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EconomieAfrique

Mines : la Guinée signe un accord pour relancer Simandou

30 mars 2022

Un accord de 15 milliards de dollars a été signé entre la Guinée, Winning Consortium et Rio Tinto Simfer, sur l'exploitation du gisement de fer de Simandou.

La Guinée entend tirer le maximum de profits de cet accord avec les Chinois
La Guinée entend tirer le maximum de profits de cet accord avec les ChinoisImage : Roberto Paquete/DW

Situé au pied du mont Nimba dans le sud-est de la Guinée, à la frontière avec le Libéria, le gisement de fer de Simandou est l'un des plus vastes gisements de fer au monde qui, s’il était pleinement exploité, pourrait produire 100 millions de tonnes de minerai de fer.

Mais l’exploitation de ce site piétine depuis des années. L’accord qui vient d’être signé prévoit la poursuite de la construction d’une ligne de chemin de fer de près de 700 kilomètres pour acheminer la production vers un port en eau profonde qui sera construit à Morebayah, non loin de la capitale Conakry.

Ainsi pour Ahmed Kourouma, journaliste politique, ce nouveau projet d'exploitation de Simandou, dont le développement est entravé depuis des années par les litiges sur les droits miniers et les soupçons de corruption, est une bonne chose pour la Guinée.

"Le gouvernement actuel vient de prouver que lorsque l'on essaie de bien négocier pour l'intérêt de la Guinée, il est possible d'obtenir satisfaction. Ils ont obtenu beaucoup plus que ce que le gouvernement précédent avait obtenu. Donc c'est une excellente nouvelle. Maintenant il faut la mise en place de cet accord. Parce qu’on ne nous a pas donné le volet environnemental, on ne nous a pas donné les chiffres exacts en termes d'emploi", estime le journaliste.

Ahmed Kourouma, journaliste politique Image : Privat

Un chemin de fer en vue

Akoumba Diallo, journaliste guinéen d’investigation et auteur du livre "Dans l'arène de Simandou", explique que la Guinée va désormais siéger au Conseil d'administration de la société chargée de codévelopper et d’investir dans ces infrastructures. Mais ce n'est pas tout, explique-t-il.

"Peut-être le moment est-il venu d’accélérer le chemin de fer, le Tranguinéen, pour pouvoir exploiter le mont Simandou et mettre le minerai sur le marché international d'autant plus qu’actuellement, il y a une tension sur le fer en raison de la guerre en Ukraine notamment", dit Akoumba Diallo.

En revanche, toujours selon Akoumba Diallo, la crainte persiste que les géants miniers Winning et Rio Tinto s'entendent pour geler le projet.

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Rester prudent

Ce qui fait dire aussi à Ibahima Diallo, expert en droit minier, qu'il faut rester prudent malgré l'espoir suscité par l'accord portant sur 15 milliards de dollars.

"Cette convention donne beaucoup d'espoir mais elle n'est pas sans faille parce qu'il existe des éléments sur lesquels il n'y a pas de clarification et sur lesquels il faudra bien veiller à ce que Rio Tinto puisse respecter les règles et que la Guinée puisse trouver rapidement des voies et moyens afin de faire face à sa participation effective au-delà de sa participation gratuite qu'elle a dans les mines de Simandou", explique Ibahima Diallo.

En facilitant la signature d’un accord entre deux entreprises concurrentes sur l'exploitation et le transport du minerai de fer de Simandou, les autorités militaires au pouvoir en Guinée, ont certes pris le zébu par les cornes mais plusieurs experts restent prudents face à des géants miniers qui savent que la Guinée est plongée dans une transition politique dont on n'ignore encore la durée exacte.

Mamady Doumbouya, président de la transition en GuinéeImage : Xinhua News Agency/picture alliance

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Simandou, une histoire...

L’histoire de Simandou commence en 1997, lorsque le gouvernement guinéen accorde à l’entreprise minière Rio Tinto, quatre permis afin d’examiner les potentialités du Simandou et déterminer les voix d’exploitation d’une commercialisation des blocs un à quatre couvrant au total une superficie de 1.461 km2. Mais le géant minier retarde la première production de Simandou.

En 2008, un décret retire à Rio Tinto les blocs un et deux de Simandou, soit 50% de la concession qu’elle a obtenue en 2006. La Guinée dénonce le contrat pour "progrès insuffisants" réalisés par la compagnie en ce qui concerne les travaux. 

Conséquence : Le gouvernement cède à BSGR, la compagnie du milliardaire israélien Beny Steinmetz, les blocs un et deux du projet Simandou, retirés à Rio Tinto, en contrepartie d’un investissement de 160 millions de dollars.

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Alpha Condé prend le relais

Elu en 2010, le président Alpha Condé accuse Beny Steinmetz d’avoir versé des pots-de-vin pour l’obtention de ses titres miniers de Simandou Nord. 

En 2019, le consortium guinéo-chinois Société minière de Boké (SMB Winning) obtient la réattribution des blocs un et deux du Simandou après s’être engagé à construire le très attendu Transguinéen - une voie ferrée de de 670 kilomètres qui permettra d’acheminer le minerai de fer à travers le territoire guinéen, au coût estimé à plus de 20 milliards de dollars, et qui devrait doter la Guinée d’une "véritable ligne de vie reliant quatre régions guinéennes entre elles, accélérant la décentralisation administrative et économique, et renforçant le maillage ferroviaire du pays ". 

Des milliers d'emplois seront créés avec l'accord qui vient d'être signéImage : Roberto Paquete/DW

Un accord d'une durée de 35 ans

Le nouvel accord tripartite, signé avec les autorités de transition, d'une durée de 35 ans, prévoit un co-développement entre Rio Tinto avec sa filiale Simfer et Winning Consortium. 

Le contrat concerne le développement des "infrastructures minières, le chemin de fer et le port en eaux profondes ».

La première production commerciale devrait voir le jour au plus tard le 31 mars 2025. L'ensemble du projet représente plusieurs milliers d'emplois directs. 

Plusieurs experts disent que la Guinée pourrait disposer des plus importantes réserves mondiales non exploitées de fer à haute teneur, parmi d'autres ressources naturelles et minières considérables (bauxite, or, diamants…), mais celles-ci n'empêchent pas le pays d'être largement sous-développé. 

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