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#PasSansElles : au Niger, de jeunes footballeuses brisent les tabous

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Hanatou Zakari Moumouni | Gazali Abdou Tasawa
27 août 2025

Les pesanteurs socio-culturelles ont encore leur impact au Niger. Mais de nombreuses jeunes filles passionnées de foot franchissent le rubicond. Notre jeune reportrice PasSansElles en a rencontré quelques-unes.

Elle s'appelle Dicko Abdoulaye Traoré. Agée de 19 ans, elle est la meneuse de jeu de l’équipe féminine de l’académie Atcha de Niamey, dans la capitale du Niger. Son aisance balle aux pieds et sa capacité à dompter le ballon rond font de Dicko, l’un des espoirs du football féminin du Niger.  

"J’ai commencé à jouer depuis mes six, sept ans dans le quartier avec mes frères. C’est en 2017 qu’on m’a amenée dans ce centre ou j’y suis toujours. Depuis que j’ai commencé à jouer au foot, c’est pour avoir quelque chose dedans demain parce que je l’ai fait parce que je veux réussir dedans."   

C'est sur l’un des terrains de football du centre technique de la Fédération nigérienne de football (Fénifoot) que Dicko et ses coéquipières de l’académie Atcha s’apprêtent à affronter l’AS Police dans le cadre du championnat national de football féminin. Une rencontre loin de mettre la pression sur la jeune joueuse habituée des sélections en équipe nationale.   

Au Niger, les pratiques socioculturelles freinent parfois les jeunes filles dans leur désir de faire carrière dans un domaine qui leur plaît. Les jeunes filles désirant jouer au football doivent aussi faire l’amère expérience.   

Sur le rectangle vert comme sur le terrain sablonneux, ces jeunes footballeuses issues de milieux divers, n’ont cependant pas hésité à bousculer les préjugés, pour vivre pleinement leur passion, dans une discipline, longtemps considérée ici, comme l’apanage des hommes.   

"Franchement ici au Niger ce n'est pas du tout facile pour les filles de jouer au football", témoigne Catherine Noula, joueuse d'Awaf Académie. Parce que pour la société, ce n’est pas une très bonne chose. Mais moi j’ai pu convaincre mes parents à travers des mots. Au départ, ils n’étaient pas d’accord, mais ils ont fini par accepter. J’encourage beaucoup de filles à venir jouer au football, car c’est une très bonne chose pour une fille de jouer au football, ça améliore la santé et ça aide même dans la vie."  

Préjugés et critiques

Le développement du football féminin passe aussi par la formation des entraîneuses. Un travail qui n’échappe pas non plus aux mêmes défis que rencontrent les joueuses. Les préjugés et les critiques, Habsatou Rabo Mato, ancienne joueuse, y a fait face depuis qu’elle est devenue entraîneuse voilà bientôt cinq ans. Mais cela ne la fait pas dévier de ses objectifs.

 "Quand une femme est entraîneuse, il y a des gens qui pensent que c’est une perte de temps. C’est un peu difficile, mais ça va mieux que quand nous, on jouait. C'était pratiquement difficile, maintenant ça va. Et vous n’êtes pas sans savoir que le football féminin a évolué et que les gens gagnent, surtout le côté féminin. Donc si vraiment la personne aime, nous on est là pour l’aider à atteindre ses objectifs." 

Le sport féminin se met seulement en place depuis 2018 au Niger, selon la présidente de la commission du football féminin à la Fénifoot. Mais la première expérience internationale de l’équipe nationale féminine U17 a laissé un goût amer en février 2024. Le Niger avait encaissé 22 buts en aller et retour face au Maroc. Du côté de la fédération nigérienne de football, l’on se dit satisfait de l’évolution du football féminin, malgré les difficultés.   

Même si pour le moment ces jeunes footballeuses jouent par passion, cela ne les empêche pas de rêver grand dans ce sport. Dicko Abdoulaye Traoré peut compter pour cela sur le soutien de son père.   

"Mon père est un ancien footballeur et il m’a toujours soutenue. Je veux réussir dans le football. Je suis là pour ça et je me bats tous les jours pour pouvoir réussir. Je n’ai jamais lâché. Mon idole c’est Messi, c’est lui qui m’a fait aimer le football." 

Malgré les progrès, il reste encore beaucoup de chemin à parcourir au Niger pour la promotion du football féminin. Pour autant, les clubs et surtout la Fénifoot s’activent à organiser de temps en temps des tournois pour dénicher de jeunes footballeuses dans les huit régions du pays.  
 

Hanatou Zakari Moumouni Jeune reportrice #PasSansElles à Niamey