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Nigeria : l’APC vers une domination sans partage ?

Amaka Okoye | Nafissa Amadou
24 avril 2026

À l’approche de la présidentielle de janvier 2027, une vague de ralliements renforce le parti au pouvoir et inquiète sur l’avenir du pluralisme au Nigeria.

Election au Nigeria 2023
Au Nigeria, un élu peut quitter le parti qui l'a porté au pouvoir, tout en conservant ses fonctions. Image : SAMUEL ALABI/AFP

Une vague de défections politiques a renforcé l'All Progressives Congress (APC), au pouvoir, alors que le Nigeria se dirige vers des élections générales en janvier 2027. Pour de nombreux observateurs, la question est désormais de savoir si le pays glisse progressivement vers une domination d'un seul parti, et ce que cela pourrait signifier pour la compétition démocratique.

Avec plus de 200 millions d'habitants, le Nigeria joue un rôle clé dans la sécurité régionale, le commerce et la diplomatie en Afrique. Sa stabilité politique dépasse donc largement ses frontières. Mais à l'intérieur du pays, l'équilibre des forces est en pleine mutation.

Un gouverneur nigérian de plus fait défection et quitte l'opposition et devrait rejoindre formellement le Congrès des Progressistes (APC), le parti majoritaire.Image : Pius Utomi Ekpei/AFP

La crainte d'un État à parti unique

" Le Nigeria ne peut pas être un État à parti unique. Nous ne permettrons pas, même à Tinubu lui-même, de tourner la démocratie en dérision ", affirme Precious Oruche, militante des droits humains.

Cette inquiétude a dominé les débats lors de la récente convention du Congrès démocratique africain (ADC), parti d'opposition émergent. Precious Oruche se dit prête à mener la lutte contre une dérive qu'elle juge dangereuse pour la démocratie nigériane.

L'atmosphère était tout autre lors de la dernière grande réunion de l'APC, il y a un mois. Les dirigeants du parti y ont célébré une série de nouvelles adhésions, notamment celles de gouverneurs élus sous d'autres bannières politiques.

Ces ralliements ont profondément redessiné la carte politique du pays. Aujourd'hui, l'APC contrôle 31 des 36 États nigérians.

Selon plusieurs analystes, ces changements relèvent avant tout d'une logique de survie politique. Se rapprocher du pouvoir peut permettre aux gouverneurs de consolider leur position et d'augmenter leurs chances d'obtenir un second mandat.

Bola Tinubu a engagé des réformes que les économistes jugent comme longtemps attendues, notamment la libéralisation de la monnaie nationale et la suppression d'une coûteuse subvention sur les carburants.Image : Presidencia Villa Abuja

Une opposition fragilisée

Au Nigeria, les changements de parti ne sont pas rares. L'APC lui-même n'a été fondé qu'il y a un peu plus de dix ans, à la suite de la fusion de plusieurs groupes d'opposition. Depuis, il n'a cessé de gagner du terrain.

Cette dynamique met aujourd'hui les partis rivaux à rude épreuve. Le People's Democratic Party (PDP), qui a dirigé le pays pendant seize ans, a vu son influence s'effondrer. Il ne contrôle plus que deux États.

Face à cette marginalisation, un nouveau front s'est formé : l'ADC. Né l'an dernier d'un bouleversement politique majeur, il rassemble deux anciens rivaux, Peter Obi et Atiku Abubakar, accompagnés d'autres figures de poids.

L'objectif de cette coalition est clair : contrer la candidature à la réélection du président Bola Tinubu et freiner la domination croissante de l'APC.

" La décision revient aux Nigérians. Moi, je combattrai cela jusqu'à ma mort. J'ai combattu le régime militaire et j'ai gagné. Nous sommes trop complexes pour être enrôlés dans un État à parti unique ", affirme Atiku Abubakar, l'un des leaders de l'ADC.

Peter Obi dénonce, lui, des défections " orchestrées ". Selon lui, au lieu de renforcer les institutions et la gouvernance, les dirigeants actuels les affaiblissent délibérément.

Des électeurs divisés

Au-delà des partis, le débat traverse la société nigériane. Les critiques estiment qu'une opposition affaiblie pose de sérieuses questions : sur la responsabilité politique, sur la concurrence et sur la capacité des élections à offrir un véritable choix aux citoyens.

La nouvelle coalition de l'opposition ADC se heurte à la Commission électorale nationale (NEC) qui refuse de reconnaître le parti, une décision que l'opposition estime téléguidée par le pouvoir, le parti majoritaire APC et Bola Tinubu.Image : Uwaisu Abubakar Idris/DW

Sur le terrain, les avis divergent.
" Non, ce n'est pas une démocratie ", estime un Nigerian rencontré dans la rue.
" Les Nigérians n'ont plus vraiment leur mot à dire ", déplore un autre.
D'autres, au contraire, saluent l'action du président : Tinubu nous a conduits là où nous devrions être dans cent ans. "

De son côté, l'APC affirme que sa popularité actuelle reflète la confiance du public. Son porte-parole, Felix Morka, rejette toute accusation de pratiques antidémocratiques. 

Selon lui, les adhésions sont volontaires et conformes à la Constitution. Mettre en place un système pour empêcher les ralliements serait, au contraire, une atteinte aux principes démocratiques.

À neuf mois du vote, de nombreuses questions demeurent : l'APC conservera-t-il son élan ? L'opposition parviendra-t-elle à s'unir durablement ? Des réformes électorales verront-elles le jour ? Et quel rôle jouera l'insécurité dans le choix des électeurs ? Autant d'interrogations qui trouveront leurs réponses en janvier 2027.

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