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Au Mali, un pouvoir militaire de plus en plus isolé

28 avril 2026

Le Mali risque-t-il de se retrouver seul face à l’insécurité ? Départ des Occidentaux, alliés russes discrets et armée sous pression révèlent un système à bout de souffle.

Des soldats des Forces armées maliennes (FAMA) du G5 Sahel assis dans une camionnette, lors d'une patrouille conjointe avec des soldats français de la force Barkhane (Janvier 2021)
La fébrilité règne au Mali trois jours après des attaques sans précédent des jihadistes du JNIM alliés aux indépendantistes touareg du Front de libération de l'Azawad (FLA) qui continuent d'avancer dans le nord face à une junte plus affaiblie que jamais et dans une "situation difficile", de l'aveu même de son allié russeImage : Hans Lucas/IMAGO

Après plusieurs semaines d’absence remarquée, le président malien Assimi Goïta est réapparu publiquement aux côtés de diplomates russes, selon des images diffusées par la présidence. La présidence qui a publié d’autres photos d’Assimi Goïta au chevet de blessés civils et militaires dans un hôpital de Kati. Le chef de la transition s’est rendu, toujours d’après ces images, au domicile du ministre de la Défense tué, Sadio Camara.  

Cette réapparition intervient dans un contexte particulièrement tendu, marqué par des attaques coordonnées menées par des groupes djihadistes du JNIM et des combattants indépendantistes touaregs du Front de libération de l’Azawad (FLA). Une séquence qui relance une question centrale : le Mali est-il aujourd’hui isolé… ou s’est-il lui-même isolé ?

"La Russie ne va pas déstabiliser ses relations avec l'Algérie en faveur de la junte malienne" (Antoine Glaser)

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Depuis l’arrivée au pouvoir des militaires, Bamako a profondément redéfini ses alliances. Les autorités de transition ont progressivement mis fin à leur coopération avec plusieurs partenaires internationaux majeurs, notamment l’Onu, la France et l’Union européenne. Ce désengagement s’inscrit dans une volonté affirmée de souveraineté.

Mais cette autonomie revendiquée se heurte à une réalité plus complexe. Sur le terrain, les capacités de l’armée malienne (FaMa) restent limitées. 

Djallil Lounnas, professeur associé en relations internationales à l'université Al Akhawayn au Maroc pense que l'armée est encore faible. 

"Elle était complètement exposée aux attaques. Il y a encore quelques mois, une offensive avancée avait été stoppée au dernier moment à la suite d'interventions extérieures. Mais il y a quelques mois encore, la zone aurait déjà pu tomber. En somme, la clé — le verrou de Kidal était ouvert, et le terrain était ouvert à l'attaque", affirme DjallilLounnas. 

Pendant des années, celle-ci s’est concentrée sur le contrôle des centres urbains, laissant de vastes zones rurales hors de portée. Résultat : une présence territoriale fragmentée et une difficulté à contrer des groupes armés mobiles et bien implantés.

Une armée structurellement affaiblie

Les jihadistes ont été partiellement chassés par l'opération militaire "Serval" lancée par la France en 2013, remplacée en 2014 par l'opération antijihadiste au Sahel "Barkhane", toujours sous l'égide de la FranceImage : Frederic Petry/Hans Lucas/picture alliance

Plusieurs experts soulignent les fragilités profondes de l’appareil militaire malien : manque d’équipements, formation insuffisante, organisation défaillante. A cela s’ajoute un déficit critique en matière de renseignement. Les récentes attaques ont mis en évidence une incapacité à anticiper les offensives ennemies, révélant des failles dans la coordination et la structuration des services de sécurité.

Cette faiblesse structurelle expose le pays à des offensives répétées, notamment dans des zones stratégiques comme le nord du territoire, longtemps disputé.

Face au retrait occidental, Bamako s’est tourné vers Moscou et les paramilitaires du groupe Africa Corps, nouvelle appellation du groupe Wagner. Mais leur présence reste limitée, avec quelques centaines d’hommes déployés dans un pays vaste et instable.

Sur le terrain, leur efficacité est contestée. Lors de précédents affrontements, notamment à la frontière algérienne en 2024, des pertes importantes ont été enregistrées côté russe. Plus récemment, leur incapacité à empêcher les attaques coordonnées a soulevé des interrogations.  Mais, le journaliste Antoine Glaser préfère relativiser le rôle ou l'échec de Moscou dans ces attaques. 

"Il faut quand même pas oublier que Moscou venait en appui à l'armée malienne. Ils ont quand même pas mis des moyens extraordinaires à la disposition de la junte malienne. En plus, il faut savoir que la Russie a toujours eu des relations privilégiées avec l'armée malienne depuis Modibo Keïta.  (Mais) il ne faut pas oublier que les relations entre l'Algérie et la Russie dans le domaine militaire sont extrêmement étroites. La Russie est le principal fournisseur de milliards de dollars à l'armée algérienne. Et donc la Russie...Je ne dis pas qu'elle a levé le pied. Mais la Russie ne va pas déstabiliser ses relations avec l'Algérie en faveur de la junte malienne.", rappelle Antoine Glaser.

Ce soutien mesuré s’explique aussi par les priorités géopolitiques de Moscou. Engagée sur d’autres fronts, notamment en Ukraine, la Russie ne semble pas en mesure — ni forcément désireuse — d’intensifier massivement son engagement au Mali. Par ailleurs, elle doit composer avec ses relations stratégiques avec l’Algérie, acteur clé dans la région.

Une équation sécuritaire incertaine

L'absence et le silence d'Assimi Goïta ont nourri depuis trois jours des spéculations sur sa capacité à se maintenir au pouvoir, alors que son ministre de la Défense, Sadio Camara, un des principaux responsables de la junte, a été tué lors de l'une de ces attaquesImage : Mahamadou Hamidou/REUTERS

Le Mali fait désormais partie de l’Alliance des Etats du Sahel (AES), aux côtés du Burkina Faso et du Niger. Présentée comme un cadre de coopération militaire et politique, cette alliance peine toutefois à démontrer son efficacité.

Après les dernières attaques, les réactions sont restées essentiellement verbales. Aucune intervention militaire concrète n’a été observée, malgré l’existence d’une force conjointe annoncée fin 2025. Cette absence de réponse opérationnelle interroge sur la réalité de la solidarité régionale.

Pour Nina Wilen, cette alliance est pour l'instant "plus une alliance sur le papier qu'une réalité opérationnelle".

"Ils n'ont envoyé aucune troupe, du moins d'après ce que nous avons pu observer jusqu'ici, et c'est particulièrement frappant. Lorsqu'on se revendique alliance de défense, la rapidité et la nature de la réaction sont essentielles. Est-ce que cela constitue un coup fatal pour l'AES ?", s'interroge Wilen.

Qui finance le JNIM et le FLA qui ont attaqué le Mali ?

07:06

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Le Mali se trouve aujourd’hui dans une position délicate. D’un côté, une volonté forte d’indépendance stratégique ; de l’autre, des moyens encore insuffisants pour faire face seul à une menace sécuritaire persistante.

Entre retrait des partenaires traditionnels, soutien russe limité et coopération régionale incertaine, le pays évolue dans un environnement fragile. La question reste ouverte : Bamako parviendra-t-il à renforcer durablement ses capacités, ou cet isolement risque-t-il d’aggraver encore l’instabilité ?

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