Ukraine : Friedrich Merz critique le plan de paix américain
24 novembre 2025
Le plan de paix pour l'Ukraine, présenté par les Etats-Unis juste avant le week-end, a relancé l'intenses tractations diplomatiques, avec des pourparlers qui se sont tenus à Genève entre Américains, Ukrainiens et Européens.
Car Kiev et Bruxelles n'ont pas été associés par la Maison Blanche à la rédaction de ce plan en 28 point, qui est très favorable à la Russie, au point même qu'outre-Atlantique, politiques et médias se demandent si ce texte n'a pas été directement rédigé par Moscou.
Pour le chancelier allemand Friedrich Merz, les Européens devront approuver tout aspect impliquant leur sécurité dans un futur accord.
Friedrich Merz, qui répondait aux questions de la Deutsche Welle et de Michaela Küfner, ce dimanche (23.11), en marge du sommet du G20 en Afrique du Sud.
Si Donald Trump semble une fois de plus pressé de conclure un deal sur l'Ukraine pour pouvoir l'ajouter à sa liste d'accords de paix dont il aime se vanter en public, Friedrich Merz tempère. Le chancelier allemand ne s'attend pas à une percée cette semaine, là où le président américain veut une réponse de l'Ukraine d'ici jeudi (27.11).
"J'ai dit au président Trump que nous pouvions accepter certains points, explique le chancelier, mais que d'autres ne nous convenaient pas, et je lui ai dit que nous étions tout à fait d'accord avec l'Ukraine, que la souveraineté de ce pays ne devait pas être compromise."
Assurer la sécurité de l'Ukraine et de l'Europe à long terme
Friedrich Merz le concède. L'Europe a été informée du plan en 28 points vendredi dernier. En bout de chaîne, une fois de plus, l'Union européenne, mais aussi l'Ukraine, n'ont pas été consultés. Et pourtant, c'est bien la sécurité du continent qui est jeu.
"Nous assistons à de graves attaques contre nos infrastructures, contre notre cybersécurité", rappelle le chef du gouvernement allemand, alors que la Russie est régulièrement accusée d'incursions de drones, d'actes de sabotage et de désinformation. Pour Friedrich Merz, "il s'agit donc d'une menace profonde pour l'ordre politique tout entier du continent européen. C'est la raison pour laquelle nous sommes si engagés. C'est la raison pour laquelle nous essayons de mettre fin à cette terrible guerre."
Le plan américain en 28 points est précis sur certains aspects. Comme le nombre maximum de soldats – 600.000 - imposés à l'armée ukrainienne. C'est le point 6. En revanche, le point 5 explique simplement que "l'Ukraine recevra des garanties de sécurité fiables". Pas très rassurant, pour s'assurer que Vladimir Poutine ne reviendra pas à la charge, alors que Volodymyr Zelenksy ne cesse de le répéter : il ne faut pas faire confiance au président russe.
La Russie doit rejoindre la table des négociations
"Ce plan comporte de nombreux éléments qui nécessitent l'accord de la partie européenne", dit Friedrich Merz à la DW. Et il donne comme exemple de levier européen les actifs russes, "qui se trouvent à Bruxelles, ne peuvent pas être versés aux Américains. C'est impensable".
Là, c'est le point 14 du plan américain. Il prévoit que les actifs russes gelés en Europe, et dont Bruxelles veut se servir pour soutenir l'Ukraine, "seront investis dans les projets menés par les Etats-Unis pour reconstruire l'Ukraine et y investir, les Etats-Unis recevant 50 % des bénéfices de l'initiative."
Mais ce n'est pas tout : sans consulter l'UE, le plan prévoit que "l'Europe ajoutera 100 milliards de dollars, afin d'augmenter le montant des investissements disponibles pour la reconstruction de l'Ukraine".
"Nous essayons de déterminer quelle partie de ce plan pourrait être réalisée à l'unanimité entre les Européens, les Américains et l'Ukraine d'un côté, et la Russie de l'autre, affirme Friedrich Merz. C'est quelque chose que nous essayons de déterminer, ce qui est extrêmement compliqué".
Négocier un accord de paix est un processus "laborieux", a répété le chancelier aujourd'hui. Il a appelé la Russie à rejoindre les discussions. C'était en marge d'une rencontre de dirigeants européens à Luanda, la capitale de l'Angola, où se tient le sommet Union africaine-Union européenne.