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Au Mali, les familles de soldats vivent dans l’angoisse

16 septembre 2026

Au-delà des pertes militaires, les attaques djihadistes laissent des traces durables. Témoignages de survivants et récit du combat quotidien des familles touchées.

Mali | Soldat de l'armée malienne
L'armée malienne a annoncé des "opérations aéroterrestres engagées contre les assaillants de Dioura", faisant état de la "neutralisation", au sud-ouest de la ville, de "plusieurs éléments terroristes à motocyclette qui tentaient de se dissimuler sous un couvert végétal"Image : picture-alliance/dpa/N. Maeterlinck

Au Mali, les attaques contre les positions militaires laissent derrière elles des familles endeuillées, mais aussi des soldats profondément marqués par les combats. À Dioura, dans le centre du pays, la dernière attaque, survenue jeudi 10 septembre, a coûté la vie à plus de 50 militaires maliens.

Derrière les chiffres, il y a aussi des femmes, des enfants et des proches de militaires tués, blessés ou portés disparus. À Dioura, plusieurs dizaines de soldats maliens auraient également été faits prisonniers, selon des sources sécuritaires et locales. De son côté, l'armée affirme avoir lancé des opérations contre les assaillants.

Pour les survivants, l'épreuve ne s'arrête pas avec la fin des combats. Certains doivent reprendre leur service malgré le traumatisme et les soutiens psychologiques sont quasiment inexistants.

Manque de prise en charge

Dans un enregistrement largement partagé sur les réseaux sociaux, un militaire malien, qui était présent à Dioura lors de l'attaque djihadiste, déplore le manque de prise en charge. 

"Ça ne va pas ici à Dioura, ça ne va pas du tout. Nous n'avons aucun moyen. Nous n'avons nulle part où aller. Essayer de tout faire pour venir nous chercher, ça ne va pas", a-t-il lancé auprès de ses collègues.

Un élu local, contacté par l'AFP, a également affirmé que l'armée n'avait pas envoyé de renforts sur place. Les familles, elles aussi, vivent dans l'angoisse permanente de nouvelles attaques. Un lanceur d'alerte, qui couvre le conflit malien depuis 2013, décrit l'inquiétude qui s'empare des proches à chaque attaque.

"À chaque fois qu'une attaque est signalée dans une zone où un père, un mari ou un fils est déployé, les familles vivent des heures d'angoisse. Avant d'obtenir la moindre information, elles multiplient les appels pour tenter de savoir ce qui se passe. Le manque d'informations et la conscience des risques auxquels leurs proches sont exposés plongent ces familles dans une inquiétude constante. Elles vivent avec la peur qu'à tout moment leur fils, leur mari ou leur père soit la prochaine victime au front", regrette le lanceur d'alerte.

Depuis 2012, le Mali fait face à une profonde crise sécuritaire, nourrie notamment par les violences de groupes jihadistes, de leurs alliés indépendantistes touareg du Front de libération de l'Azawad (FLA) et de groupes criminels communautairesImage : AFP

Deux structures chargées d'accompagner les militaires

Derrière chaque militaire engagé sur le terrain se trouve aussi une famille qui doit continuer à vivre sans celui qui en est souvent le principal soutien. Au Mali, deux structures sont chargées d'accompagner les militaires et leurs proches dépendants : la Direction du service social des armées et l'Office national des pupilles du Mali, l'Onapuma.

Dans un contexte marqué par la multiplication des attaques, leur rôle apparaît plus important que jamais. Pourtant, nos tentatives pour joindre les responsables de ces deux institutions sont restées sans réponse.

Selon le lanceur d'alerte interrogé, les moyens dont disposent ces structures demeurent limités. "Il arrive régulièrement que la Direction du service social des armées organise des distributions de dons provenant de particuliers ou de l'État en faveur des veuves et des orphelins de militaires. Les actions les plus visibles concernent souvent la remise de ces aides aux familles des soldats tués ou portés disparus."

L'attaque de Dioura, revendiquée dès jeudi (10.09.2026) par le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (Jnim), affilié à Al-Qaïda, est l'une des plus meurtrières subies par l'armée malienne depuis le début du conflit qui ravage le pays, il y a une quinzaine d'années.

Depuis fin avril 2026, la situation sécuritaire s'est encore dégradée, avec une série d'attaques coordonnées visant des positions de l'armée et des autorités de transition, y compris aux abords de Bamako.

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