Yoweri Museveni/Bobi Wine : deux hommes, deux destins
15 janvier 2026
En Ouganda, c'est jeudi 15 janvier que les électeurs sont appelés aux urnes pour choisir un nouveau président. A l'approche du scrutin, internet a été coupé dans le pays et certains appels internationaux ne passent plus. Le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme a estimé ce mercredi 14 janvier que la coupure d'internet depuis mardi et la suspension récente de 10 ONG avant les élections sont "profondément inquiétantes".
Pour la présidentielle, le président sortant, Yoweri Museveni, qui semble assuré de l'emporter à, entre autres, face à lui, son principal adversaire, Bobi Wine, qui se présente comme le "président du ghetto".
"Protéger les acquis", le slogan de Museveni
Après quatre décennies à la tête de l'Ouganda, Yoweri Museveni demeure, à 81 ans, l'un des dirigeants les plus anciens d'Afrique.Depuis 1986, il a, selon ses détracteurs, étouffé l'opposition, confondu l'État et son parti, le Mouvement de résistance nationale (NRM), et modifié à deux reprises la Constitution afin de supprimer les limites d'âge et de mandats.
Son slogan pour 2026 : "Protéger les acquis", et pour ses soutiens, il est toujours l'homme qu'il faut pour diriger l'Ouganda.
"Ce n'est peut-être pas parfait à 100 %, mais le président Museveni a sorti l'Ouganda de la misère pour nous amener là où nous en sommes aujourd'hui. Avant, nous étions confrontés à de nombreux problèmes. Je viens du nord du pays, et je peux vous dire qu'avant l'arrivée de Museveni, les gens souffraient" estime l'un des partisans du président sortant.
Selon un autre "l'Ouganda n'a pas connu de conflit depuis plus de 40 ans... C'est pourquoi nous continuons à soutenir le président pour qu'il nous dirige pendant encore 30 ans, si Dieu lui accorde la vie".
Yoweri Museveni fut l'un des artisans de la chute d'Idi Amin Dada, en 1979. Il a longtemps bénéficié du soutien de la communauté internationale. Mais son image s'est progressivement ternie, en raison notamment d'interventions militaires en RDC et au Soudan du Sud, de l'adoption d'une loi anti-homosexualité parmi les plus sévères au monde et de la répression systématique des opposants.
Réélu lors de scrutins souvent entachés d'irrégularités, Yoweri Museveni a neutralisé ses rivaux historiques, comme Kizza Besigye, aujourd'hui emprisonné. Il fait désormais face à Bobi Wine.
Bobi Wine, le chanteur opposant
De son vrai nom Robert Kyagulanyi, l'ancienne star du raggamuffin Bobi Wine, devenue figure majeure de l'opposition, incarne la jeunesse ougandaise en quête de changement.
À 43 ans, celui qui se présente comme le "président du ghetto" défie une nouvelle fois Yoweri Museveni. Pour certains, à l'instar de cette jeune Ougandaise, la jeunesse, qui n'a connu que Yoweri Museveni, a besoin de changement.
"Je suis né alors qu'il (Yoweri Museveni) était président depuis presque vingt ans. Il est toujours président et il veut toujours la présidence. Nous n'avons pas eu de président qui représente nos valeurs fondamentales en tant que jeunes. Il a représenté sa génération. Maïs nous recherchons quelqu'un qui nous représente en tant que jeunes" assure la jeune femme.
Issu du bidonville de Kamwokya, Bobi Wine a bâti sa popularité à travers des chansons dénonçant l'injustice sociale.
Député de 2017 à 2021, il s'est notamment illustré dans la lutte contre la taxe sur les réseaux sociaux. Malgré les arrestations, les violences et la répression visant ses partisans, il continue de mobiliser des foules importantes, porté par une jeunesse qui n'a connu qu'un seul président.