La ruée vers l'or des jeunes du nord du Togo
20 janvier 2026
Dans la région des Savanes, au nord du Togo, frontalière avec le Burkina Faso et considérée comme l'une des plus pauvres du pays, de nombreux jeunes quittent leur village pour rejoindre les sites d'orpaillage au Mali ou au Burkina Faso. Attirés par l'espoir d'un enrichissement rapide, ils reviennent, parfois, au pays au volant de voitures de luxe, ou au guidon de motos rutilantes.
"Est-ce que moi aussi, je pourrais le faire?"
Barka confirme que de nombreux jeunes de la région s'en vont, attirés par les mines d'or au Mali, mais aussi au Burkina Faso : "Actuellement, vous allez voir qu'au nord du Togo, ici, à Dapaong, à Cinkassé, dans les villages, il n'y a plus de jeunes. Ils partent pour se chercher. Je peux dire qu'ils ont raison."
C'est aussi le cas de Damhane, un jeune diplômé, en quête d'un emploi. Il réfléchit lui aussi à tenter sa chance, pour rattraper son "retard", parce que, dit-il, "à 25 ans, 27 ans, tu vois tes petits frères qui sont dans les mines d'or au Mali. Tu vois les réalisations qu'ils font, mais tu te dis, est ce que, moi aussi, je pourrais le faire ? Tu fais des études et tu te poses la question, est-ce que, moi aussi, on va m'insérer ? Je vais peut-être aussi tenter l'aventure au Mali, pour voir."
L'espoir de l'argent facile
En raison du manque d'emplois dans cette région du nord du Togo, fascinés par l'espoir d'un enrichissement rapide, de nombreux jeunes sont donc attirés par les mines d'or du Sahel.
Rabiou Alassani est un élu de la région, conseiller municipal Kpendjal 2 Borgou, et il s'inquiète de ce phénomène : "L'exode silencieux des jeunes de la région des Savanes s'explique par le manque d'emploi et de revenus décents dans notre région. L'agriculture ne nourrit plus, faute d'appuis, de moyens et de débouchés. Face à la pauvreté, au chômage, les jeunes sont attirés par l'orpaillage dans les pays voisins, perçu comme un moyen rapide de gagner de l'argent, malgré les risques."
Un impact lourd
Les villages du Nord du Togo se vident de leurs jeunes. Les écoles perdent leurs élèves, parfois même leurs enseignants. Dans les champs, il n'y a plus assez de bras, la production baisse, la pauvreté progresse et les familles s'affaiblissent.
"Si rien n'est fait, à moyen ou à long terme, notre région risque un abandon progressif des villages", dit-on dans la région des Savanes.
Les responsables du gouvernorat, contactés, n'ont pas souhaité se prononcer. L'État togolais a lancé, dans la région, le Programme d'urgence de renforcement de la résilience. Celui-ci vise à désenclaver les localités, à améliorer l'accès à l'eau et à l'électricité, à renforcer la santé, l'éducation et à soutenir la transformation des produits agricoles.
Malgré cela, de nombreux jeunes de la région préfèrent tenter leur chance dans les mines d'or des pays voisins.