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Au Niger, les purges et la répression de l'après-mutinerie

15 septembre 2026

Deux semaines après la tentative de putsch contre les militaires, les purges au sein de l'armée et l'arrestation de civils se poursuivent.

Niger Niamey 2026 | Un véhicule militaire après l'attaque menée par des mutins contre l'aéroport et le palais présidentiel (30.08.2026)
C'est la première fois depuis juillet 2023 que le pouvoir d'Abdourahamane Tiani a été ébranlé Image : REUTERS

Les militaires au pouvoir au Niger continuent de faire le ménage. L'ex-patron de l'armée, le général Moussa Salaou Barmou, a été placé en résidence surveillée. C'est le site Africa Intelligence qui révèle l'information. Alors, pourquoi une telle décision ? On en saura peut-être plus dans les heures et jours qui suivent, ou peut-être pas du tout.   

Le général Moussa Salaou Barmou vient à peine d'être limogé vendredi (11.09.2026). La raison de ce limogeage n'a pas été communiquée, mais il est survenu deux semaines après la tentative de putsch survenue dans la nuit du 28 au 29 août. On peut penser donc, à première vue, que c'est une punition. Si sa mise en résidence surveillée se confirme, le président de la transition nigérienne confirme ainsi la mise à l'écart de l'un des hommes clés qu'il avait nommés après le putsch de juillet 2023.  

Autre personne qu'Abdourahamane Tiani avait nommée, c'est le général Mamane Sani Kiaou, nommé donc depuis vendredi nouveau patron des armées nigériennes. En remplacement donc de Moussa Salaou Barmou.  Le général de brigade Mamane Sani Kiaou était avant sa nomination chef d'état-major de l'Armée de terre. Les proches du général Kiaou le décrivent comme "un homme de terrain aguerri" qui a notamment dirigé des opérations de lutte contre les groupes jihadistes dans la région de Tillabéry, dans la zone des trois frontières, Niger, Mali et Burkina, et de Diffa dans le sud-est.   

D'après les médias publics nigériens, il venait de boucler une tournée dans les principales garnisons militaires du pays afin "de ramener la cohésion au sein des soldats" quand il a été nommé. D'autres nominations ont été opérées au sein donc de l'Armée de terre et de l'armée de l'air. 

Qu'est-ce que le BSR-COS ? 

C'est de la région de Tillabéry qu'est partie la mutinerie pour gagner la capitale Niamey. Tillabéry, c'était le front le plus meurtrier du Sahel central en 2025, disait récemment l'organisation qui documente les conflits dans le monde, Acled. C'est dans cette région qu'opère le Bataillon spécial de reconnaissance du Commandement des opérations spéciales (BSR-COS). Il s'agit d'une unité d'élite des forces spéciales, créée et entraînée après le coup d'Etat de juillet 2023 qui a vu l'arrivée du général Tiani au pouvoir, pour lutter contre le terrorisme au Sahel.  

Depuis la tentative de putsch, les autorités militaires reçoivent le soutien de Nigériens dans les médias et dans les rues.Image : REUTERS

Quelques jours après la tentative de putsch, la télévision publique nigérienne a présenté ce qu'elle a appelé un "véritable arsenal de guerre" appartenant à ce bataillon. D'après Télé Sahel, ces éléments du BSR-COS ont utilisé les moyens militaires à leur disposition pour menacer l’Etat.    

Hamid Ngadé, opposant au régime d'Abdourahamane Tiani, revient ici sur ce qu'est le BSR-COS, cette unité qui a mené la mutinerie du 28 au 29 août : "Le deuxième BSR-COS est une unité qui compte à peu près un millier d'éléments en tout et pour tout, répartis pour la plupart à l'ouest, dans les régions de Tillabéry et de Dosso. Et un peu à Tahoua aussi parce que ce sont également eux qui ont la charge de la sécurisation du pipeline sur un certain tronçon, à partir de la région de Tahoua jusqu'à Dosso."

Il poursuit : "Ces éléments, c'est contre eux que cette chasse aux sorcières est menée. Actuellement, il y a une quarantaine d'officiers et de sous-officiers qui ont été interpellés, certains depuis Bankilaré, d'autres à Téra, dont notamment le présumé leader de cette mutinerie qui est le commandant Maïhati, qui est issu du deuxième BSR, qui était à Tera, et qui a été interpellé là-bas."        

Outre le commandant Maïhati, plusieurs autres membres du BSR-COS ont été interpellés. D'après les informations de Jeune Afrique, plusieurs soldats du 1er Bataillon parachutiste de Niamey ont également été arrêtés. C'est de ce bataillon qu'est issu le capitaine Serge Gabriel qui a cité la France, le Bénin, la Côte d'Ivoire, le Tchad comme étant impliqués dans la mutinerie.  

