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PolitiqueHongrie

En Hongrie, vers la fin de la propagande dans les médias ?

9 juillet 2026

La chaîne publique M1 a présenté ses excuses pour des années de mensonges. Le nouveau gouvernement veut démanteler l'ancienne machine à propagande de Viktor Orban.

Peter Magyar lors d'un discours.
Le Premier ministre hongrois Peter Magyar a succédé à Viktor Orban début mai.Image : Balint Szentgallay/NurPhoto/picture alliance

La désinformation diffusée sous Viktor Orban par les médias publics hongrois était sans précédent pour un État membre de l'Union européenne (UE). 

Les fausses informations parlaient de migrants arabes et africains qui auraient violé des jeunes filles hongroises sans défense. De Goerge Soros, un milliardaire et philantrope américain juif d'origine hongroise qui chercherait à détruire l'identité chrétienne de la Hongrie. D'une UE qui endoctrinerait les enfants en propageant une "propagande LGBTQ+”. Ou encore d'un "État mafieux ukrainien” qui voudrait sacrifier la jeune génération hongroise à la guerre et dépouiller des millions de retraités hongrois.

Dans aucun autre État de l'UE, au cours des dernières décennies, les médias publics n'ont diffusé autant de mensonges, de haine et de propagande. Certains éléments rappelaient la propagande fasciste et antisémite de l'entre-deux-guerres, d'autres les méthodes employées par les médias d'État russes.

"Des mensonges jour et nuit"

C'en est désormais fini. Le mardi 7 juillet 2026 à 16 h, l'écran de la chaîne d'information M1 est devenu noir. On pouvait y lire, en lettres blanches, le texte suivant : "Les médias publics n'ont pas le droit de mentir. Nous nous excusons d'avoir néanmoins agi ainsi pendant des années. Les médias de service public vont désormais être réorganisés afin d'être à l'avenir indépendants et crédibles. Le service d'information est temporairement suspendu. Restez à l'écoute !”

La chaîne M1 a diffusé ce message d'excuses sur fond noir aux téléspectateurs.Image : mediaklikk.hu/m1

Parallèlement à ces excuses et à cette annonce, toutes les émissions d'information et les programmes politiques de la radio et de la télévision publiques hongroises ont été suspendus. Seul le site Internet de l'agence de presse MTI, qui fait également partie du groupe médiatique public MTVA, continuait de diffuser des informations politiques.

"Une journée historique. Aujourd'hui prend fin la diffusion de propagande dans les médias publics. Ils ont menti jour et nuit, sur toutes les ondes. C'est désormais terminé”, a écrit le nouveau Premier ministre hongrois, Peter Magyar, sur Facebook.

Les principaux responsables de la chaîne M1 ont dû quitter leurs fonctions, dont le directeur Zsolt Nemeth, surnommé "Pitbull” en raison de son style extrêmement agressif et conflictuel, ainsi que la plupart des directeurs des programmes et des responsables d'émissions. 

Une heure symbolique

Au bout de quatre heures d'écran noir, M1 a finalement lancé à 19 h 56 précises une nouvelle programmation. Cette heure symbolique a été choisie en référence à la révolution anticommuniste et antisoviétique de 1956, qui avait été réprimée dans le sang par les troupes soviétiques.

À partir de 19 h 56, la chaîne a diffusé le classique du cinéma hongrois "Le Témoin” (1979), une satire politique très connue sur le stalinisme hongrois, mettant en évidence ses cruautés et ses mensonges propagandistes absurdes. Sur le site Internet de Hirado, le journal télévisé phare de M1, l'arrière-plan noir accompagné des excuses reste pour l'instant visible.

Peter Magyar avait fait de la refonte radicale des médias publics hongrois l'une de ses promesses centrales pendant la campagne électorale. Même après la victoire électorale de son parti, Tisza (Respect et Liberté), le 12 avril, il ne s'est pratiquement pas passé un jour sans qu'il n'attaque violemment les médias publics, les qualifiant d'”usine à mensonges”.

Et pour cause : la manière dont Viktor Orban a dompté les médias publics, mais aussi la plupart des médias privés hongrois, pour les aligner sur la ligne du gouvernement, constitue l'un des chapitres les plus sombres de son règne. Peu après sa victoire électorale au printemps 2010, l'ancien Premier ministre a mis en place une autorité de régulation des médias, la NMHH, composée de personnes proches du gouvernement, avant de regrouper les médias publics au sein de la holding, la MTVA. En 2011, la plupart des journalistes indépendants ont été licenciés ou ont démissionné.

De la satire présentée comme des informations réelles

Les médias de la MTVA sont ensuite devenus un instrument de propagande du pouvoir.

Dans ses journaux télévisés et ses émissions politiques, M1 menait une campagne de dénigrement contre l'UE, mais aussi contre le milliardaire boursier américain et philanthrope George Soros, ainsi que contre les organisations de la société civile et les journalistes indépendants. Malgré l'obligation légale d'assurer une couverture équilibrée, les responsables politiques de l'opposition et les voix indépendantes n'apparaissaient pratiquement plus sur les chaînes de la MTVA.

Viktor Orban avait fait du contrôle des médias un important éléments de son pouvoir.Image : Zoltan Mathe/MTI/AP Photo/dpa/picture alliance

Sans aucune peur du ridicule, le 20 mai 2018, le journal télévisé Hirado a cité comme une véritable information un article du site satirique allemand Noktara, selon lequel la ville d'Essen ("essen” est aussi un verbe allemand signifiant "manger”) avait été rebaptisée "Jeûne” pendant le mois de ramadan, faisant dire à la M1 que l'Allemagne est soumise aux migrants musulmans. Aucun rectificatif n'a jamais été publié.

Le ton a continué à se durcir considérablement suite à l'invasion russe en Ukraine début 2022.

Dans un renversement flagrant des rôles entre bourreaux et victimes, les chaînes de la MTVA ont raconté une réalité alternative dans laquelle l'Ukraine est l'agresseur, reprenant en partie la propagande d'État russe.

Viktor Orban proteste

Un directeur par intérim avait déjà été nommé la semaine dernière au sein de la MTVA. Ce dernier a désigné mardi une nouvelle direction provisoire pour la chaîne d'information M1. Dans un communiqué, la MTVA a indiqué que les nouveaux postes de direction définitifs au sein de la holding seraient pourvus à l'issue d'une procédure publique et en concertation avec des instances professionnelles et de la société civile.

La propagation "alarmante" de la désinformation au Togo

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Si nombre de journalistes indépendants saluent ces changements, ils réclament aussi un véritable droit de regard sur le processus, adoptant pour l'instant une attitude plutôt prudente vis-à-vis des projets du nouveau gouvernement. 

Ce dernier compte réorganiser la holding médiatique avec un conseil de surveillance composé de manière paritaire, avec respectivement trois représentants de la majorité gouvernementale, de l'opposition parlementaire et des associations de journalistes indépendants.

Mardi, Viktor Orbán a dénoncé sur Facebook cette restructuration des médias publics, affirmant qu'il s'agissait là d'”une nouvelle étape dans l'arbitraire du parti Tisza”. Des protestations sont également venues du député du Fidesz, Balasz Nemeth, lui-même ancien présentateur du journal télévisé Hirado et responsable de nombreux moments particulièrement critiqués. Lorsque l'écran de M1 est devenu noir mardi, Balasz Nemeth a écrit sur Facebook : "La démocratie hongroise est morte.”

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