Au Niger, les attentes des enseignants avant la rentrée
30 septembre 2025
Officiellement, c'est pour réhabiliter les locaux endommagés et reloger les ménages sinistrés que le pouvoir militaire nigérien a décidé de reporter la rentrée scolaire de deux semaines. Avec la saison des pluies et les inondations qui ont suivi, plusieurs établissements scolaires ont en effet été endommagés et ceux qui ont été épargnés sont occupés par des sinistrés.
Depuis le mois d'août, des pluies torrentielles frappent de nombreuses régions du Niger, provoquant des inondations. Les écoles, souvent construites dans des zones vulnérables et sans infrastructures de drainage adéquates, n'ont pas été épargnées. Plusieurs bâtiments scolaires sont actuellement inhabitables.
Dans certaines localités, comme à Niamey, Zinder ou Dosso, des salles de classe accueillent aussi, depuis des semaines, des familles ayant perdu leur logement.
Le gouvernement se donne deux semaines supplémentaires pour réhabiliter les locaux endommagés et reloger les ménages sinistrés. Officiellement, il s'agit donc d'un délai technique et organisationnel.
Un système éducatif à bout de souffle
Mais cette situation n'explique en réalité qu'en partie le report de la rentrée scolaire car les enseignants ont en effet également un certain nombre de revendications.
En arrière-plan, le système éducatif nigérien traverse une crise financière et administrative profonde. Beaucoup d'enseignants attendent encore leurs salaires ou des arriérés de primes.
Ce lundi 29 septembre, plusieurs dizaines d'enseignantes se sont retrouvées devant le siège de Niger Poste, certaines dès 5h 30, avec l'espoir de toucher leurs arriérés de pécules. Très malheureusement, elles ont été dispersées par la police à coups de gaz lacrymogènes, occasionnant plusieurs blessées.
Le manque de ressources pour financer la rentrée reste criant. Les manuels scolaires ne sont pas disponibles en quantité suffisante et les écoles rurales souffrent d'un déficit chronique en tables, bancs, craies et fournitures de base. L'Etat peine à mobiliser les fonds nécessaires pour assurer une rentrée effective et de qualité.
Des parents inquiets
Au-delà du simple report, ce sont les conditions mêmes de la rentrée qui préoccupent les parents et les enseignants. Dans les marchés de Niamey, beaucoup de familles disent avoir du mal à réunir l'argent pour les fournitures scolaires ou l'inscription de leurs enfants. Le coût de la vie, en forte hausse depuis plusieurs mois, accentue cette difficulté.
De leur côté, les syndicats d'enseignants dénoncent un manque de dialogue avec les autorités. Certains estiment que la date du 15 octobre pourrait, elle aussi, être compromise si aucune solution concrète n'est trouvée.
Reporter la rentrée sans régler les problèmes de fond ne change rien, car le système éducatif nigérien est constamment sous tension permanente, particulièrement à la veille de chaque rentrée scolaire, avec des grèves, des pénuries de manuels, le manque de personnel qualifié et des écoles délabrées.