Toujours sans nouvelles de Moussa Kaka 

 Outre les arrestations d'officiers, des civils ont également fait les frais de cette tentative de putsch.  Sans que l'on ne dise à ce stade si leur arrestation est liée aux événements des 28 et 29 août. Car aucune communication officielle n'a été rendue publique sur ce qu'on leur reproche. Parmi les personnalités dont on peut citer les noms, il y a Kalla Moutari. Proche de du président déchu Mohamed Bazoum, il a été ministre de la Défense sous l'ancien président Mahamadou Issoufou. Kalla Moutari a été interpellé dans la région de Maradi. Je rappelle qu'il avait été déjà arrêté après le putsch de 2023 et avait passé près de deux ans en prison.  Ensuite, on peut citer l'interpellation de Kalla Ankouaro, ancien ministre des Affaires étrangères. Enfin, il y a le cas du journaliste et patron d'une radio privée, Moussa Kaka. Celui-ci a disparu depuis le 31 août.  

A propos de Moussa Kaka, Ousmane Diallo, chercheur principal sur le Sahel au bureau régional d'Amnesty International pour l'Afrique de l'Ouest et du centre, estime sur la DW que "personne n'a de ses nouvelles, On ne sait pas où il est, ni ce qu'il est advenu de lui. Et il y a de forts soupçons qu'il ait été victime d'une disparition forcée ou d'une détention au secret de la part des autorités dans le cadre d'une éventuelle judiciarisation. Donc, on ne sait pas ce qui lui est reproché, au cas où cette hypothèse-là venait à s'avérer".   

Le défenseur des droits humains pense que "ce n'est pas dans son habitude de partir et de ne pas donner de nouvelles pendant des jours. Et ayant discuté avec Moussa Kaka bien avant cette date, il était très conscient notamment des enjeux de sécurité et de danger qui pesaient sur tous les journalistes, en fait, qui étaient présents au Niger et qui voulaient traiter l'information d'une manière indépendante et claire".  

 Toutes ces arrestations et disparitions surviennent dans un contexte politique tendu. Le général Abdourahamane Tiani, arrivé au pouvoir par la force, s’est fait accorder un mandat de cinq ans renouvelable, tandis que les partis politiques ont été dissous. 

Le président déchu Mohamed Bazoum et son épouse sont détenus sans procès. Il y a aussi le cas de l'acteur de la société civile, Moussa Tchangari, arrêté en décembre 2024. L'Onu a demandé sa libération. De même qu'Amnesty International qui dénonce la détention arbitraire d'un militant des droits humains qui a exprimé pacifiquement ses opinions. 

On peut citer enfin le cas de l'ancien ministre de l'Intérieur, Hamadou Adamou Souley, arrêté lors du coup d'Etat de juillet 2023. Des cas qui illustrent le recul des libertés au Niger.   

Absence de communication des militaires

Amnesty International dit avoir régulièrement contacté les autorités militaires. Mais en vain. Selon Ousmane Diallo d'Amnesty International, les autorités militaires "ne sont pas perméables à nos appels et à tout ce qui concerne les droits humains. Il y a eu notamment les décisions du groupe de travail sur la détention arbitraire, appelant à la libération du président Mohamed Bazoum et de son épouse, qui n'ont toujours pas été respectées. Il y a eu plusieurs communications des institutions onusiennes ainsi que des institutions des droits humains"

"Mais depuis deux ans (trois ans, ndlr), l'Etat de droit n'est pas forcément respecté au Niger. Donc, on continue de faire nos appels, de travailler à documenter ce qui se passe au Niger, à soutenir tous ceux qui défendent les droits au Niger, que ce soient les journalistes, les défenseurs des droits humains ou bien des gens qui sont simplement brimés de leurs droits les plus élémentaires à cause de leur liberté de ton."

Dans le dernier classement de l'ONG Reporters Sans Frontières, le Niger occupe le 120e rang et a chuté de 37 places. L'organisation Freedom House considère le pays comme non-libre, avec une note de 27 sur 100. 

Le général Abdourahamane Tiani ne s'est toujours pas exprimé après la mutinerie.Image : Boureima Hama/AFP

Réorganisation de l'armée   

La tentative de putsch est le premier officiellement sous Abdourahamane Tiani. Le pays a connu cinq coups d'Etat, dont le dernier est celui de 2023, mené par le CNSP d'Abdourahamane Tiani. Cette mutinerie montre qu'il y a un malaise au sein de l'armée nigérienne. La mutinerie a révélé aussi une dissonance entre les militaires sur le terrain et les discours rassurants et triomphants à Niamey.   

Enfin, ce n'est pas négligeable, les événements de fin août conduisent à une réorganisation plus large de l'armée. Du coup, le chef de la transition militaire doit essayer de reprendre la main sur les troupes, alors qu'il a fallu faire appel aux mercenaires russes d'Africa Corps pour empêcher le coup de force. 

Si le commandement militaire nigérien a remercié l’Africa corps et que le général Tiani a aussi remercié l'Algérie pour son soutien, celui-ci ne s'est officiellement pas exprimé jusqu'ici.   C'est plutôt à coups de publications sur les réseaux sociaux qu'il s'exprime. Il a ainsi reçu hier l'ambassadeur algérien. Il s'en est pris, il y a deux jours, aux sponsors du terrorisme.   

Comme une autre manière de répondre à la tentative de putsch, le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) dont Abdourahamane Tiani est le chef, a publié, ce mardi (15.09.2026), le programme de la refondation de la République. L'ambition est de bâtir un pays où ses populations décident souverainement pour leur pays.

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