Niger : l’armée algérienne peut-elle faire la différence ?
27 octobre 2026
L'adoption par le Parlement algérien du principe d'un déploiement de troupes au Niger relance le débat sur les réponses à l'insécurité au Sahel. Mais pour le chercheur Abdoulaye Sounaye, il serait hâtif de présenter l'option algérienne comme une solution, dans un contexte où les interventions occidentales n'ont pas réussi à mettre fin aux violences. Interview.
DW : Certains observateurs estiment que l’armée algérienne pourrait contribuer à améliorer la situation sécuritaire au Niger. Qu’en pensez-vous ?
Abdoulaye Sounaye : Il faut rester prudent. Avant d’affirmer que l’armée algérienne pourra inverser la situation, il convient de rappeler que plusieurs armées étrangères, notamment américaine, française et allemande, ont été présentes au Niger sans parvenir à résoudre durablement le problème de l’insécurité. Ces expériences constituent autant d’enseignements pour cette nouvelle reconfiguration de la coopération sécuritaire nigérienne.
DW : Quelles sont les capacités dont dispose l’armée algérienne pour soutenir le Niger dans ce contexte difficile ?
Abdoulaye Sounaye : Plusieurs éléments sont à prendre en compte. D’abord, le discours officiel algérien présente ce déploiement comme un moyen de protéger les intérêts stratégiques du pays, en particulier les investissements récents réalisés dans le secteur pétrolier nigérien.
Ensuite, l’Algérie dispose d’une expérience importante dans la lutte contre les groupes armés. Durant les années 1990, elle a affronté une insurrection islamiste particulièrement violente et a développé à cette occasion des savoir-faire sécuritaires qui pourraient être utiles aux forces nigériennes.
Enfin, il faut reconnaître que, depuis plusieurs années, l’armée nigérienne peine à contenir l’expansion des groupes armés, notamment djihadistes, dans certaines régions du pays, particulièrement dans l’ouest. Cette situation explique la recherche de nouveaux partenariats sécuritaires.
DW : Certains estiment toutefois que le Niger n’a pas besoin de nouvelles forces étrangères sur son territoire. Que leur répondez-vous ?
Abdoulaye Sounaye : Cette décision soulève en effet une question politique importante. Elle semble entrer en contradiction avec le discours souverainiste qui avait justifié le départ des forces occidentales du Niger. Il appartient désormais aux autorités nigériennes d’expliquer les raisons qui les conduisent à envisager une coopération militaire avec une armée étrangère, en l’occurrence l’armée algérienne.