Dégel des relations entre Niamey et Alger
17 février 2026
Le chef du régime militaire du Niger, le général Abdourahamane Tiani, et le président algérien Abdelmadjid Tebboune ont affiché lundi un dégel de leurs relations bilatérales crispées depuis des mois, en annonçant notamment le lancement du premier tronçon du gazoduc transsaharien passant par le Niger.
Le général Tiani a été reçu lundi au Palais présidentiel d'Alger par Abdelmadjid Tebboune qui s'est réjoui après leur entrevue d'une visite mettant "fin à une période anormale de froideur" entre les deux capitales.
Le chef du régime nigérien a confirmé de son côté une "volonté commune d'insuffler une nouvelle dynamique à notre coopération fraternelle et notre bon voisinage".
Sur le site du ministère algérien des Affaires étrangères, le volet consacré aux organisations et institutions internationales présente la relation d’Alger avec l’Union africaine, l’Onu ou encore la Ligue arabe et l’Union pour la Méditerranée. En revanche, rien surl’Alliance des Etats du Sahel.
Il est vrai que s’il fallait remplir cette page, on aurait du mal à dégager une seule ligne directrice.
Pourtant, on assiste à un réchauffement diplomatique entre l’Algérie et le Niger. Comme le précise la présidence algérienne, la venue du chef de l’Etat nigérien, Abdourahamane Tiani, constitue une visite “de fraternité et de travail”.
Solder les malentendus du passé
Cette proximité affichée laisse penser que les deux pays veulent mettre derrière eux l'épisode du drone malien abattu par l'armée algérienne, il y a presque un an.
Cet incident, concernant au premier chef Bamako, avait suscité la solidarité des chefs d'Etat de l'Alliance des États du Sahel (AES), qui avaient décidé de rappeler "pour consultations" leurs ambassadeurs.
Réalisme économique
Mais depuis, du pétrole et du gaz ont coulé sous les ponts : fin janvier, une délégation algérienne s’était rendue à Niamey pour parler économie et hydrocarbures, plus précisément de l’avancement du grand projet de gazoduc transsaharien qui doit, à terme, relier le Nigeria à la mer Méditerranée, en passant par le Niger et l’Algérie.
Il avait aussi été question de l’exploitation du champ de pétrole de Kafra, situé au nord du Niger, par la Sonatrach, le géant pétrolier et gazier algérien. Puis, la semaine dernière, ce sont les ambassadeurs algérien et nigérien qui ont repris leurs postes.
Vers un rapprochement entre Bamako et Alger?
À voir si ce rapprochement et les discussions entre Alger et Niamey peuvent, par ricochet, redresser l’ambiance toujours délétère entre l’Algérie et le Mali, qui partagent 1.300 km de frontière commune. La crise est avant tout alimentée par la situation au nord du Mali et les aspirations indépendantistes de groupes rebelles à majorité touareg.
Selon Gamel Abina, consultant international, spécialiste des questions du Sahel, "les problématiques de la crise entre l'Algérie et le Mali, c'est d'abord et avant toute chose une crise intra-malienne. C'est-à-dire qu'il y a un problème avec ce qu'on appelle l'Azawad, donc ce fameux front nord malien, composé des Touaregs qui voudraient avoir leur indépendance. La problématique malienne est une problématique interne qui avait été réglée avec les accords d'Alger, en 2015, pour réconcilier les Maliens entre eux et les Touaregs du nord Mali. L'Algérie n'a aucun intérêt à ce qu'il y ait un Azawad dans le nord Mali, parce que le sud de l'Algérie pourrait être aussi impacté par ces questions l'indépendantisme et de régionalisme."
Les militaires au pouvoir au Mali s'étaient retirés de cet accord de paix d’Alger, début 2024. Bamako accuse l’Algérie, pourtant pays médiateur, d’ingérence et d'entretenir une "proximité avec les groupes terroristes" dans la région frontalière. Alger estime, en retour, que le Mali fait preuve d’ingratitude.