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"Ceux qui se réjouissent sont avant tout les djihadistes"

1 septembre 2026

Selon Nina Wilén, la crise au sein de l'armée nigérienne risque d’offrir un avantage stratégique aux groupes djihadistes, grands bénéficiaires du chaos sécuritaire.

Niger Banibangou 2021 | Les forces spéciales anti-djihadistes « Almahaou » patrouillent à Tillabéry.
La confédération des Etats du Sahel revendique posséder une force armée commune de 5.000 hommes. Image : Boureima Hama/AFP

Une armée sous pression, une menace djihadiste toujours présente et des partenaires étrangers de plus en plus visibles : le Niger traverse une nouvelle zone de turbulences après la mutinerie du samedi (29.08). L’implication opérationnelle de militaires russes suscite particulièrement l’attention des observateurs.

Quelles sont les conséquences de cette crise ?

Reponse de Nina Wilén, chercheuse spécialiste du Sahel et directrice du programme Afrique à l’Institut Egmont.

Nina Wilén : Dans cette base aérienne, il y a également environ 200 soldats russes appartenant à l’Africa Corps. Jusqu’à présent, ils se concentraient principalement sur la maintenance, la formation ainsi que le renseignement, mais ils n’avaient pas encore apporté de soutien opérationnel direct. Il s’agit donc d’un changement important pour la présence russe au Niger. Nous constatons que la Russie a commencé à jouer un rôle opérationnel au Niger, aux côtés des forces de la garde présidentielle, dans le cadre de cette mutinerie, de ce putsch ou, si l’on préfère, de cette tentative de coup d’État. Sur cette même base, ce qui est intéressant, c’est que des troupes italiennes sont également présentes. Elles sont restées dans leurs casernes et ont évité de prendre parti dans cet incident.

DW : Le fait que la Russie, jusqu’ici impliquée dans la formation et le renseignement, participe désormais aux opérations, notamment lors des événements de samedi, démontre-t-il que l’armée nigérienne est affaiblie et qu’elle n’est pas en mesure de faire face seule aux menaces ? Certes, il ne s’agissait pas de djihadistes dans ce cas précis, mais en situation de danger, l’armée nigérienne ne peut-elle pas assurer seule sa propre défense ?

 Nina Wilén : Depuis le coup d’État de 2023, nous constatons que la lutte contre les groupes djihadistes au Niger connaît des difficultés. La situation s’est plutôt détériorée. Les chiffres montrent une augmentation du nombre d’attaques djihadistes, ainsi que du nombre de victimes qui en résultent. Selon le Global Terrorism Index, le Niger a enregistré une hausse de 94 % des attaques en 2024. Cela signifie que, pour le moment, la situation n’est pas très favorable pour l’armée et les forces de défense nigériennes. Le fait qu’elles aient ressenti le besoin de faire appel à l’aide de militaires étrangers, en l’occurrence russes, montre également qu’elles n’étaient pas en mesure de repousser seules cette attaque ou cette tentative de coup d’État.

DW : Et tout cela est en train d’affaiblir l’armée qui, normalement, devrait être unie pour combattre les groupes djihadistes sur les différents fronts. Car il existe tout de même plusieurs fronts au Niger.

Nina Wilén : Oui, je pense que ceux qui se réjouissent le plus de cette tentative de coup d’État sont avant tout les groupes djihadistes. Ils voient désormais une armée qui se replie sur elle-même et qui commence à se fragmenter en interne. Nous avons donc un régime militaire qui doit faire face non seulement à des groupes djihadistes, que l’on pourrait qualifier de menace extérieure, même s’ils sont implantés localement, mais également à une menace interne au sein même de son organisation.

Le régime militaire au Niger, mais aussi au Burkina Faso et au Mali, voisines et alliées, ont toutes tourné le dos à la France, l'ancien pays colonisateur et partenaire historique, pour se rapprocher de Moscou. Image : Salissou Boukari

DW : Bien évidemment, des forces spéciales ont été déployées à Niamey pour faire face à cette mutinerie. Même si elles ne sont pas les seules à lutter contre le terrorisme dans le pays, cela laisse malgré tout un certain vide sur le terrain. Les forces spéciales sont particulièrement aguerries pour combattre ces groupes et, pendant qu’elles sont mobilisées dans la capitale, elles ne sont plus présentes ailleurs.

 Nina Wilén : Tout dépendra de l’orientation que le régime choisira de prendre dans les prochains jours. À court terme, il cherchera certainement à rassembler davantage de forces loyalistes à Niamey afin de protéger le pouvoir en place. Cela implique également une redistribution des effectifs à travers le pays. Comme vous l’avez souligné, le Niger est confronté à plusieurs groupes djihadistes. Il est donc possible que cette situation crée des zones de vulnérabilité. Le Niger est un pays très vaste. Même si les effectifs des forces armées nigériennes ont augmenté au cours des dix dernières années, il ne s’agit pas pour autant d’une armée particulièrement importante. Les estimations varient selon les sources, mais on parle d’environ 40 000 militaires toutes composantes confondues. Par conséquent, si l’on commence à redéployer les forces spéciales ou les unités stationnées aux frontières vers la capitale, cela crée inévitablement des vides sur le terrain et offre aux groupes djihadistes davantage d’opportunités pour étendre leur influence ou intensifier leurs activités.

DW : Nous avons parlé de l’appui de la Russie. Nous avons également vu que l’Algérie a envoyé des avions de chasse au Niger dans le cadre de leur coopération sécuritaire. Dans quelle mesure cela peut-il renforcer l’armée nigérienne ?

Nina Wilén : Nous constatons que l’Algérie a pris des initiatives qu’elle n’avait pas prises auparavant pour démontrer un soutien très fort au régime nigérien. Cela montre sa volonté d’améliorer ses relations avec les pays de l’Alliance des États du Sahel, et plus particulièrement avec le Niger. Ce qui est intéressant, ce n’est qu’aucun des deux autres pays membres de l’Alliance, ni le Mali ni le Burkina Faso, n’a envoyé de troupes, de renforts ou de drones au Niger. Une fois de plus, cela montre que l’Alliance apparaît très solide sur le plan rhétorique, mais qu’en pratique et concrètement, elle se révèle plus fragile. Nous l’avons également constaté lors des attaques coordonnées menées par des groupes djihadistes au Mali en avril dernier. À cette occasion, il n’y avait pas eu de soutien significatif de la part des deux autres membres de l’Alliance.

DW : Justement, ce manque de soutien s’explique-t-il par le fait que chaque pays ne dispose pas de suffisamment de moyens militaires pour venir en aide à ses voisins ? Ou s’agit-il plutôt d’un problème de coordination ?

Nina Wilén : Je pense que nous parlons de trois pays parmi les plus touchés au monde par l’insécurité liée aux groupes djihadistes. Leurs armées peinent à contenir l’expansion de ces groupes, dont l’influence s’est considérablement renforcée au cours des trois ou quatre dernières années au Burkina Faso, au Niger et au Mali. Chaque pays essaie donc avant tout de faire face à ses propres défis sécuritaires. Dans ces conditions, ils ne disposent pas réellement des capacités nécessaires pour déployer des troupes chez leurs voisins.Cela dit, ils auraient au moins pu afficher publiquement leur soutien à travers des déclarations ou des communiqués officiels plus marqués. Or, cela n’a pas véritablement été le cas. Je pense notamment que la Turquie avait déjà exprimé son soutien avant même que l’Alliance des États du Sahel ne publie une réaction officielle. Cela met également en évidence une certaine faiblesse en matière de coordination, y compris dans la communication publique.

 

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