A Kinshasa, les habitants délaissés face à l’érosion

"Il y a eu une forte pluie entre 17 et 18 heures, un lundi au mois de mars. Juste après, il y a eu toutes ces catastrophes. Nous avons du mal avec cette situation, surtout nous qui vivons près de l’érosion. Plusieurs maisons ont été détruites et des avenues ont disparu."
Sept mois après, Musanu Mutombo constate tristement les récentes ravines qui défigurent le paysage dans son quartier de Mont Ngafula, dans le sud de Kinshasa en RDC.
L’absence de canalisations et l’urbanisation anarchique ont permis à l’eau d’engloutir tout sur son passage, laissant derrière elle des gouffres durables.
Alphonse Kapuya, consultant en développement, a fait construire sa maison il y a une vingtaine d’années dans cette partie de la capitale pour fuir le tumulte de la ville.
Mais depuis quelques temps, ce ne sont pas les embouteillages ni la pollution qui lui rendent la vie difficile, mais plutôt l’état déplorable de son quartier.
"Dans le fond c'est un problème d’urbanisation sauvage. Ce quartier a été loti. Mais il n'a pas été préparé pour accueillir les habitations, on n'a fait que des parcelles qu'on a distribuées aux gens, mais normalement à l'époque, dès qu'on lotissait un quartier, on mettait des caniveaux et on prévoyait comment on évacuerait les eaux."
"Nous perdons nos parcelles"
A certains endroits, les ravines creusées par l’eau peuvent atteindre des dizaines de mètres de large et des centaines de mètres de long. Comme Alphonse Kapuya, Agnès Kibala vit à Mont Ngafula depuis 24 ans. Cette enseignante a, elle aussi, vu la situation se dégrader au fil des années.
+++SOT Agnès Kibala | Enseignante, habitante de Mont Ngafula+++
"La situation est vraiment compliquée ici. Nous perdons nos parcelles, et nous ne savons pas où trouver du sable pour freiner l’érosion. À l’époque, après les érosions, on récupérait des terres pour compenser, maintenant il n’y a même plus moyen. Sur cette avenue qui mène vers la rivière, nous avons perdu plus de 50 maisons."
La plupart des habitants du quartier se sentent délaissés. En attendant que les autorités réagissent, ils tentent tant bien que mal de colmater les brèches. Pour ceux qui vivent en bordure d’une ravine, chaque pluie est une menace de perdre leur maison.
Que doit faire la population de Kinshasa ?
Peggy Ngolula est conseillère communale à Mont Ngafula, elle est persuadée que la population a un rôle crucial à jouer dans la mise en place des solutions préventives contre les érosions.
"Les animateurs de parcelle, les jeunes, les femmes, ceux qui vont travailler et sensibiliser pour prendre des actions concrètes telles que la végétation, creuser des trous au niveau des gouttières pour freiner la progression de l’eau et ne pas causer les érosions."
A Kinshasa, au moins cinq quartiers sont fortement impactés par l’érosion. Il s’agit de Kisenso, Mont Ngafula, Selembao, Ngaliema et Nsele.
Selon une récente étude de la KU Leuven en Belgique et l’Université de Bukavu, près de 120.000 personnes ont abandonné leur domicile à cause des ravines urbaines entre 2004 et 2023. Depuis cinq ans, la tendance s’est accélérée pour atteindre en moyenne 12 200 personnes chaque année.