Polémique en Allemagne autour du port du foulard islamique
6 janvier 2004Polémique en Allemagne, comme dans d'autres pays européens, autour du port du foulard islamique pour les fonctionnaires et notamment dans les écoles. Polémique qui débouche sur un vaste débat autour de la position de l'Etat à l'égard des Eglises.
L'Allemagne, contrairement à la France par exemple, n'est pas un Etat laïc à proprement parler. Il y a des liens manifestes entre l'Etat et les Eglises. L'exemple que l'on cite le plus souvent est la présence en Allemagne d'un impôt ecclésiastique. Ce qui étonne certes lorsque l'on vient d'un Etat laïc, mais qui apporte certaines compensations comme l'utilisation gratuite de nombreux services sociaux. Deuxième manifestation souvent soulignée : l'opposition de droite est constituée notamment de deux Unions chrétiennes. Invoquer Dieu est par ailleurs chose assez courante en politique, pas seulement il faut d'ailleurs le souligner, du côté des Unions chrétiennes.
C'est un fils de pasteur, le président allemand Johannes Rau, social-démocrate, qui a récemment jeté un pavé dans la mare : S'il s'agit d'interdire le foulard islamique dans les écoles, a-t-il dit en substance, alors il faut également interdire les autres symboles religieux comme la croix précisément, souvent présente dans les salles de classe . Ce qui indigne évidemment l'opposition.
Le chancelier Gerhard Schröder de son côté s'était prononcé plus strictement, sans élargir le débat, en faveur de l'interdiction du port du voile islamique pour les fonctionnaires, y compris donc les enseignants, mais pas pour les élèves. Ce qui est une grande différence à nouveau avec la France qui prépare une loi en ce sens.
En toile de fond de la polémique allemande: une décision de la Cour constitutionnelle à l'automne dernier. Décision qui n'en était pas une du reste, et qui entraînait un beau flou artistique : la Cour de Karlsruhe s'en remettait à la juridiction des 16 Länder, les régions allemandes compétentes en matière d'éducation. Il s'agissait de voir, à l'exemple de Fereshta Ludin, une Allemande d'origine afghane, si une enseignante pouvait faire classe avec un voile islamique. Jeune femme qui n'avait pas été admise dans le corps enseignant et qui avait porté plainte. Depuis lors, au moins six des seize Etats régionaux ont décidé d'interdire le port du voile aux enseignants.
