Au Maroc, les raisons qui poussent les jeunes à émigrer
14 août 2026
À l'approche du 15 août, les autorités marocaines renforcent le dispositif de sécurité dans la ville de Fnideq, face aux appels à une nouvelle tentative de passage massif vers Ceuta relayés sur les réseaux sociaux.Le 30 juillet, des milliers de personnes avaient déjà tenté de rejoindre l'enclave espagnole. Rencontre avec l'une d'entre elles, pour comprendre pourquoi elle a pris la mer.
"J'essaie d'améliorer ma vie"
Lina Jouari a 19 ans. Elle vit dans un village en périphérie de Tanger. Elle nous ouvre les portes du garage qui lui sert de maison.
"Venez, je vais vous montrer notre villa. Ça va aller vite. Quand il fait chaud, il fait très chaud, quand il fait froid, il fait très froid, quand il pleut, on est inondés. C'est vraiment la galère. Mais on s'est habitué à la situation" assure la jeune fille.
En robe rose et longs cheveux noirs attachés, Lina habite avec ses cinq frères et sœurs dans ce logement de fortune. Tous cherchent à gagner leur vie.
"On s'est réveillées, hier, pour aller chercher du travail. Mais on n'a rien trouvé. On veut aller chercher à Tanger, mais il faut payer le taxi. J'essaie d'améliorer ma vie, mais c'est de plus en plus difficile" explique-t-elle.
Pour rejoindre Tanger, Lina doit dépenser sept dirhams en taxi. Quand elle travaille, elle gagne environ 100 dirhams par jour. On prend justement un taxi pour rejoindre Tanger et s'installer dans un café, à l'abri de la chaleur.
Un manque de perspectives
Le 30 juillet, comme plus de 60 000 Marocains, Lina a tenté de rejoindre Ceuta. "On n'avait pas peur de la mort. C'était soit la frontière s'ouvrait et on passe, soit on meurt. On voyait les morts à côté de nous, mais on voyait Ceuta aussi à côté de nous" se souvient-elle.
Lina dit être partie pour des raisons économiques, mais aussi parce qu'elle ne supporte plus de vivre dans ce qu'elle décrit comme un Maroc à deux vitesses.
" Pour étudier, tu dois soit être riche, soit avoir du réseau. Mais mon père n'a aucun des deux. Comment on fait alors ?" s'interroge Lina.
Pour le sociologue Mehdi Alioua, derrière ces difficultés économiques, se cache aussi un manque de perspectives.
Selon lui : "ce sont des jeunes qui n'arrivent pas à vivre pleinement leur vie. Ils acceptent moins facilement de ne pas avoir des marges de liberté. La fuite, ce n'est pas que la grogne, c'est le manque d'espoir. C'est de dire, en fait, je préfère être clandestin en Europe."
Selon le Haut-Commissariat au plan, un jeune Marocain de 15 à 24 ans sur quatre n'est ni en emploi, ni en études, ni en formation. Ils sont 1,5 million.