Abiy Ahmed en route pour un troisième mandat en Ethiopie
1 juin 2026
"Si la paix revient dans le pays, j'espère que le développement sera réel. Cela permettra d'améliorer la situation actuelle en matière d'inflation", espère un Ethiopien interrogé par la DW.
Contrairement à tous les espoirs des personnes en détresse, en Ethiopie, le deuxième pays le plus peuplé d’Afrique (130 millions d’habitants), les experts s'attendent à ce que la situation reste fragile.
Pour Kjetil Tronvoll, chercheur en paix et conflits à l’Oslo New University College en Norvège, les législatives de lundi (01.06.26) relèvent davantage d’un exercice symbolique que d’une compétition politique.
"Les élections en Ethiopie seront une simple formalité visant à conférer une légitimité au gouvernement. Il n’y a aucune possibilité de changer ou de contester le gouvernement par le biais des élections."
La Commission électorale a publié des chiffres qui, à première vue, reflètent une démocratie intacte : 47 partis politiques enregistrés, plus de 10 000 candidats et des millions d'électeurs.
Le parti au pouvoir (le Parti de la prospérité) du Premier ministre Abiy Ahmed détient toutefois 457 des 547 sièges que compte le Parlement. Et on pourrait assister au même résultat d’après l’analyste Martin Plaut.
Une campagne marquée par des affrontements
Pendant la campagne électorale marquée par des affrontements dans deux des plus grandes régions du pays, l’Amhara et l'Oromia (qui englobe Addis-Abeba), l’opposition a jugé que le scrutin était inéquitable et taillé sur mesure. Elle prédit une nouvelle victoire pour le Premier ministre au pouvoir depuis huit ans et candidat à un troisième mandat.
Les opposants sont par ailleurs arrêtés et le gouvernement sévit contre les journalistes. En décembre dernier, sept correspondants locaux du service amharique de la DW ont été autorisés à reprendre leur travail, après une suspension. Les deux autres ont vu leur accréditation retirée. L'Ethiopie est 148e sur 180, selon le classement de Reporters sans frontières.
En octobre dernier, Abiy Ahmed avait assuré que le scrutin serait "bien meilleur que le précédent" et que le "prochain Parlement serait plus diversifié dans sa composition".
Une nouvelle guerre au Tigré ?
Le Prix Nobel de la paix en 2019, récompensé à l'époque pour ses réformes démocratiques, est aujourd'hui à la tête d'une nation profondément divisée par divers conflits et face à la menace d’une guerre avec l’Erythrée, accusé de soutenir le TPLF, interdit en 2025.
L'analyste politique Martin Plaut estime qu'"il est vraiment difficile de savoir si cela aura un impact réel sur la vie des gens ordinaires, et si cela entraînera des conflits avec la région septentrionale du Tigré, ou si cela permettra au Premier ministre Abiy Ahmed de déclencher une guerre avec l'Erythrée, ou de s'impliquer dans de nouveaux conflits au Soudan – nous n'en savons tout simplement rien".
Selon les analystes, les efforts déployés par le TPLF, le parti dominant dans la région du Tigré, pour rétablir son contrôle sur la région pourraient déboucher sur une nouvelle guerre avec le gouvernement fédéral éthiopien.
Entre 2020 et 2022, le TPLF s'est opposé au gouvernement fédéral dans une guerre civile qui a fait au moins 600 000 victimes et s'est conclue par un accord de paix.
Comme en 2021, les élections n’auront pas lieu au Tigré. Il y a cinq ans, lors des dernières législatives, le parti du Premier ministre Abiy Ahmed avait raflé 96 % des sièges.