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Munich 2026 : crise transatlantique et défis européens

Nina Werkhäuser | Nafissa Amadou
11 février 2026

La Conférence de Munich s’ouvre dans un climat de défiance. Entre tensions avec Washington, absence de Moscou et exclusion de Téhéran, l’Europe cherche une nouvelle stratégie.

Conférence de Munich sur la sécurité 2025 | Le ministre turc des Affaires étrangères Fidan s'exprime sur la Syrie
La Conférence de Munich sur la sécurité anciennement connue sous le nom de Conférence de Munich sur la politique de sécurité est un forum consacré aux questions de sécurité internationale qui se tient annuellement en février à Munich.Image : Turkish MFA

La conférence de Munich sur la sécurité se définit depuis des décennies comme transatlantique. Mais désormais, comme le formule son président Wolfgang Ischinger, on assiste à une " crise de crédibilité et de confiance sans précédent ". Le Munich Security Report, publié en marge de la conférence, porte le titre révélateur " Under Destruction " "En destruction".

Le rapport classe Donald Trump parmi les " demolition men ", ces chefs d’État qui, par leur " politique de la boule de démolition ", brisent les règles en vigueur et les institutions respectées. La remarque de Trump selon laquelle il n’aurait pas besoin du droit international n’est qu’un exemple parmi d’autres.

Bien que les signes soient plus difficiles que jamais, la Conférence sur la sécurité, fondée il y a plus de 60 ans, se veut cette année encore un forum d’échange et de dialogue. Parmi les quelques milles participants figurent pas moins de 200 représentants gouvernementaux de 120 pays.

La 62e conférence est prévue du 13 au 15 février 2026Image : Uwe Koch/HMB-Media/IMAGO

Au prestigieux hôtel " Bayerischer Hof ", on attend entre autres le président ukrainien Volodymyr Zelensky, le président français Emmanuel Macron, le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi et la Première ministre danoise Mette Frederiksen. Frederiksen s’était récemment opposée avec courage à Donald Trump lorsque celui-ci avait revendiqué la possession du Groenland, territoire danois.

Le gouvernement américain envoie son secrétaire d’État, Marco Rubio

Malgré les tensions transatlantiques, une importante délégation américaine sera également présente cette année. L’administration Trump est représentée par le secrétaire d’État Marco Rubio. Il s’attend, explique le directeur de la conférence, Wolfgang Ischinger, à ce que Rubio " parle de la politique étrangère américaine et non de sujets qui ne relèvent pas directement de son portefeuille ". Une allusion claire au discours incendiaire du vice-président américain JD Vance, qui avait irrité le public l’an dernier en critiquant la prétendue absence de liberté d’expression en Europe. Vance ne figure pas sur la liste des invités cette année.

Cependant, la délégation américaine ne se compose pas uniquement de fidèles de Trump. On y trouve aussi de fervents opposants au président américain, comme Gavin Newsom, gouverneur de Californie. Lors de son intervention au Forum économique mondial de Davos, il avait déjà affirmé qu’il attendait à l’avenir " plus de fermeté " de la part des Européens — ceux-ci céderaient selon lui trop vite face à Trump.

À partir de 2019, les conférences récompenseront jusqu'à deux thèses de sciences politiques portant sur les relations transatlantiques.Image : DW

L’Europe à l’aube d’une nouvelle ère d’affirmation ?

Gavin Newsom a ainsi touché le cœur de la question qui occupera largement la conférence cette année : comment l’Europe doit-elle se réorienter dans ce nouveau contexte mondial ? Et quel rôle l’Allemagne peut-elle jouer ? Friedrich Merz, qui inaugurera la conférence vendredi (13 février 2026) pour la première fois en tant que chancelier, abordera ce sujet.

Dans une déclaration gouvernementale au Bundestag, Merz avait récemment appelé les Européens à " apprendre eux-mêmes à parler le langage de la realpolitik ". Cela inclut des investissements massifs dans les capacités européennes de défense et la création de nouveaux partenariats.

Partout dans le monde, il existe " des démocraties émergentes aux marchés ouverts et en croissance, qui recherchent explicitement ce que nous avons à offrir ", a souligné Merz au Bundestag. Et il a ajouté, à propos des États-Unis : " En tant que démocraties, nous sommes partenaires et alliés, pas subordonnés. " À Munich, le chancelier devrait approfondir ces réflexions — et ainsi donner le ton d’un débat dans lequel la crise actuelle est également perçue comme un catalyseur de changements stratégiques.

Les représentants du régime iranien ne sont pas les bienvenus

Les invitations à la Conférence de Munich sur la sécurité sont très convoitées mais attribuées avec discernement. Ainsi, contrairement au passé, les représentants du gouvernement iranien ne sont pas les bienvenus cette année. Motif : la violence massive avec laquelle les dirigeants de Téhéran ont réprimé les récentes manifestations dans le pays. En revanche, des membres de l’opposition iranienne et de la société civile auront la parole.

Volodymyr Zelensky doit recevoir un prix au nom "du courageux peuple ukrainien, en signe de profonde reconnaissance pour son courage.Image : Matthias Balk/dpa/picture alliance

Bien que la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine soit de nouveau l’un des principaux sujets de la conférence, aucun représentant du gouvernement russe ne sera présent. En 2022, lorsque la conférence s’était tenue peu avant l’offensive russe contre l’Ukraine, la délégation russe avait annulé sa participation.

Concernant les discussions autour d’une possible fin de la guerre, Wolfgang Ischinger souligne que la Russie prétend être disposée à négocier tout en terrorisant simultanément la population civile ukrainienne. Le prix Ewald-von-Kleist de la conférence de Munich sera donc pas décerné cette année à une personnalité émérite, mais " au courageux peuple ukrainien ".

Après deux ans d’absence, les responsables de l’AfD sont de nouveau invités

Le parti Alternative pour l’Allemagne (AfD), considéré comme en partie d’extrême droite, n’avait pas été invité à Munich au cours des deux dernières années. Le directeur de la conférence, Wolfgang Ischinger, a modifié la ligne de son prédécesseur et décidé de ne plus exclure le plus grand parti d’opposition du Bundestag. Trois spécialistes de l’AfD au Bundestag sont invités, mais aucune apparition sur les scènes de la conférence n’est prévue. L’an dernier, l’AfD avait qualifié son exclusion de discrimination injustifiée et avait engagé une action en justice, mais avait perdu.

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