Au Niger, des contractuels sans salaire en plein ramadan
18 février 2026
Le soleil ne s’est pas encore levé, mais devant les guichets de Niger Poste, à Niamey, la foule est déjà dense. Hommes et femmes, documents sous le bras, visages tirés par la fatigue : tous patientent depuis cinq heures du matin pour toucher un salaire en retard.
Ce sont des enseignants contractuels venus de la capitale et parfois de très loin, dans l’espoir de percevoir enfin leurs pécules accumulés depuis plusieurs mois.
" On fait le ramadan dans la pauvreté "
Parmi eux, Hadjara Chaibou, enseignante en périphérie de Niamey. Cela fait une semaine qu’elle se présente chaque jour aux guichets avant même leur ouverture.
" Vraiment, qu’on nous donne notre argent. Nous sommes dans la pauvreté. Nos enfants sont à la maison, ils nous attendent et rien ne se passe. Ça fait déjà deux mois, janvier, décembre. On fait le ramadan dans la pauvreté. Nous n'avons ni sucre, ni mil. Je dois aussi aider mes parents ", témoigne-t‑elle.
Des centaines de kilomètres pour toucher son dû
Idrissa Kimba attend lui aussi, épuisé. Il a parcouru plusieurs centaines de kilomètres depuis Banibangou, une zone touchée par l’insécurité à la frontière du Mali.
" Je suis là, à Niger Poste, pour récupérer mes pécules du mois d’octobre, novembre et décembre. On a des problèmes sur les dépenses du ramadan parce qu’on est en brousse. On va d’abord rembourser nos dettes, parce qu’avec les commerçants, on prend des crédits. Et on vient les toucher pour aller les rembourser ", explique‑t‑il.
Avec l’argent attendu, il espère aussi acheter quelques habits et de la nourriture pour ses enfants à l’approche du ramadan.
Début janvier, la Dynamique des syndicats du secteur de l’éducation et de la formation a dénoncé dans un communiqué des pécules impayés — pour certains depuis septembre 2025 — ainsi que des retards récurrents dans le paiement des salaires des agents contractuels.
Face à cette situation qui s’enlise, les enseignants des écoles publiques avaient lancé, en décembre, une grève illimitée pour exiger le paiement de leurs dus.