la création de cette organisation le 10 janvier 1994.