Vers une nouvelle course aux armes nucléaires ?
5 février 2026
Ce jeudi 5 février, le traité New START entre la Russie et les États-Unis a expiré. La fin de ce traité est source d'inquiétude.
START signifie "Traité de réduction des armements stratégiques" et concerne les armes nucléaires à longue portée des États-Unis et de la Russie. L'accord New START de 2010 limite à 1 550 le nombre d'ogives nucléaires stratégiques déployées de chaque pays. Le nombre de vecteurs, tels que les missiles balistiques intercontinentaux, les missiles balistiques lancés par sous-marin et les bombardiers, est limité à 800. Chaque partie est autorisée à effectuer des inspections dans l'autre pays à des fins de vérification. Signé par les présidents Barack Obama et Dmitri Medvedev, il s'agit du dernier accord de contrôle des armements nucléaires en vigueur entre les États-Unis et la Russie. Le premier accord de ce type fut le traité SALT I de 1972.
Un mauvais signal pour la sécurité mondiale
Avec l'expiration de l'accord, il n'y aura alors plus de limites maximales aux arsenaux nucléaires stratégiques des deux plus grandes puissances nucléaires. "C'est très mauvais pour la sécurité mondiale", a déclaré mardi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.
Le monde pourrait être confronté à une nouvelle course aux armements nucléaires incontrôlée. Mais cela marque aussi le début d'une nouvelle ère d'incertitude. Le traité New START prévoyait également des inspections mutuelles et le partage de données, et donc la confiance et la transparence. Il visait à empêcher qu'une partie ne risque « accidentellement » une frappe nucléaire simplement en interprétant mal des informations concernant l'autre.
Ce que veulent les États-Unis et la Russie
Le président russe Vladimir PoutineSi le président américain Donald Trump avait initialement qualifié la proposition de Poutine, à compter de septembre 2025, de "bonne idée", il ne l'a jamais mise en œuvre. C’était une période où les deux pays entretenaient des relations particulièrement bonnes – au détriment de l'Ukraine, comme le craignaient les dirigeants européens. Mais Trump semble avoir changé d'avis. Dans une interview accordée au New York Times, il a déclaré à propos du traité : "Quand il expirera, il expirera. Nous conclurons simplement un meilleur accord." Il sous-entendait par là que la Chine, puissance nucléaire, devrait également être incluse.
L'histoire du nouveau traité START
Comme son nom l'indique, cet accord a des prédécesseurs : START I et START II. START I a été initié par le président américain Ronald Reagan pendant la Guerre froide et signé en 1991, cinq mois avant l'effondrement de l'Union soviétique, par son successeur, George H.W. Bush, et du côté soviétique par Mikhaïl Gorbatchev. Le traité est entré en vigueur fin 1994. Contrairement à START I, l'accord START II, conclu en 1993, n'est jamais entré en vigueur en raison d'une recrudescence des tensions entre Moscou et Washington après une période de rapprochement. Cependant, l'intérêt pour le désarmement nucléaire stratégique est resté présent à Washington comme à Moscou. Finalement, le traité New START a été conclu et est entré en vigueur en 2011. Il était censé marquer un "nouveau départ" pour les relations bilatérales.
Ce qui a changé sous la présidence de Donald Trump
Durant le premier mandat de Donald Trump (2017-2021), les États-Unis se sont retirés de plusieurs accords de contrôle des armements avec la Russie, mais pas du traité New START. Donald Trump souhaitait alors inclure la Chine dans les négociations pour son renouvellement, sans succès. À l'expiration du traité New START en février 2021, son successeur démocrate, Joe Biden a plaidé pour une prolongation de cinq ans. La Russie, sous la présidence de Vladimir Poutine, y était également favorable. La prolongation jusqu'en février 2026 a été obtenue.
Le lien entre le traité START et la guerre en Ukraine
L'invasion russe de l'Ukraine en février 2022 n'a pas initialement modifié le traité New START, malgré une forte montée des tensions entre Moscou et Washington. La Russie a ensuite interdit les inspections américaines de ses bases militaires environ six mois après le début du conflit. Rétrospectivement, il est significatif qu'en 1991, l'Ukraine se soit engagée, par un protocole additionnel au traité START I, à renoncer à toutes ses armes nucléaires d'origine soviétique. Les dirigeants ukrainiens allaient amèrement le regretter, notamment lors du déclenchement de la guerre contre la Russie une trentaine d'années plus tard.
Le rôle de la Chine
Les traités START ont été signés à une époque où la Russie et les États-Unis étaient encore les puissances nucléaires incontestées. Depuis, la Chine est devenue une superpuissance non seulement économique, mais aussi militaire. Donald Trump affirme qu'une nouvelle version du traité New START sans la participation de la Chine est inutile. Pékin posséderait environ 600 ogives nucléaires et accroît rapidement son arsenal.
Aux États-Unis, une commission du Congrès a averti dès 2023 que les États-Unis seraient confrontés au défi de dissuader simultanément non pas un, mais deux adversaires nucléaires de force équivalente. Pékin rejette toute limitation de ses armes nucléaires, arguant que son arsenal est nettement inférieur à ceux des deux autres puissances nucléaires.
Sauver le traité New START
Outre l'obstruction de Pékin, la prolongation ou le renouvellement de l'accord serait difficile pour d'autres raisons également. Car la Russie a depuis développé des systèmes à capacité nucléaire qui ne relèvent pas des définitions initiales du traité New START, tels que le missile hypersonique Orechnik et la torpille Poséidon.
Réciproquement, Moscou perçoit le projet de système de défense antimissile spatial Dôme d'or de Trump comme une tentative de modifier l'équilibre stratégique. Le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Riabkov, a également déclaré que si les États-Unis installaient un système de défense antimissile au Groenland, la Russie serait contrainte de mettre en place une contre-mesure militaire.
Les réactions en Europe
L'expiration du traité New START inquiète également les Européens. À cela s'ajoute la crainte, alimentée par de nombreuses déclarations de Donald Trump, que le parapluie nucléaire américain ne s'applique plus inconditionnellement à l'Europe. Cela a relancé le débat sur une défense nucléaire européenne. Une des pistes envisagées est que les deux puissances nucléaires européennes, la France et le Royaume-Uni, puissent également protéger d'autres nations comme l'Allemagne. Le chancelier allemand Friedrich Merz a confirmé que des discussions sont en cours avec ces deux pays : "Nous savons que nous devons prendre des décisions stratégiques et militaro-politiques, mais le moment n'est pas encore venu." Les délibérations sont loin d'être terminées. Entre autres, on ignore encore qui déciderait d'une éventuelle frappe nucléaire. La situation est d'autant plus complexe que la Russie souhaite également inclure les arsenaux nucléaires britannique et français dans tout nouveau traité, ces deux pays étant, après tout, des alliés des États-Unis.
Ce que disent les négociateurs du traité New START
L'ancien président Barack Obama a appelé le Congrès américain à agir. Mettre fin au traité New START "anéantirait des décennies de diplomatie et pourrait déclencher une nouvelle course aux armements qui rendrait le monde plus dangereux". Avant son expriration, Dmitri Medvedev, aujourd'hui vice-président du Conseil de sécurité nationale, a déclaré que le monde devrait s'inquiéter si on ne sait pas ce qui se passera ensuite.