Pourquoi le Niger porte-t-il plainte contre Orano ?
6 février 2026
En début de semaine, les militaires au pouvoir au Niger ont annoncé leur décision de porter plainte contre le géant français del'uranium, Orano, dont Niamey a nationalisé, en juin 2025, sa filiale Somaïr (Société des mines de l'Aïr).
Cette nationalisation a acté la fin de plus de 50 ans de contrôle majoritaire français et vise à vendre directement l'uranium nigérien sur le marché international.
Les autorités militaires nigériennes ont dénoncé des terres "souillées par l'exploitation" et des "déchets toxiques d'uranium déversés à l'air libre". En décembre dernier, Alio Daouda, le ministre de la Justice, avait accusé Orano, qui détient 90 % du capital de Somaïr, "d'avoir créé un désastre écologique au Niger" s'apparentant à des "crimes de masse".
Exploitation consommatrice d'eau
Par ailleurs, un rapport 2025 de la Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (Criirad) explique que l'exploitation de l’uranium est extrêmement consommatrice d’eau, dans une région saharienne déjà aride.
Les nappes phréatiques autour d’Arlit et d’Agadez, dans le nord du pays, seraient menacées par des infiltrations de polluants radioactifs.
Certaines sources d’eau potable présentent des concentrations en uranium supérieures aux recommandations sanitaires et l’accès à l’eau, pour les populations locales, est devenu structurellement insuffisant, ajoute le Criirad.
"L'exploitation peut engendrer la pollution des ressources en eau et même son épuisement. L'exploitation et le raffinage consomment beaucoup d'eau souterraine. Il y a un risque d'épuisement des nappes phréatiques. Il y a aussi des risques de pollution des ressources en eau" explique Mahamadou Aissami Tchiroma, un acteur de la société civile dans les industries extractives qui confirme les informations de la Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (Criirad).
Lourd passif environnemental
L’acteur de la société civile, Almoustapha Alhacen, président de l’ONG Aghirinman, dénonce lui aussi un lourd passif environnemental : des millions de tonnes de déchets radioactifs laissés à l’air libre, des nappes d’eau contaminées et l’arrêt brutal de la réhabilitation du site de la Cominak (Compagnie minière d'Akouta, une filiale d'Orano qui a arrêté l'exploitation de l'uranium au Niger en 2021).
"Ils ont laissé derrière eux à peu près 75 000 tonnes de déchets qui contiennent 80 % de radioactivité et qui sont exposés à l'air libre. La radioactivité, ce n'est pas quelque chose qui finit en trois jours. C'est une question de milliard d'années. Ils ont pris la matière première et ils nous ont laissés avec les déchets. Ce n'est pas juste. Ce n'est pas humain. Dans les forages, on n'a pas tenu compte de la population. Dans les explosions, on n'a pas tenu compte de la population. Dans le rejet atmosphérique, on n'a pas tenu compte de la population. Donc, voilà la situation qu'Orano laisse derrière lui au Niger" se désole Almoustapha Alhacen au micro de la DW.
Contacté, le service de presse d'Orano n'a pas souhaité, pour l'heure, réagir à cette décision des militaires nigériens.
Le géant français de l'uranium, Orano, accuse le Niger de l'avoir exproprié et a engagé plusieurs procédures judiciaires. En septembre dernier, l’entreprise a affirmé que l'une de ces procédures avait abouti en sa faveur.
Orano a aussi récemment déclaré qu'un chargement de Yellow Cake (concentré d'uranium) d'au moins 1.000 tonnes aurait quitté le site de la Somaïr, à Arlit, dans le Nord. Le chargement est bloqué à l'aéroport de la capitale nigériane depuis plusieurs semaines.